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T. Louverture sur France 2 : révisionnisme historique, selon Philippe Pichot

Publié le 14/02/2012 - 12:27
Mis à jour le 14/02/2012 - 18:26

Les 14 et 15 février 2012 à 20h35, France 2 diffuse les deux épisodes du téléfilm réalisé en 2011 par Philippe Niang sur le héros de l’indépendance haitienne Toussaint Louverture, bien connu en Franche-Comté pour son emprisonnement et son décès au château de Joux dans le Haut-Doubs. «Réécriture de l’Histoire, manipulation mémorielle, propagande idéologique, excitation communautariste », le Bisontin Philippe Pichot ne mâche pas ses mots à propos de cette fiction.

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France 2 diffuse les 14 et 15 février un téléfilm consacré à Toussaint Louverture ©dr

Si quelqu’un connaît bien la vie de Toussaint Louverture, c’est bien lui. Chef de projet développement du château de Joux Toussaint Louverture, coordonnateur du projet  Route des abolitions de l’esclavage, membre du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage, Philippe Pichot s’était réjoui du tournage en 2011 du premier film consacré au héros de l’indépendance haitienne. Mais aujourd’hui, il s’insurge et s’interroge. 

 Un « apollon » dans le rôle titre
 
« Mettre en scène un tel personnage qui, dans l’Histoire universelle, surgit comme le déclencheur de la première abolition de l’esclavage, l’initiateur de la première indépendance d’une colonie indigène (Haïti) et  la première figure du pouvoir noir, méritait un minimum de sérieux, écrit-il. Au final Toussaint Louverture (60 ans, 1,63 mètres pour moins de 50 kg, visage déformé, édenté..)  est joué par l’apollon, jeune et athlétique Jimmy Jean-Louis, sa femme, par Alissa Maïga, aussi belle, svelte et jeune que Suzanne Louverture était laide, grosse et vieille… Réussi  techniquement et malgré d’excellents acteurs,  le scénario  se résume, d’un point de vue historique, à une  caravane de clichés éculés, de manipulations grossières, d’inventions pures et simples, d’erreurs et d’anachronismes historiques flagrants dans de rares moments d’historicité et d’honnêteté intellectuelle. »
 
 Anachronismes et inventions
 
Et de citer quelques « morceaux choisis » : Toussaint et sa famille enchaînés marchant dans la neige du Jura et frappés par des soldats en direction du fort de Joux alors qu’il y a été déporté seul ; le père de Toussaint noyé sadiquement en 1751 car jugé improductif alors que ce dernier, « esclave » protégé par son maître et ne travaillant pas dans les plantations, est mort presque centenaire en 1804 ; le Général Caffarelli, envoyé de Napoléon, exécutant le valet de Toussaint et abandonnant son cadavre dans un champ enneigé du Haut-Doubs alors qu’il était encore vivant en 1825 ; un nommé Pasquier également envoyé par Napoléon pour recevoir les confidences de Toussaint puis se recueillant sur sa tombe alors que seuls les commandants du fort pouvaient le côtoyer, que celui-ci n’eut pas de tombe et que le dit Pasquier n’a jamais existé ; le général Laveaux, personnage clé de la révolution à Saint-Domingue et proche de Toussaint, assistant à son départ en exil pour la France le 10 juin 1802 alors qu’il avait quitté définitivement l’île fin 1796, etc.
 
Le rôle du service public ?
 
De quoi laisser Philippe Pichot fort interrogatif. Sur le message de cette véritable propagande idéologique, d’une part : « S’agit-il de réviser  l’histoire ? A-t-il un lien avec l’actualité ?  S’agit-il d’exacerber les passions ? De  démontrer que les blancs sont d’infâmes « négrophobes » qui noient les nègres par plaisir ? Pourquoi Caffarelli est  transformé en  vil assassin de ce pauvre Mars Plaisir ? Pourquoi Bonaparte, n’est caricaturé qu’en vil Arpagon avide de fortune, qui n’en veut qu’au trésor de Toussaint ? »
Sur la position de France 2, d’autre part : « l’on pourra aussi se demander si c’est France 2 qui a demandé un certain « rythme » à ce film ayant provoqué ou abouti à faire privilégier « le sensationnel », sur-jouer « le cliché » et pousser à inventer des scènes sorties de l’imaginaire ? Enfin, comment  France 2 accepte-t-elle de diffuser, en connaissance de cause ce film annoncé « comme vérité historique » mais qui n’est en fait qu’un parti pris « idéologique » revendiqué ? Est-ce bien le rôle du service public, et à l’argent public,  de  « cautionner » et de promouvoir de telles tromperies ? »
 
Philippe Pichot précise qu’à  ces dernières questions «  la direction de France 2, interpellée à deux reprises n’a pas jugé utile de répondre très précisément ».
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