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Besançon, Nouvelle-Orléans: des carnavals heureusement fort différents...

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Françoise Rodary, une Bisontine installée à la Nouvelle-Orléans, a vécu les carnavals d'ici de de là-bas... Un témoignage édifiant.

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Le jour de Mardi Gras à New Orleans, les défilés se succèdent toute la journée et pendant une bonne partie de la nuit. Ca a beau être drôle d’attraper au vol les tonnes de colliers de perles qu’on vous lance depuis les chars -il est quelquefois plus difficile de les éviter que de les attraper- je n’ai plus l’âge de trépigner pendant des heures et des heures en hurlant “M’sieur, M’sieur, lancez-moi quelque chose” comme tout un chacun.

Alors, cette année, j’ai pris ma chaise pliante et l’ai installée le long de la rue, devant le mur d’échelles sur lesquelles sont juchés les enfants pour qu’ils se trouvent à bonne hauteur pour tendre leurs petites mains. On leur jette des jouets, des animaux en peluche, des friandises. Moi, j’ai ma bouteille d’eau, ma casquette, je peux tenir deux heures et partager la liesse ambiante.

Les fanfares claironnent, les pom-pom girls se trémoussent, tout va bien dans le meilleur des mondes. Je me dis que le plus grand danger tient aux rayons que le soleil darde sur moi. Les joues commencent à me brûler malgré la crème solaire que j’ai appliquée avant de quitter mes pénates. Le soleil, c’est un danger contre lequel les dizaines de policiers qui surveillent ne peuvent rien. Mon capital soleil semble bien à plat! Tant pis, je pellerai, j’en ai pris mon parti.

Nous avons deux gros sacs de ces perles brillantes qui font la joie des enfants de la famille quand je viens à Besançon l’été. Mission accomplie, j’ai ce qu’il faut. Il est temps de plier bagages et de laisser toute cette joyeuse énergie autour de nous s’exprimer… sans nous. De retour à la maison, je prends soin de mes coups de soleil. A la télé, un flash spécial annonce qu’à moins de 200 mètres de l’endroit où nous nous trouvions, neuf coups de feu ont éclaté.

Sept blessés dont un bébé de dix mois, une femme, une jeune fille, un jeune garçon, et deux hommes dans un état grave, tous de joyeux badauds, amateurs de parades animées et bons vivants. Des gens qui étaient venus en famille passer une journée sur cette magnifique avenue qu’est l’avenue St. Charles, bordée d’arbres généreux, des chênes verts séculaires, ceux qui ont vaillamment résisté à l’ouragan Katrina.

Nous étions tout près de ce drame affreux au moment où il s’est produit, mais nous n’avons rien vu, rien entendu, dans cette cacophonie qui caractérise les défilés de Mardi Gras à New Orleans. Les télés étaient sur place, ce qui explique la rapidité de l’annonce. Les deux garçons responsables des coups de feu ont été appréhendés dans les deux heures qui ont suivi.

Lorsque les coups de feu ont éclaté - certains les ont confondus avec des pétards, les gens se sont applatis au sol, quelques-uns ont littéralement jeté des enfants par-dessus la grille d’une de ces magnifiques propriétés privées qui longent St. Charles, des policiers engagés pour la surveillance d’une fête privée pour les mettre à l’abri.

Les ambulances sont arrivées immédiatement. Logistique impeccable, indispensable pour assurer la sécurité des millions de participants. Les blessés ont été embarqués, les familles ont suivis.

Et puis tout a continué comme si de rien n’était : “Lance-moi quelque chose, madame!”.

Ahurissant, je vous dis, ce retour au calme, enfin, à la fête. Comme si de rien n’était ! Comme on dit ici cyniquement : « The show must go on !”

La Nouvelle-Orléans, dans toute sa splendeur. Aujourd’hui, alors que les événements ont fait la une de tous les journaux américains, - cinq autres personnes ont été “descendues” dans la même journée, dans des incidents indépendants les uns des autres - les autorités de la ville s’exclament :” C’est pas vrai, on nous en veut! On ne va tout de même pas nous faire croire qu’on est les seuls à avoir ce genre d’incident, tout de même. On ferait bien d’arrêter de nous faire de la contre-publicité et d’aller voir ailleurs ce qui s’y passe!”

Ailleurs? Je viens de regarder macommune.info, comme chaque soir et je lis l’annonce des carnavals des différent quartiers. Je me souviens de l’atmosphère bon enfant de ma jeunesse lors de la cavalcade de Saint- Ferjeux, des quelques bonbons attrapés au vol. Quelque chose me dit que Monsieur Fousseret n’aura pas à s’adresser aux journaux nationaux pour demander à leurs mouches de changer d’âne.

Je sais qu’à Besançon, tout n’est pas parfait, loin s’en faut, mais tout de même, je n’imagine pas un seul instant une horreur comparable à celle de ce mardi à New Orleans, une ville où l’on est tellement habitué aux coups de feu qui éclatent de jour comme de nuit, à n’importe quel moment, aux catastrophes naturelles et autres malheurs, que l’on vaque à ses petites affaires, dès que tout revient au calme.

Moi je vous le dis sans détour: Il faut être sacrément blindé pour continuer à attraper des colliers de perles après une fusillade qui laisse neuf personnes, dont un bébé, sur le carreau! Franchement, je n'imagine pas Besançon aussi impassible. Dites-moi si je me trompe!

Françoise Rodary

Prix Pergaud 2008, Le sang des femmes

 

 

 

 

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