Le ton a été donné par les représentants des entreprises de travaux publics. Frédéric Bonnefoy, président de la FRTP Bourgogne-Franche-Comté, a livré un constat particulièrement préoccupant sur la situation du secteur. ”L'instant est grave, très grave”, a-t-il lancé, évoquant les difficultés rencontrées par les entreprises et les conséquences du ralentissement de l’investissement public. Selon lui, ”les entrepreneurs de travaux publics ont le moral en berne depuis plusieurs mois”. Une formule qui traduit l’inquiétude d’un secteur directement dépendant de la commande publique locale.
Christophe Ribette, président d’Ecorse TP, a lui aussi insisté sur la nécessité d’une réaction rapide. ”Un électrochoc de l'investissement doit avoir lieu dès maintenant”, a-t-il affirmé, appelant les collectivités à maintenir leurs projets malgré les incertitudes qui pèsent sur leurs budgets. Le représentant des entreprises a également rappelé l’importance de préserver une relation étroite entre les collectivités et les entreprises locales : ”Nous ne baisserons pas les bras, nous comptons sur votre courage politique, nous serons à vos côtés”, a-t-il assuré devant un parterre d'élu(e)s.

Une inquiétude qui dépasse les carnets de commandes
Derrière les difficultés économiques du secteur des travaux publics se dessine une inquiétude plus large concernant la capacité des collectivités à continuer à investir. La question ne concerne pas uniquement les entreprises ou les emplois. Elle touche également à la réalisation concrète des projets locaux : voirie, réseaux, bâtiments publics, équipements, aménagements ou encore adaptation des territoires au changement climatique.
Plusieurs intervenants ont ainsi insisté sur la nécessité de conserver une vision de long terme. Pour les élus, le risque serait de repousser certains investissements jusqu’à ce que les marges de manœuvre financières soient davantage réduites. Jean-Paul Grenier, président de l’association des maires du Doubs, a notamment rappelé une réalité concrète : ”Avant de parler des délais de paiement, il faut qu'il y ait des commandes”.
Une remarque qui résume l’une des principales préoccupations exprimées durant cette inauguration : sans projets lancés par les collectivités, les entreprises ne peuvent maintenir leur activité, leurs emplois et leurs capacités d’investissement.
Une part d'investissement de l'État "liliputienne" dans les collectivités ? Le préfet répond.
Alain Chrétien, président de l’association des maires de Haute-Saône et vice-président de l’Association des maires de France, est allé plus loin en mettant directement en cause la place de l’État dans l’investissement public. Évoquant son expérience à la Cour des comptes et ses échanges avec la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation Amélie de Montchalin, il a estimé nécessaire de rappeler aux hauts fonctionnaires le rôle joué par les collectivités dans les investissements du quotidien.
”Il faut toujours rappeler aux hauts fonctionnaires que c'est nous qui construisons les écoles, que c'est nous qui rénovons les routes, que c'est nous qui construisons les gymnases, et que la part d'investissement de l'État, elle est liliputienne par rapport aux milliards d'euros qui sont dépensés le plus souvent, judicieusement, par les collectivités locales”, a-t-il déclaré. Avant de poursuivre sur un ton particulièrement offensif : ”Et que si vous voulez tuer la croissance en France, eh bien, continuez à nous serrer le kiki.”

