Siège du tribunal de commerce spécialisé : révélateur des rancoeurs entre Besançon et Dijon

Les esprits sont toujours à vif deux semaines après l’annonce (décret du 26 février) du déplacement du siège du tribunal de commerce spécialisé de Besançon vers Dijon. En lâchant en fin de semaine dernière le mot « gougnafier », François Rebsamen a jeté de l’huile sur le feu mettant à mal l’avenir du futur Pôle métropolitain. Pour la députée PS du Doubs, Barbara Romagnan, il est encore temps pour l’état de revenir en arrière

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C'est le dossier révélateur de l'animosité et de toute l'inquiétude de la Franche-Comté et de Besançon vis-à-vis de Dijon. Pour un rapide rappel, le TCS (tribunal de commerce spécialisé) avait été promis à Besançon depuis l'été 2015. Décision confirmée le 27 novembre par l'ex-garde des Sceaux Christiane Taubira qui avait dressé la liste des 18 TCS de France. 

Un jour auparavant,  Jean-Louis Fousseret et François Rebsamen, les maires de Besançon et Dijon prenaient ensemble le train pour parler du futur Pôle métropolitain censé lier les deux villes dans un destin commun. "Fini la gué-guerre Dijon Besançon ! " avait alors déclaré Jean-Louis Fousseret.  Ce pôle permettait selon lui de garantir l'équilibre entre les deux villes. Mais Dijon est-elle prête au partage ? Question que nous avions posée à l'époque à François Rebsamen qui, dans une moue à moitié cachée, avait botté en touche à la fin du trajet.

Et puis Patatra. Après intervention de F. Rebsamen auprès de François Hollande, le décret du 26 février attribue contre toute attente le siège du TSC à Dijon et fait voler en éclat l'amitié naissante entre les deux villes. Des réactions en veux-tu en voilà. Une pétition bisontine pour réclamer plus d'équilibre. Une autre, plus satirique de Dijon, pour demander que les Bisontins arrêtent de se plaindre. Le mot "gougnafier" lâché par François Rebsamen. Ça brûle entre Besançon et Dijon. Est-ce le retour des Ducs de Bourgogne ?

Même si Jean-Louis Fousseret tente de ne pas raviver l'incendie en la jouant "je n'irai pas sur ce terrain-là" et refusant toute soumission, en coulisse, la colère monte et celle des Francs-Comtois avec. 

Un "sérieux accroc"

 EELV Franche-Comté parle d'un "accroc sérieux au contrat passé lors de la mise en place de la fusion des anciennes régions (…) de cet équilibre dépend la réussite de la nouvelle Région. D’autres attributions sont en cours de négociations ; il ne faut pas qu’elles soient entachées des mêmes dysfonctionnements !"

 "On l'avait bien dit"  clament en substance Laurent Croizier et Odile Faivre-Petitjean. "Depuis un an, le Maire de Besançon fait passer les lots de consolation du gouvernement pour des victoires bisontines. Aujourd’hui, les soutiens de M. Fousseret se réveillent, malheureusement après la guerre, et constatent l’étendue des dégâts" expliquent les deux élus Modem bisontins.

 Romagnan : "Cette volte-face n’ajoute pas au crédit de la parole publique"

Pour la députée PS Barbara Romagnan qui a écrit au Premier ministre le 8 mars dernier, cette décision "brutale" provoque une colère "légitime". Pour elle, il est encore temps de revenir en arrière. "Cette volte-face n’ajoute pas au crédit de la parole publique. Et la méthode en elle-même est ressentie avec brutalité (…)J’ai indiqué au Premier ministre qu’il était encore temps de revenir sur cette mauvaise décision qui génère de la colère et des tensions territoriales, là où l’État est attendu en facilitateur et en médiateur".

Cette polémique a au moins un mérite. Celui de montrer que Besançon ne veut pas se laisser faire. Se débattre sera-t-il suffisant ? 

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