Quand les mathématiques s’exposent dans un musée…

Depuis le mois d’octobre, de drôles d’objets sont alignés sur un pan de mur de la salle du cabinet de curiosités du musée du Temps à Besançon. En fils de soie et laiton ou en plâtre, ceux-ci sont, à l’origine, des équations mathématiques en relief et sont présentés au public dans le cadre d’un partenariat entre l’Université de Franche-Comté et la Ville de Besançon.

A les regarder de plus près, on comprend aisément pourquoi le photographe américain Man Ray, artiste dada puis surréaliste, en a photographiés en 1936 en se jouant des effets de lumière. Actuellement exposés au musée du Temps à Besançon, ces drôles d’objets aux formes rondes ou anguleuses qui accrochent la lumière semblent tout droit sortis de la main d’un sculpteur. Pourtant, à l’origine, rien à voir avec de l’art. C’est de mathématiques dont il s’agit.
 

Des formules mathématiques en 3D

"Ces objets ont été édités entre 1877 et 1886", précise Jacques Bahi, président de l’Université de Franche-Comté, à propos de ces pièces qui sont en fait la restitution en trois dimensions de formules mathématiques, résultats de recherches faites par des étudiants de l’époque pour leurs thèses de doctorat. 
 
A Besançon, la collection d’une quarantaine de pièces en fils de soie, tendus sur un cadre de laiton, ou en plâtre fut constituée à la fin du XIXe siècle pour illustrer l’enseignement théorique dispensé par les titulaires des deux chaires de mathématiques. En ce début du XXIe siècle, elles sommeillaient sur les étagères du Laboratoire de mathématiques, paraissant oubliées de tous. Jusqu’à ce que l’Université de Franche-Comté décide de faire des copies de certains de ces "modèles mathématiques" afin de les donner à ses hôtes de marque et sollicite à cette fin la Ville qui dispose d’un atelier de moulages.
 

Partenariat Ville et Université

Si les copies ont été réalisées, le partenariat entre la Ville de Besançon et l’Université de Franche-Comté est allé au-delà. Les pièces de la collection font l’objet d’une petite exposition au musée du Temps depuis le 30 octobre 2013 et jusqu’au 21 septembre 2014, tandis qu’un ouvrage-catalogue vient d’être publié. Outre des photos de chacune par Marc Le Mené et des textes du philosophe et écrivain Georges Sebbag et de Laurent Devèze, directeur de l’Institut supérieur des Beaux-Arts de Besançon Franche-Comté, on y trouve une étude très poussée de Stefan Neuwirth, maître de conférence au Laboratoire de mathématiques de Besançon. 
 

Une équation mathématique redécouverte

"Les mathématiciens ont détourné le regard de ces objets, il a fallu le regard des artistes, des historiens de l’art pour s’y réintéresser. Il fallait leur redonner le sens qu’ils avaient au moment où ils ont été créés et qu’ils avaient perdu car ils n’intéressaient plus personne", rappelle ce chercheur qui a réalisé un véritable travail de fourmi. Il s’est penché sur ces "modèles mathématiques", traquant les collections existantes dans d’autres universités dans le monde entier, afin d’identifier scientifiquement chaque pièce en recherchant son équation mathématique. Et, dans cette quête, il a même retrouvé une équation qui avait été perdue. 
 
Cependant, Stefan Neuwirth reste quelque peu sur sa faim à propos de la manière dont ces objets ont servi dans l’enseignement des sciences au XIXe siècle. "Toutes les recherches en archives n’ont rien donné à ce sujet et il n’y a pas de témoignages sur la façon dont ils ont été utilisés dans un discours pédagogique. Ca n’a peut-être pas servi tant que ça", s’interroge-t-il. 
 
  • Le livre-catalogue "Objets mathématiques", musée du Temps et Université de Franche-Comté, éditions SilvanaEditoriale, mars 2014, 96 pages, est en vente au prix de 15 euros à la boutique du musée du Temps à Besançon (96 Grande-Rue). 
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