À bout touchant : “J’ai cru mourir moi aussi”

Carole Rognon a vécu l’indicible. Christophe et Hélène, ses deux enfants de 11 et 12 ans, ont été abattus « à bout touchant » par leur père dans leur sommeil  la nuit du Réveillon le 1er janvier 1996 à Ornex dans l’Ain près de la frontière suisse. « Le jour du drame, mon cœur s’est brisé, mais il a continué à battre » raconte-t-elle dans ce livre qu’elle a écrit, notamment pour terminer son travail de deuil. Carole Rognon sera en dédicaces ce samedi 21 mars 2015 à partir de 15h à la Librairie Forum de Besançon.

"Je ne suis pas "écrivain, mais j’ai juste décidé d’écrire mon histoire afin de rendre un hommage à mes deux enfants" explique humblement Carole Rognon dont la vie à basculé dans la nuit du Réveillon du 31 décembre 1995 au 1er janvier 1996. peu après minuit son ex-mari tuait leurs deux enfants dans le sommeil. Hélène, 11 ans, est morte sur le coup. Christophe, 12 ans, décéda à l'hôpital de Genève. "A l’époque, nous vivions tous les trois à Lure en Haute-Saône. C’était la première fois que Christophe et Hélène retournaient le temps d’une semaine de vacances scolaires auprès de leur père, dans la maison familiale". Malgré s'être retourné l'arme contre lui en se tirant trois balles dans la tête, le père survivra. Il sera condamné en 1998 à 30 ans de réclusion par a cour d'Assises de l'Ain. 

Cette mère explique que l'empathie autour du drame fut immense, mais de courte durée. "La violence de cette tragédie s’est répandue comme un poison et a eu raison de beaucoup d'esprits bienveillants.Dans les semaines et les mois qui ont suivi l’assassinat de mes enfants, j’ai cru mourir moi aussi". Cette mère qui avoue avoir côtoyé l'enfer a tenté de se reconstruire loin des préjugés et du jugement des autres. Après avoir décidé de survivre en conservant le sourire et en se fondant à nouveau dans l'anonymat, elle nous a expliqué pourquoi elle a souhaité raconter son histoire. Voici son témoignage. 

"En 2001, l’envie de raconter, une envie très forte s’imposa à moi comme une évidence. J’avais tellement de choses à dire. Oui, ce drame que j’ai vécu, je voulais le partager avec le plus grand nombre, pour évacuer cette peine trop longtemps contenue en essayant de dire l’indicible. A cette époque, la procédure civile venait à peine de se terminer.

"Le temps de la justice n'est pas celui de la douleur, de l'émotion ou de la colère"

En effet, il a fallu faire face à cette justice qui se hâte avec une lenteur désespérante. Mais le temps de la justice n'est pas celui de la douleur, de l'émotion ou de la colère. Il est celui de la raison et de l'objectivité. Mais ce temps fut extrêmement long pour moi et ma famille qui subissions ce drame et attendions des réponses.

Également, n’ayant aucune expérience en la matière et ne voulant pas non plus réaliser une énumération longue et indigeste des faits, j’ai alors fait appel à Marc, écrivain pour inconnu.

Mais ma blessure était trop vive, la colère trop forte et les cinq années de procédure ont eu raison de mon choix. C’est à contrecœur que je me décidais à renoncer.Si je voulais vivre, il fallait que je commence par tourner la page en me consacrant à des projets de vie, les projets communs que Jean-Pierre, mon compagnon et moi-même avions envisagés.

"Tout ce temps pour retrouver le goût, et j’ose dire, la joie de vivre" 

"Au printemps 2011, me sentant à nouveau prête, j’ai décidé de rappeler Marc qui d’emblée a accepté de collaborer à nouveau au projet. Il m’a donc fallu tout ce temps pour me reconstruire, atteindre la lucidité, le détachement qui permettent de dire les choses telles qu’elles se sont passées, sans fard, sans excès, sans injustice. Tout ce temps aussi pour atteindre, approcher devrais-je dire, la vérité. Vérité que j’estime devoir, par-delà la mort, à Hélène, à Christophe, à moi-même.

Tout ce temps pour retrouver le goût, et j’ose dire, la joie de vivre ; celle qui donne l’énergie d’écrire. Pour retrouver aussi cette tranquillité, cette paix de l’esprit, sans laquelle seule la colère parle, transformant la réalité des faits et des circonstances en un cri.Il fallait aussi que j’écrive pour tourner la page de ces années de galère. Parce que je ne voulais pas seulement me soigner, je voulais guérir !

J’avais tellement de choses à dire.Et pour être sûre de tenir à distance la passion, j’ai décidé d’écrire à la troisième personne. Ce sera  "Carole, elle" plutôt que « moi, je ». Hélas, au bout de quelques mois et pour des raisons professionnelles, Marc a cessé toute collaboration.

"Même si le temps a atténué mes blessures, l’absence est toujours aussi douloureuse"

Alors, j’ai décidé de continuer avec la seule aide et les encouragements de mon mari. Si j’ai voulu mener à terme ce projet, c’était également pour terminer le travail de deuil. Même si le temps a atténué mes blessures, l’absence est toujours aussi douloureuse.Aujourd’hui, dix-neuf années se sont écoulées et mon livre est enfin publié !"

Info + 

"À bout touchant"  roman autobiographique publié aux éditions du Net - 17 € en version papier - 11,20 € en version numérique. 296 pages


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