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Il y a bus et bus !

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Nouvelle écrite par une lectrice du site, ex-bisontine et habitant à la Nouvelle Orléans.







Elle compare les bus de Besançon et ceux de la Nouvelle-Orléans...

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 Comparaison humouristique du systéme de bus bisontin et de celui de la Nouvelle Orléans.

Ce matin, j’étais à l’arrêt à un feu rouge. Au coin de la rue, un vendeur de journaux, entre deux âges, fumait une cigarette. C’est une vision plutôt insolite aux USA, que de voir quelqu’un fumer ainsi en public. J’ai dû regarder l’homme de façon peut-être un peu trop insistante, puisqu’il m’a souri et fait un petit signe de la main.

Mon fils m’a fait remarquer : «  Tu crois maman, qu’il y a des gens pour acheter des journaux comme ça, dans la rue ? » J’ouvrais la bouche pour lui répondre quand un bus de ville a déboulé du carrefour pour piler au bord du trottoir, à peine plus loin. Le conducteur avait dû faire un signe au vendeur de journaux, car celui-ci s’est mis à courir comme un dératé, un journal à la main. La porte du bus s’est ouverte dans un grand  pshshshshsh. Le vendeur a disparu dans le bus pour réapparaître aussitôt, les mains vides. Alors que le vendeur rejoignait son stand, le bus a redémarré, et l’on a pu voir, bien étalé sur le volant du conducteur, le journal du jour.

Extraordinaire, me direz-vous, ce conducteur qui lit tout en conduisant ! Eh bien non, pas du tout, pas ici en tous cas. Au volant, les conducteurs ou conductrices vivent leur vie. Après tout, pourquoi s’ennuyer au volant quand on roule si peu vite et qu’il n’y a absolument aucun danger à l’horizon ? Et puis, si on ne s’occupait pas pendant ce temps-là, les feux rouges seraient une telle perte de temps !

Il y aussi ceux qui arrêtent leur bus devant la seule boulangerie française de cette ville de plus d’un million d’habitants (post-Katrina). Il faut reconnaître qu’ils font vite. On les sert immédiatement, il y a cet accord tacite qui fait que le vendeur se précipite toujours pour servir en urgence le conducteur affamé. Tout le monde est compréhensif. Impossible de conduire le ventre creux. En revanche, il serait de mauvais goût de faire attendre les passagers du bus plus que nécessaire.

Vous nous parlez d’une ville d’Afrique, me direz-vous. D’un coin reculé où on vit au ralenti, où les gens font à leur rythme ce qu’ils ont à faire. Un pays du tiers monde, quoi. Eh bien non, pas du tout. Je vous parle de la compagnie de transport de la Nouvelle- Orléans, la RTA. Elle dessert trois ou quatre lignes, sur les trois artères principales de la ville, avec un bus environ toutes les 40 minutes. Je dis bien environ, car il n’y a pas d’horaire précis. Souvent, on voit passer en trombe deux bus à la suite l’un de l’autre. Si vous avez raté de justesse ces deux bus, faites un rapide calcul du temps qu’il vous faudra attendre pour le suivant. Parfois, sans raison particulière, vous pouvez attendre toute une journée en vain à un arrêt. Ceci dit, sauf entre14 heures et 17 heures, durant ces trois heures où les orages ont le plus de chance d’éclater, vous n’avez qu’à attendre en vous relaxant sous un chaud soleil sub-tropical. Nombreux sont ceux qui sirotent une boisson à l’arrêt de bus. Ils ont la chance de pouvoir prendre le temps.

J’ai pris une seule fois le bus, avec ma belle-mère. On nous a regardées comme si nous venions de descendre d’un ovni pour monter dans le bus. Nous devions être les seules blanches à avoir jamais mis les pieds dans un bus de la RTA. Au bout de quelques minutes, on nous a souri et nous nous sommes senties une grande famille : une expérience formidable de fraternité.

Quand j’ai cherché le bouton d’appel à l’arrêt, je ne l’ai pas trouvé. J’ai demandé aux autres passagers. On m’a pointé du doigt la ficelle qui court le long des parois du bus et agite une clochette quand on la tire.

Vous m’excuserez de me vanter, mais j’habite dans un pays moderne, qui comprend ses clients et ses employés. Ce n’est pas du tout comme à la CTB, ancienne Compagnie des Transports Bisontins, Keolis, me dit-on aujourd’hui ! Quel ennuyeux système que celui mis en place à Besançon. D’une ri-gi-di-té !.. Des horaires fréquents, soit, mais où est le « fun » quand on ne peut plus anticiper en imaginant l’arrivée imminente d’un bus, quand on ne peut plus exulter de n’avoir attendu que 25 minutes ? Quand il faut se lever pour atteindre l’un des boutons, reliés à un système à cristaux liquides pour demander l’arrêt ? La petite ficelle qui pend sur les flanc du bus, la musique de la clochette, c’est tellement plus pratique et surtout, tellement plus poétique !

Quant aux pauvres conducteurs de bus bisontins, comment ne pas les imaginer déprimés par le manque de temps pour lire le journal, l’ennui qu’ils endurent à chaque feu rouge quand ils ne peuvent pas tirer sur la paille de leur coca ? Un peu d’humanité s’il vous plait ! Et dire qu’on les oblige à délivrer des billets, alors que les homologues américains se contentent de vous montrer d’un mouvement de menton, la petite boîte où il faut mettre votre argent sur leur tableau de bord.

Les conducteurs de bus français doivent suivre un sacro-saint itinéraire. Pratique pour les passagers, soit. Mais leurs collègues néo-orléanais sont bien moins tatillons que ça. S’ils doivent faire une course, ils font une toute petite entorse à leur itinéraire, qui leur évite de prendre leur journée comme y est obligé leur homologue français en pareil cas. Et pour ceux qui ont raté le bus, eh bien, ceci n’est jamais qu’une petite expérience pour leur rappeler que la patience est la plus belle des vertus, vertu que les usagers bisontins ne sont que trop rarement à même d’ « exercer ».

 Pardon à toi, maman, d’être si critique à l’égard de la société que tu as servie avec ardeur pendant tant d’années, mais l’honnêteté m’oblige à rendre à César ce qui revient à César. Je sais que malgré ton statut de retraitée, tu as toujours des contacts avec la maîtrise de Keolis, alors, si tu pouvais glisser quelques petits conseils sur le sujet, je suis sure que tu t’attirerais la reconnaissance de nombreux citoyens et d’anciens collègues, qui trouveraient dans tes arguments, la motivation et l’énergie nécessaires pour faire de notre chère ville, une ville plus humaine.

Françoise RODARY

lauréate du prix Louis PERGAUD 2008 pour "Le sang des femmes"
éd.Aéropage

rodho