Rémi Bastille, préfet du Doubs, lui a répondu directement lors de sa prise de parole. ”J'ai entendu que l'État était un investisseur "liliputien". Je rappelle tout bêtement que l'État à Besançon, c'est un investissement de 100 millions d'euros dans un projet de bibliothèque avec toute l'agglomération”, a-t-il déclaré. Le préfet a également mis en avant les investissements à venir sur les infrastructures routières, notamment sur la RN57 : ”100 millions d'euros sur la RN57, les marchés vont être lancés dans les semaines à venir”, a-t-il annoncé, citant plusieurs opérations prévues sur cet axe, notamment à Pontarlier et dans le secteur du Marais de Saône, en lien avec le Département.
Pour le représentant de l’État, ces travaux doivent représenter une activité importante pour les entreprises du territoire. Il a ainsi estimé que ”les travaux qui seront lancés dans les mois à venir sont extrêmement importants pour le marché du département”.
Des élus qui appellent à ne pas céder au pessimisme
Malgré ce contexte, plusieurs élus ont refusé de céder au pessimisme. Ludovic Fagaut, maire de Besançon et président de Grand Besançon Métropole, a insisté sur la responsabilité des élus dans cette période d’incertitude. ”Je pense que notre rôle d'élu, c'est aujourd'hui de donner envie, de donner confiance”, a-t-il déclaré. Le maire de Besançon a également défendu la nécessité de continuer à porter des projets pour les territoires, malgré les contraintes financières et les incertitudes institutionnelles.
Du côté des maires ruraux, le constat est toutefois plus nuancé. Serge Delfils, maire de Blamont et président de l’association des maires ruraux du Doubs, a souligné les transformations auxquelles les communes doivent désormais faire face. ”Ce que nous faisions avant, nous ne le ferons plus”, a-t-il résumé, faisant référence à l’évolution des contraintes qui pèsent sur les collectivités et à la nécessité d’adapter les politiques publiques.
Investir pour adapter les territoires
L’adaptation au changement climatique a également occupé une place importante dans les échanges. Pour les collectivités, les investissements ne peuvent plus seulement répondre aux besoins immédiats, ils doivent aussi permettre d’anticiper les transformations à venir. Christine Bouquin, présidente du Département du Doubs et présidente de Micropolis, a ainsi rappelé que ”l'adaptation au changement climatique ne se décrète pas, elle se construit”. Une construction qui passe notamment par les infrastructures, la rénovation, la gestion de l’eau, les mobilités ou encore l’entretien des réseaux existants.
La question des infrastructures routières reste également centrale. Arnaud Marthey, conseiller régional et nouveau sénateur du Doubs, a notamment évoqué les investissements prévus sur la RN57 : ”100 millions d'euros sur la RN57, les marchés vont être lancés dans les semaines à venir”. Un exemple destiné à rappeler que, malgré les incertitudes, certains grands projets continuent d’avancer.
Le préfet, le plus confiant
Face aux inquiétudes exprimées par les représentants du monde économique et les élus, Rémi Bastille, préfet du Doubs, a reconnu les difficultés actuelles, tout en rappelant le rôle de l’investissement public. ”Il y a toujours un effet sur l'investissement public local”, a-t-il souligné, dans un contexte où les décisions budgétaires nationales peuvent avoir des conséquences directes sur les collectivités, mais aussi alors que les nouveaux maires élu(e)s en mars dernier prennent encore leurs marques.
Le préfet a terminé sa prise de parole sur une note positive, la plus positive que la quasi totalité des prises de parole de cette inauguration : "Beaucoup de choses vont se faire, donc je suis absolument confiant sur votre capacité à mettre un tissu local, dynamique, en confiance entre l'État, les collectivités et les entreprises."

Une ambiance conviviale, mais un message d’alerte bien réel
Dans les allées de Micropolis, l’atmosphère restait pourtant celle d’un salon professionnel : discussions entre élus et entreprises, retrouvailles, échanges autour des projets locaux et présentation de nouvelles solutions pour les collectivités. Le Carrefour des collectivités locales conserve ainsi cette dimension conviviale qui en fait un rendez-vous important de la vie publique locale. Mais derrière les poignées de main et les échanges informels, le message porté lors de l’inauguration était nettement plus préoccupant.
Infos +
À l’occasion du Carrefour des collectivités locales, Ludovic Fagaut a signé deux conventions de financement avec la Banque des Territoires.
La première porte sur la réhabilitation des réseaux d’eau potable de Grand Besançon Métropole. La Banque des Territoires mobilise 1,5 million d’euros de prêts à long terme "Transformation écologique", sur 25 ans, pour accompagner une tranche de travaux évaluée à 3 millions d’euros en 2026. Les opérations concernent notamment la pose de réseaux et de branchements, les tests de canalisation et différents raccordements. Le réseau d’eau potable métropolitain s’étend sur 1 278 kilomètres, compte 29 stations de pompage et de captage et a représenté une consommation de 8,7 millions de m³ en 2025.
Le second financement, d’un montant de 4 millions d’euros, est consacré à la réhabilitation du groupe scolaire des Vieilles Perrières, à Besançon. Le projet prévoit un établissement rénové pouvant accueillir plus de 200 élèves répartis dans dix classes, ainsi qu’une nouvelle salle de restauration. Ces deux prêts doivent contribuer au financement de projets portant à la fois sur les infrastructures d’eau potable et sur la rénovation d’un équipement scolaire.



