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CHRONIQUE Fumer peut vous coûter un emploi...

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Hier, j’ai découvert dans le Times-Picayune, quotidien de la Nouvelle-Orléans, un tout petit article issu du New York Times, article dont le titre disait : Fumer peut vous coûter un emploi. Sur ce sujet, nous vous proposons une contribution de la Franc-Comtoise Françoise Rodary-Mc Hugh installée en Louisiane.

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Il y a bien longtemps déjà qu’on ne fume plus dans les bâtiments publics ou même dans les locaux de son entreprise aux Etats-Unis. Jusqu’ici, les patrons les plus conciliants acceptaient que leur employé fasse une pause-cigarette, à condition qu’il ne le fasse pas dans l’enceinte de l’entreprise et décompte, pointeuse oblige, le temps perdu. Le temps de prendre un ascenseur pour se retrouver dans la rue, le temps de s’éloigner dans un endroit discret, le temps de se la griller et de retourner à son poste et voilà 20 bonnes minutes parties… en fumée.
 
La plupart des patrons conseillaient fortement à leurs employés fumeurs des plans-santé pour arrêter de fumer. D’autres, plus draconiens, faisaient payer des montants d’assurance maladie beaucoup plus importants aux employés fumeurs. Le but avoué était d’augmenter la productivité de l’employé, de réduire les frais de santé de l’entreprise - ce que paie l’entreprise dépend de la santé et des risques individuels de ses employés, chaque entreprise ayant ainsi « son plan » - et aussi d’avoir des équipes en bonne santé pour éviter les jours de travail perdus.

Des tests d'urine pour contrôler la nicotine

Depuis quelques temps, d’autres mesures beaucoup plus contraignantes encore se sont ajoutées à la panoplie du patron américain : en règle générale, les hôpitaux ou autres organismes, liés d’une façon ou d’une autre aux professions de la santé ont une politique anti-tabagisme radicale. Sur le formulaire d’embauche, il est explicitement spécifié que l’entreprise n’embauche pas de fumeur, Tabacco-free hiring. Les candidats retenus devront se soumettre à un test d’urine qui, le cas-échéant, révèle la présence de nicotine. Un employé suspecté de fumer parce qu’il sentirait le tabac, ou aurait des doigts jaunis est tout simplement renvoyé. Après tout, on est tenu de montrer l’exemple.

Je suis restée bien Française il me semble, et pourtant, une part de moi s’est américanisée. Quoi de plus normal après tout ? Cela fait plus de 15 ans que je vis en Louisiane. Le fait est, si vous n’êtes pas fumeur, jamais vous ne respirez la fumée des autres ici. Ce n’est pas le cas en France. Et je l’avoue, oui, je l’avoue, ça m’est désagréable.

L’été dernier, l’ascenseur de l’immeuble de mes parents s’arrête à mon étage. La porte s’ouvre dans un nuage de fumée. L’ascenseur repart sans moi, je descends par l’escalier. Quelques jours plus tard, c’est moi qui suis dans l’ascenseur quand celui-ci s’arrête pour prendre un passager qui entre, une cigarette entre ses doigts jaunis. Devant ma famille médusée, je demande « Vous ne savez pas lire ? » Et je montre le panneau interdit de fumer. L’autre grommelle qu’il a oublié. Bon, je sais, j’ai sale caractère.

L’été dernier encore, je me suis rendue plusieurs fois à l’hôpital de Besançon. En travaux. Entrée dans le bâtiment par un entresol, accès aussi au niveau des Urgences. C’est là que des dizaines d’infirmiers et d’infirmières sont agglutinés pour fumer leur clope. On ne s’embarrasse pas avec des détails dans cet hôpital. Pour preuve les centaines de mégots qui accueillent les visiteurs. Ce n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Une visite à l’hôpital de Belfort a entraîné les mêmes constats.

