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« Rose Gold », exposition de Cécile Bart au Frac

Publié le 08/09/2020 - 15:29
Mis à jour le 08/09/2020 - 15:29

Le Frac Franche-Comté présente dans le cadre de sa saison 2020-2021 entièrement dédiée au dialogue entre les arts visuels et la danse, une exposition monographique de Cécile Bart. Intitulée Rose Gold, cette exposition propose ainsi de relire l’ensemble du travail de cette artiste sous un nouvel éclairage. Tous les registres de son oeuvre (peintures/écrans, peintures/collages, « Lisses », maquettes, combinaisons de surfaces colorées et d’images fixes ou animées...) sont ainsi revisités sous le prisme du corps et du mouvement.

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L’intérêt de Cécile Bart pour la danse est apparu de façon explicite lors de l’exposition "Silent Show" présentée par le CCC OD de Tours en 2017. Celle-ci est venue confirmer un intérêt que le champ lexical utilisé par l’artiste pour parler de son travail ou titrer certaines œuvres et expositions antérieures laissait déjà supposer. Mais parler de danse dans le cas de l’oeuvre de Cécile Bart suppose qu’on l’envisage dans son acception la plus large à savoir « l’art de mouvoir le corps humain selon un certain accord entre l’espace et le temps, accord rendu perceptible grâce au rythme et à la composition chorégraphique. Qu’elle soit spontanée ou organisée, la danse […] a pour instrument, parfois exclusif, le corps qui engendre sa propre rythmique. » Car c’est bien le mouvement qui intéresse l’artiste. Dès ses débuts et jusqu’en 1993, les titres donnés à ses œuvres ou expositions évoquaient pour la plupart le mouvement ou une action : "Retenir", "Tendre", "Glisser" (1989) / "Prendre" (1989) / "Passer" (1990) / "Tourner" (1991) / "To move" (1992) / "Marcher" (1993)… puis vint "Tanzen" (qui signifie « danser ») en 1998 et "La Ronde" (2003), "Farandole" (2004), "Virevoltes" (2010). Si le champ lexical du mouvement s’épuise ou se raréfie au cours du temps, il n’en reste pas moins que cette notion demeure centrale dans la démarche de l’artiste. Elle ne cesse d’en faire un élément constitutif de ses propositions en incorporant le corps des visiteurs et leurs déplacements dans le champ de vision du spectateur.

En effet, les peintures/écrans de Cécile Bart sont réalisées par l’application de peinture, par enduit et essuyage, sur tout ou partie d’un Tergal « plein jour » transféré ensuite sur un châssis métallique. La caractéristique de ce tissu, utilisé d’ordinaire pour le voilage de fenêtre, réside dans sa semi-transparence. Suspendues dans l’espace, les peintures/écrans laissent passer la lumière et percevoir l’environnement mais aussi et surtout les silhouettes des visiteurs et leurs différents mouvements. Les œuvres sont dès lors changeantes, mouvantes. Des peintures vivantes.

Au Frac l’exposition est construite comme un parcours qui débute par une « farandole », passe par une scène où se déploient des trajectoires, pour aboutir à l’installation immersive intitulée "Silent Show". Notre déambulation fait partie intégrante de la proposition de l’artiste. Elle la chorégraphie en quelque sorte tout en laissant, comme Merce Cunningham, une large place au hasard. Pour composer ce ballet, elle nous confronte à différentes échelles, du monumental à la maquette, nous incite à trouver le point de vue qui nous sied par l’ajustement de notre position dans l’espace.
Mais comme le souligne Michelle Debat, Cécile Bart aime recourir aux oxymores, aux notions opposées, aux contraires. Avec "Diaporama" et "La Suite dans les images", elle montre le mouvement à travers la photographie et la sculpture, deux médiums qui par nature le figent. Cette dernière oeuvre se présente pourtant comme un travelling.

Il s’agit en effet d’une frise marouflée au mur où s’entremêlent des peintures/collages et des photographies de sculptures, de corps et de drapés réalisées par l’artiste. Là encore, la superposition des plans et les chevauchements des images voilent et dévoilent des fragments opaques que nous découvrons au gré du glissement latéral de notre corps et de notre regard.

Ainsi le travail de Cécile Bart est-il peut-être et avant tout une interrogation sur le corps et son inscription dans le temps et l’espace qui emprunte d’autres moyens que leur simple représentation. Les écrans derrière lesquels nous passons, laissant deviner nos silhouettes comme autant d’ombres chinoises, sont l’espace de nos apparitions fugaces. Nous emplissons les peintures puis les laissons à leur vacance.
Dans "Silent Show", les peintures/écrans deviennent support à des projections qui les débordent. Il s’agit de très courts extraits de films, montés en boucle, montrant des corps dansant de façon syncopée et répétitive. Là, nos propres corps se mêlent aux images des acteurs et danseurs dans des superpositions étranges. Immergés dans ce flot d’images, nous voilà semblables au fugitif de "L’Invention de Morel" d’Adolfo Bioy Casares, en proie sur son île déserte au désir d’une Faustine virtuelle et inaccessible.

En 1998, Cécile Bart réalisait "Diplopie", un diptyque composé de peintures/écrans respectivement orange et verte. Installé devant deux fenêtres, il laissait percevoir le paysage et ses variations au fil du temps. La lumière du jour agissait comme un rétroprojecteur venant imprimer sur les peintures les contours mouvants des fenêtres et de leurs montants. Le visiteur percevait ainsi deux images pour un même objet, ce qui correspond très exactement à la définition de ce trouble de la vue appelé diplopie ou image fantôme.

L’oeuvre entier de Cécile Bart est ainsi tout le contraire de l’art concret auquel on l’a bien trop souvent associé en ce qu’il ne peut être réduit à ses qualités purement plastiques et qu’il est empreint de sensualité et de romantisme. Il est au sens propre comme au sens figuré diplopique voire « pluriplopique ». Il autorise ainsi toutes les projections qu’elles soient physiques ou mentales : celles qu’imprime l’artiste avec ses photographies et ses extraits de films, celles, furtives, de nos propres corps, comme celles de nos imaginaires. Sans oublier les autres figures qui s’infiltrent plus particulièrement dans cette exposition. Le fantôme de Loïe Fuller qui pour sa Danse Serpentine utilisait voiles et lumière afin que « le corps jette dans l’espace des vibrations », celui de Merce Cunningham optant pour le hasard, celui du William Forsythe de "Kammer-Kammer" avec ses écrans suspendus sur lesquels étaient retransmis en temps réel des moments chorégraphiques saisis sous différents angles et peut-être et surtout, celui d’une trapéziste oubliée, répondant au beau nom chamarré de Rose Gold.

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