Portrait d’Henri, un franc-maçon à Besançon…

maCommune.info vous propose le portrait d’une personnalité publique ou d’un anonyme chaque semaine. Après celui de Claire Passard, musicienne, voici ce lundi 22 février 2016, le portrait de Henri C., franc-maçon à Besançon. 

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Carte d'identité

Henri est né à Saint-Claude au sein d'une fratrie de 5 enfants dont l'aîné a 11 ans de plus que lui. Le jeune Henri a vécu dans une grande maison familiale construite par son grand-père italien à son arrivée en France, entouré de ses parents, oncles, tantes et cousins installés aux différents étages de la demeure. Dans une ambiance agréable à la campagne, régnait également une "bonne ambiance de quartier" précise Henri. "J'ai eu dans mon enfance deux sortes de copains : ceux du quartier qui s'appelaient Angelo, Azouz, Laïd, Septi, etc. parce qu'il y avait beaucoup de Maghrébins qui vivaient dans ce quartier-là. Et j'avais d'autres copains au lycée. C'étaient deux univers différents aussi bien sur le plan des habitudes que des cultures et des relations" se remémore Henri.

Après avoir obtenu son baccalauréat, le jeune Henri est parti à Besançon pour suivre une licence en Histoire obtenue en 1972 à la Faculté des Lettres. Quelques "petits boulots" ont suivi en tant qu'éducateur pré-stagiaire, puis en Suisse et est entré à l'ANPE en 1976 en tant que prospecteur puis conseiller professionnel pour y rester jusqu'en 1986.

Il a ensuite repris ses études pour obtenir en 1987 une licence en Sciences de l'éducation, une maîtrise en 1988, puis un Diplôme d'études approfondies (DEA) obtenu en 2000. "Et j'ai travaillé au CRIF jusqu'en 2012, date à laquelle j'ai pris ma retraite". 

Les débuts dans la Franc-Maçonnerie

Henri est entré en Franc-Maçonnerie à Besançon en 1988. "Sans trop en être pleinement conscient, je cherchais un endroit où je pouvais réfléchir sur moi-même et sur ce qu'il se passe autour de moi" nous confie-t-il "Sachant que cette propension, je l'avais acquise forcément de par mon éducation catholique. Donc je cherchais quelque chose où on ne nous instigue pas un sentiment de culpabilité comme c'est le cas avec la religion catholique" explique Henri.

C'est un de ses collègues de travail de l'époque qui lui a parlé de Franc-Maçonnerie et qui lui a proposé de déposer sa candidature pour y entrer. "J'ai fait ma lettre de motivation, comme tout le monde, qui était d'ailleurs très brève et j'ai suis devenu franc-maçon et mai 1988" nous raconte-t-il. 

"J'ai quitté la Franc-Maçonnerie pour y revenir 2 ans plus tard…" 

En 2009, Henri a décidé de quitter l'association. Pourquoi ? Il souhaite rester discret sur la raison de son départ. Il nous confie cependant qu'il était en "désaccord" avec un sujet propre à la Franc-Maçonnerie. C'est en 2011 qu'Henri a réintégré sa loge, car l'obédience dont il s'était retiré avait "changé".

"L'idée qu'on peut changer le monde à son propre niveau, sans faire de miracle"

Henri nous explique que la Franc-Maçonnerie lui a apporté jusqu'à maintenant "bon nombre" de choses : "Elle m'a amené à être moins dans les certitudes sans pour autant laisser mes convictions de côté, ça c'est la première chose". La deuxième chose : "Elle m'a appris à être plus tolérant par rapport aux personnes qui n'ont pas les mêmes opinions que moi, politiques, religieuses ou autres, et en même temps plus sûr des valeurs que je défends, c'est-à-dire la laïcité, la justice sociale, les deux principales".

Il pense également que la Franc-Maçonnerie lui a apporté "l'idée qu'on peut changer le monde à son propre niveau, sans faire de miracle, mais chacun a son propre niveau, je pense qu'on a un certain pouvoir pour changer les choses même s'il est limité". 

Le secret d'appartenance à la Franc-Maçonnerie dévoilé 

Henri a arrêté de "se cacher" depuis 2007. Selon lui, "c'est complètement contre-productif le fait qu'on ne se dévoile pas". Il ajoute que "Bien évidemment, je ne dévoile personne". Dans cette association, les "frères et sœurs" des loges peuvent déclarer publiquement qu'ils sont francs-maçons, mais ne peuvent pas dévoiler l'identité d'autres francs-maçons. Un culte du mystère maintenu depuis sa création excepté lors de la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle un franc-maçon a fourni une liste de noms de franc-maçon au Maréchal Pétain. Ils ont été 14 000 à être déportés.

"Avec tout ce qui se raconte sur les magouilles, l'affairisme, etc. venant entre autres de l'extrême droite et des milieux intégristes catholiques par exemple, je pense que ce fameux secret d'appartenance (qui n'est pas du tout le secret maçonnique) pour moi, nuit à notre image et à l'influence qu'on peut avoir sur la société."

En 2007, Henri a eu l'occasion de présenter deux travaux dans sa loge pour expliquer à ses "frères et sœurs" pourquoi il souhaitait dévoiler son appartenance.

Pour anecdote, lors du rassemblement en hommage aux victimes de l'attentat à Charlie Hebdo en janvier 2015, Henri portait ses décors maçonniques. 

La Franc-Maçonnerie, cible de nombreux fantasmes 

"Secte", "comme les Illuminatis", "orgies sexuelles lors des réunions"… La Franc-Maçonnerie est la cible de nombreuses critiques et de fantasmes.

Qu'en pense Henri ? Pour lui, ce type d'informations circulant dans la presse et sur la toile viennent de personnes "pas informées", mais qui peuvent "se renseigner, car il existe plein de livres dans n'importe quelle librairie dans lesquels on peut savoir ce qu'est la Franc-Maçonnerie dans le détail". Selon Henri, les personnes déclarant ce genre d'informations "n'ont pas cherché à savoir ce que c'était". 

La Franc-Maçonnerie en une phrase selon Henri 

"Un franc-maçon est une personne qui cherche et qui n'a jamais fini de chercher. Le but n'est pas le résultat, le but est de chercher sur soi et sur les moyens d'améliorer soi-même et la société, tout simplement" selon lui.

Le regard d'Henri sur la société française actuelle  

Pour lui, la société "se fragmente" : "il y a de plus en plus de groupes sociaux qui sont de plus en plus cloisonnés entre eux, les gens se replient sur eux-mêmes et je pense que ça, c'est grave. Dans un processus comme celui-là, les mouvements de solidarité sont mis à mal." 

Henri prend l'exemple de l'Assurance maladie qui coûterait "trop cher" : "par définition c'est quelque chose qui est une forme très concrète de solidarité. Si chacun de nous était obligé de s'assurer au lieu de cotiser avec un système de répartition comme pour la maladie… Je crains qu'on aille vers ça. On vivra dans une société où chacun ne pourra compter que sur lui-même. J'espère que ce ne sera pas le cas. Je pense qu'on en prend le chemin, et je suis un peu pessimiste quand même là-dessus". Henri ajoute que ce type de sujet sociétal est traité en loge maçonnique, mais ne nous en dit pas plus. 

Portrait chinois 

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