Mariage annulé d’Alstom et Siemens : pour le maire d’Ornans, “il faut désormais avoir l’humilité de reconnaître une erreur”

La Commission européenne a annoncé sa décision d’annuler la fusion entre Alstom et Siemens le 6 février 2019. Sylvain Ducret, maire d’Ornans, qui suit le dossier depuis ses prémices, réagit…

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"Le veto de la Commission européenne est confirmé !", s'exclame Sylvain Ducret dans un communiqué. "Non, il n’y a rien d’ « extravagant », pour reprendre le terme du Premier ministre, à l’annonce de la décision". 

"Nous étions très nombreux à dénoncer le projet"

Pour le maire, "il faut désormais avoir l’humilité de reconnaître une erreur, même si cette décision est une défaite pour le président de la République Emmanuel Macron, qui a été promoteur du retrait de l’Etat du capital d’abord lorsqu’il fut ministre de François Hollande, puis jusqu’à aujourd’hui partisan de ce « transfert » de notre champion français". 

Il poursuit : "Nous étions très nombreux à dénoncer le projet de fusion Alstom/Siemens Mobility. Il s’agissait d’ailleurs davantage d’une absorption par le groupe allemand que d’une fusion. 
Avec ce projet, il n’y avait pas de lisibilité dans la stratégie industrielle, pas assez non plus de concertation ni de transparence. Pas assez de garanties pour les salariés auxquels nous devons penser en priorité". 

Sylvain Ducret estime que la décision de la Commission européenne est un "soulagement" : "Elle me paraît donc sage et n’évite cependant pas moult interrogations pour l’avenir". 

"Quelle est la politique de la France pour l'industrie ?"

Malgré tout, le maire s'interroge sur le devenir de la France : "Le vrai sujet, c’est de savoir quelle est la politique de la France pour notre industrie ? Pourquoi l’Etat s’est-il désengagé de la sorte du capital d’Alstom et a poussé à cet échec ? "

Une concurrence déloyale ?

"Les élections européennes du 26 mai devraient être l’occasion d’un véritable débat sur la stratégie industrielle en Europe : les entreprises européennes sont soumises à une concurrence déloyale sur le marché intérieur communautaire alors que la société chinoise CRRC dispose d’un monopole sur le marché intérieur chinois. De plus, CRRC, n°1 mondial du secteur ferroviaire, bénéficie d’aides de l’Etat chinois, notamment pour conquérir des marchés extérieurs, alors que les entreprises européennes ne doivent recevoir aucune aide de leurs Etats au titre de la concurrence libre et non faussée. 

Faut-il cependant condamner par avance toute idée d’un « Airbus du rail » ? Si la France et l’UE avaient une stratégie industrielle, celle-ci ne reposerait-elle pas  outre le « Buy european Act » - sur la création d’un champion européen capable de résister à la mondialisation et, par-là, de sauvegarder les emplois industriels en Europe ?  Alstom sera sans nul doute encore au cœur du débat".

(…) Pour l’heure, je me réjouis que les commandes soient là et que le plan de charge présenté début janvier lors de ses vœux par le directeur du site d’Ornans soit des plus rassurants à court terme". 

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