D’emblée, le général Helluy a reconnu que son discours allait être "beaucoup moins positif" que celui effectué par le préfet Rémi Bastille quelques jours plus tôt lors d’une cérémonie de voeux similaires. "D’un point de vue militaire, c’est malheureusement plus sombre", a-t-il résumé en une phrase. Il a ainsi tenu à dresser un bilan très clair et pédagogue de la situation géopolitique actuelle.
"Il n’a échappé à personne que le monde change, que nous avons changé d’époque", a commenté celui qui commande également la base de défense Besançon-Belfort. Chiffres et schémas à l’appui, il a évoqué la présence de "soubresauts de plus en plus violents et de plus ne plus nombreux" au niveau mondial et en a ainsi identifié quatre :
- Un retour à la force et à la violence. Ce recours à la violence est aujourd’hui redevenu un retour à l’outil politique. "La guerre a toujours été un outil politique, un moyen d’obtenir ce qu’on estime nécessaire pour les intérêts de notre nation". Une notion "un peu oubliée" notamment parce que "le parapluie nucléaire nous offrait une paix relative", a rappelé le général qui a d’ailleurs souligné que "80 ans de paix nucléaires dans l’histoire de France, c’est du jamais vu".
- Des outils de régulation de moins en moins respectés. ONU, OTAN, OMC, tribunal pénal international... tous ces outils qui permettaient de régler des conflits "sans avoir recours au conflit armé", sont aujourd’hui menacés.
- Une cohésion occidentale fragilisée. "Tous les jours on a une nouvelle raison d’en vouloir à son voisin. On a de nouvelles raisons de frictions dans la coopération y compris dans le cadre de nos alliances que l’on pensait éternelles", a analysé le général de la 1re Division. Tout cela remet aujourd'hui en question "notre façon de voir notre défense nationale".
- D’une guerre asymétrique à une guerre hybride. Si avant "on choisissait la forme du conflit et où on voulait le faire", aujourd’hui dans la guerre hybride le rapport de force est inversé. Les démocraties sont désormais plus vulnérables face aux dictatures qui peuvent notamment "mentir, couper internet et dire n’importe quoi".
Le général de la 1re Division a ensuite évoqué les trois acteurs mondiaux actuels :
- La Russie, une menace à long terme. La Russie reste "durablement une menace" ayant des capacités d’armement et d’endoctrinement de la population et dont le but est la destruction de la coalition occidentale.
- La Chine, vers une domination économique mondiale. "Leur objectif est la domination mondiale", a évoqué le général dont "l’impact pour nous est aujourd’hui beaucoup plus économique que militaire".
- Les USA, des alliés préoccupants. Le "sujet du moment", notamment avec la doctrine Donroe (mise à jour de la doctrine Monroe par Donald Trump qui a accolé son prénom) qui est "une continuation de tendances anciennes" mais dont la méthode a changé. Néanmoins, "ne nous y trompons pas, les Américains sont nos alliés et ce sont des alliés fiables sur lesquels on doit et sur qui l’on peut compter", a insisté le général. En tant que militaire, il a ainsi formulé le besoin de "trouver des voies pour trouver des coopérations".
La guerre de l'information
Le général Bruno Helluy a également tenu à effectuer un focus sur l’Ukraine, notamment pour illustrer la "force de l’information". Certains médias et réseaux sociaux donnant à voir la "vision d’une victoire tactique de la Russie", alors que, carte à l’appui, la progression russe n’a en réalité que très peu évolué en quasiment deux ans.
"À ce rythme-là, pour atteindre ses objectifs de guerre, la Russie a encore besoin de 10 à 15 ans, ne serait-ce que pour envahir le Donbass", a ajouté le général qui rappelle que les Russes perdent dans ce conflit 35.000 hommes par mois.
L’importance de la cohésion nationale
Face à cet "autre monde", la "priorité première de tous les services de l’État et des armées est la défense du territoire", a insisté le général Helluy. "Nous, militaires, on est là pour ça, on est fait pour ça, mais la défense démarre au large. C’est quand même plus intelligent de commencer notre défense à l’extérieur du pays que d’attendre que la ligne Maginot soit franchie", a résumé le commandant de la base de défense de Besançon-Belfort.
Il est donc aujourd’hui nécessaire "de se re-doter des atouts de la puissance" a évoqué le général notamment avec le besoin de se moderniser, le renouvellement de la défense opérationnelle du territoire, l’arrivée du service national ou encore une augmentation de la réserve "pour pouvoir renforcer cette capacité de défense du territoire national".