Une foule de fumeurs devant l'hôpital

Je m’empresse de préciser que Nicole, mon infirmière et mon médecin sont des gens formidables et que je n’ai qu’à me féliciter de leurs services. Déjà, l’Américaine en moi se rebiffe, fronce le nez en passant devant la horde des fumeurs – quelle que soit l’heure de mes visites, la même foule est occupée à discuter, cigarette au bec - mais qui donc, pendant ce temps, s’occupe des malades ? Est-ce qu’ils/elles se lavent les mains quand ils/elles reprennent du service ? Et on dit les personnels hospitaliers débordés ? J’ai une petite pensée compatissante pour ces pauvres non-fumeurs qui eux, n’ont pas la pause cigarette 5-6 fois par jour. Et puis, je me rassure, en me disant qu’ils sont certainement à la machine à café.

Je reviens à mes fumeurs devant l’entrée. Dieu merci, ils ne sont pas seuls : des malades sont là, pour leur tenir compagnie et eux aussi fument. Même ce vieux monsieur, sur une charrette roulante, avec le fil de la bouteille à oxygène dans les narines, fume. Oui, il fume ! On ne sait pas ce qu’il lui reste de poumon, mais certainement pas grand-chose. D’ailleurs, au point où il en est, il ne sert à plus rien d’arrêter. Il n’empêche.

On dit que tout ce qui se passe en Amérique arrive en France dix ans plus tard. Alors, mesdames et messieurs les fumeurs, je viens jouer les Cassandre.

De l'hostilité à l'égard des fumeurs

Pour l’instant, on sait bien que les fumeurs coûtent très chers à la société. (J’entends déjà la critique de l’argument : d’autres groupes « à risque » aussi coûtent cher et puis, est-on vraiment responsable de tout ce qu’on ingère grâce à l’industrie agro-alimentaire). On le sait, mais on ne le sent pas. J’imagine le tollé si la sécurité sociale refusait de rembourser les dépenses de santé liées aux problèmes respiratoire chez le fumeur, chose commune ici.

Aux Etats-Unis, les coûts de l’assurance maladie sont partagés entre le patron et ses employés. Les assurances évaluent la santé des employés et compte tenu des risques, elles appliquent un certain tarif que l’employeur répercute plus ou moins justement sur ses employés. Il peut choisir de faire payer une grosse partie du surcoût aux fumeurs eux-mêmes, ou alors de répartir plus uniformément. N’oublions pas qu’une compagnie d’assurance peut refuser d’assurer quelqu’un, pour des raisons économiques bien évidemment. En France, on tient à la solidarité.

La solidarité, c’est faire face, ensemble, à des impondérables. La cigarette entre difficilement dans cette catégorie. D’où une sorte d’hostilité aux USA à l’égard des fumeurs et le fait que jamais au grand jamais, un fumeur ne se permettrait de fumer à proximité d’un hôpital et encore moins d’une école - deux pâtés de maison, c’est la distance réglementaire où il est interdit de fumer.

Fumer dans une cabane au fond du jardin

La plupart du temps, on fume au fond de son jardin, à l’abri des regards. Un jour, à Boston, une de mes amies de longue date m’a avoué qu’elle fumait. Elle attendait que ses enfants partent à l’école pour aller se cacher au fond de son jardin, sous une tonnelle épaisse afin de n’être vue de personne. Son secret lui pesait, elle était soulagée de le partager avec quelqu’un. Elle pensait qu’une Française serait plus compréhensive, et bien sûr, à l’époque, je m’étais demandé, si elle avait bien toute sa tête. Aujourd’hui, je me demande combien de temps cela prendra pour qu’on constate les mêmes comportements en France.

L’évolution des mœurs m’a surprise par sa rapidité. Car il me semble bien qu’on commence à trouver dans notre beau pays, une petite tendance à la culpabilité chez certains qui hésitent maintenant, à enfumer leur voisin. On appelle ça le respect d’autrui : une façon de reconnaître que la fumée de cigarette n’est pas franchement agréable pour le non-fumeur. Un premier pas en quelque sorte. Je suis curieuse, j’attends de voir les réactions des Français dans les années à venir. Je suis devenue sociologue malgré moi.
Françoise Rodary-Mc Hugh 
redaction

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