Le collectif d’étudiants dénonce les conséquences du blocage de la faculté des Lettres de Besançon, en place depuis le 29 septembre, et dont la prolongation jusqu'au 23 octobre a été votée lors de l'assemblée générale du 13 octobre.
Lettre ouverte des étudiants
"Qui a décidé que nous n'avions plus le droit d'étudier ? Le 13 octobre 2026, lors d'une assemblée générale étudiante, il a été voté de prolonger jusqu'au vendredi 23 octobre le blocage de la faculté des Lettres de Besançon. Depuis le 29 septembre, ce blocage entraîne une paralysie quasi totale des enseignements, privant les étudiants de la grande majorité de leurs cours depuis plus de deux semaines.
Ainsi, une assemblée générale s'arroge le droit de décider pour des milliers d'étudiants, de les empêcher d'accéder à leurs cours et de compromettre leur formation. Au nom de quoi ? De quelle légitimité démocratique les participants à cette assemblée peuvent-ils se prévaloir d'imposer leur volonté à ceux qui ne la partagent pas ? Que certains souhaitent manifester, faire grève ou défendre leurs convictions politiques est parfaitement légitime. Depuis quand la liberté de manifester autorise-t-elle à priver les autres de leur liberté d'étudier ?
Et surtout, où est la présidence de l'université ? Comment peut-elle laisser une telle situation perdurer ? Comment justifier que des étudiants régulièrement inscrits, parfois contraints de travailler pour financer leurs études, soient privés d'enseignements auxquels ils devraient pouvoir accéder ? L'université est-elle encore un lieu de savoir et de liberté, ou est-elle devenue un espace où des militants peuvent imposer leurs décisions à l'ensemble des étudiants, sans réponse suffisamment ferme de l'administration ?
Une démocratie à géométrie variable ? Il est particulièrement paradoxal de voir des organisations qui se réclament de la démocratie, de l'égalité et de la défense des droits étudiants recourir à des méthodes qui privent d'autres étudiants de leurs libertés les plus élémentaires.
Une assemblée générale n'est pas un référendum. Elle ne saurait prétendre représenter l'ensemble des étudiants de la faculté, et encore moins s'arroger le pouvoir de décider à leur place. Mais au-delà même de la question de sa représentativité, une interrogation demeure : depuis quand un vote, aussi majoritaire soit-il, autorise-t-il à priver les autres de leur liberté d'étudier ?
L'article L811-1 du Code de l'éducation reconnaît d'ailleurs les libertés d'expression des étudiants, à condition qu'elles s'exercent sans porter atteinte aux activités d'enseignement et de recherche. Comment justifier, dans ces conditions, un blocage qui empêche précisément la tenue des cours ? La liberté de manifester n'est pas un droit de contrainte. Une conviction politique, aussi sincère soit-elle, ne donne aucune autorité sur la scolarité des autres.
Les premières victimes sont les étudiants eux-mêmes. Derrière ces décisions se trouvent des étudiants dont les situations sont très différentes. Certains travaillent pour financer leurs études. D'autres dépendent d'une bourse, préparent des examens, envisagent une poursuite d'études sélective ou ont déjà des difficultés à suivre leur formation.
Pour eux, un blocage qui se prolonge depuis le 29 septembre ne constitue pas un simple symbole politique. Ce sont potentiellement des enseignements perdus, des travaux pratiques impossibles à rattraper, une désorganisation des études et une incertitude supplémentaire. Il est facile de voter la prolongation d'un blocage lorsque ses conséquences sont imposées à des milliers d'étudiants qui n'ont pas fait ce choix. Au nom de la défense des étudiants, on finit ainsi par pénaliser ceux que l'on prétend représenter.
Une présidence qui doit rendre des comptes. Mais il serait trop facile de faire porter toute la responsabilité de cette situation aux seuls organisateurs du blocage. La présidence de l'université dispose de responsabilités et de moyens d'action en matière de maintien de l'ordre et de continuité du service public universitaire.
Nous sommes donc en droit de lui demander quelles mesures elle a prises et quelles mesures elle entend prendre pour préserver l'accès aux enseignements. Pourquoi les étudiants désireux de poursuivre leur formation devraient-ils supporter les conséquences de cette mobilisation ? Le dialogue est nécessaire, mais il ne saurait suffire lorsque, semaine après semaine, des étudiants restent privés d'une partie de leurs enseignements. Il ne s'agit pas de réclamer systématiquement une intervention policière, mais de rappeler qu'une université publique ne peut pas abandonner les étudiants qui souhaitent simplement étudier.
Le droit d'étudier n'est pas négociable. Nous ne demandons ni l'interdiction des manifestations, ni la suppression des syndicats étudiants, ni la fin des mobilisations politiques. Nous demandons simplement que la liberté des uns ne s'exerce pas au détriment de celle des autres. Que ceux qui souhaitent manifester manifestent. Que ceux qui souhaitent faire grève fassent grève. Mais que ceux qui souhaitent étudier puissent étudier.
Il est temps que la présidence prenne publiquement position sur les conditions d'accès aux enseignements, expose les mesures envisagées et rappelle qu'aucune organisation étudiante ne dispose du pouvoir de décider seule de la fermeture d'une faculté. Quel étrange paradoxe que de prétendre défendre les étudiants en les empêchant d'étudier, et de revendiquer la démocratie tout en refusant aux autres la liberté de choisir !
À ceux qui organisent ces blocages, une question : au nom de quel principe vos convictions devraient-elles primer sur notre liberté ? À la présidence de l'université, une autre : combien de temps comptez-vous laisser cette question sans réponse concrète ?"
Lettre ouverte des étudiants de l'Université Marie et Louis Pasteur


