Les familles des victimes de l'incendie meurtrier d'un bar en Suisse ont appris mardi avec "consternation" qu'il n'y avait pas eu de contrôle de sécurité et incendie de l'établissement de 2020 à 2025, a indiqué un de leurs avocats mardi.
Mes clients "ont pris connaissance avec consternation des informations communiquées lors de la conférence de presse" des autorités de la commune, a déclaré à l'AFP Me Romain Jordan, qui conseille plusieurs familles de victimes. Il a également souligné que "la quantité effarante des manquements et lacunes dans les contrôles pose avec d'autant plus d'urgence la question de la mise sous enquête de la commune".
Et "on aurait aimé entendre des excuses, a fortiori cinq jours après les faits", a ajouté Me Jordan.
Seuls les propriétaires sont pour l'heure visés par une enquête pénale
Pour l'instant, seuls les deux propriétaires français du bar, Jacques et Jessica Moretti, sont visés par une enquête pénale, soupçonnés d'"homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence". L'incendie, qui a fait 40 morts et 116 blessés dont de nombreux étrangers, a été provoqué, selon l'enquête, par des bougies dites "fontaines" qui ont enflammé le plafond du sous-sol du bar recouvert d'une mousse acoustique.
L'enquête doit notamment déterminer si cette mousse était conforme ou pas. "La commune et l'ensemble des autorités doivent assumer pleinement leurs responsabilités", a demandé Me Jordan. "Assumer est quelque chose de nécessaire", a déclaré à l'AFP Me Sébastien Fanti, avocat de Sion qui représente quatre familles de blessés.
Les clients du bar, principalement des adolescents et de jeunes adultes, ont été piégés par les flammes. Selon la commune, l'établissement, qui disposait d'une salle au sous-sol et d'une autre au rez-de-chaussée, comptait deux sorties de secours et pouvait accueillir 100 personnes par étage.
La loi impose au service de sécurité communal "de faire ces visites périodiques annuellement" dans les établissements recevant du public mais ces "contrôles périodiques n'ont pas été effectués de 2020 à 2025", a expliqué mardi le président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud, devant la presse, indiquant toutefois ne pas savoir pourquoi les inspections n'ont pas été faites.
"La commune a un budget de 96 millions (de francs suisses) annuels. Si vous n'êtes pas capables de recevoir les gens en sécurité, si vous n'êtes pascapables de les contrôler, alors vous limitez le nombre d'établissements publics", a réagi Me Fanti.
M. Féraud a d'abord indiqué ne pas avoir connaissance d'un manque de moyens pour effectuer les contrôles dans la commune, avant d'affirmer que le service de sécurité en charge de ces inspections fait face à un travail "immense" alors qu'il est composé de cinq personnes, dont trois spécialistes.
La commune a choisi de se porter partie civile, pour avoir accès au dossier, ce que dénonce Me Jordan : "Que la commune cherche à se présenter en victime revient à dépouiller les vraies victimes de cette tragédie de leur statut, ce qui est inacceptable dans ces circonstances dramatiques", a-t-il protesté.
Peu après le drame, il avait également dit à la presse qu'il n'y avait pas eu de laxisme de la commune, avant de se raviser mardi : "C'est évident que je ne peux pas maintenir cela". La commune a choisi de se porter partie civile, pour avoir accès au dossier, ce que dénonce Me Jordan : "Que la commune cherche à se présenter en victime revient à dépouiller les vraies victimes de cette tragédie de leur statut, ce qui est inacceptable dans ces circonstances dramatiques", a-t-il protesté.
Me Fanti a quant à lui déploré le manque de soutien des autorités aux familles des victimes : "Ces familles doivent assumer seules les conséquences économiques de ce qui est survenu" qui pour certaines doivent "renoncer à leur activité professionnelle pour rester au chevet de leur enfant, en Suisse ou à l’étranger".
(Source AFP)
