Le dossier des Vaîtes reviendra à l’ordre du jour du conseil municipal de Besançon, ce jeudi soir. Deux délibérations sont soumises au vote : la délibération n° 10, consacrée au compte-rendu annuel à la collectivité (CRAC) de l’écoquartier et à son bilan financier au 31 décembre 2025, et la délibération n° 16, portant sur le plan de financement et les demandes de subventions pour la construction d’un nouveau groupe scolaire Tristan-Bernard.
À l'approche de cette échéance, les choix de la municipalité de Ludovic Fagaut font l’objet de nouvelles critiques de la part de l'association Jardins des Vaîtes à l’aménagement du quartier Leurs interrogations portent notamment sur les engagements pris pendant la campagne municipale, la possibilité de modifier le projet urbain et les éléments techniques justifiant la construction d’une nouvelle école.
Des engagements de campagne contestés
Les opposants reprochent à Ludovic Fagaut d’avoir rapidement abandonné plusieurs engagements qu’ils lui attribuent pendant la campagne électorale. Selon leur récit, le candidat avait annoncé vouloir reprendre le projet des Vaîtes à zéro avec les habitants, limiter le nombre de logements à 300 et revoir le projet d’école. Ils estiment que la signature du permis de construire de la nouvelle école, intervenue selon eux moins de deux mois après son accession à la mairie, marque un changement de cap. Ils résument leur critique en dénonçant ”la rapidité du retournement de veste”.
Au-delà du calendrier, c’est la continuité du projet d’aménagement qui est au cœur de leurs préoccupations. Les deux délibérations examinées ce jeudi doivent précisément permettre au conseil municipal de se prononcer sur des aspects financiers et opérationnels de cette transformation du quartier.
Nouvelle école : des documents techniques au cœur de la controverse
La question de la reconstruction de l’école Tristan-Bernard cristallise les tensions. Dans un entretien accordé à L’Est Républicain le 10 septembre, Ludovic Fagaut expliquait avoir rencontré plusieurs associations et leur avoir présenté des expertises techniques. ”Elles montrent que, eu égard l'état de Tristan-Bernard, il faut construire une nouvelle école”, déclarait-il alors.
Les opposants contestent cette présentation. Ils indiquent avoir adressé à la mairie une demande de communication de documents le 17 juillet 2026, puis une relance le 17 août. Leur demande portait notamment sur les éléments de chiffrage, les études architecturales, les difficultés de rapprochement entre les classes maternelles et élémentaires, l’intégration de la cantine et les projections démographiques relatives aux effectifs futurs.
Selon eux, aucune réponse ne leur était parvenue avant la réception d’un courrier de Laurent Bailly, adjoint à l’urbanisme. Dans ce courrier, l’élu leur oppose l’absence de documents correspondant précisément à leur demande. Il écrit : ”l'Administration ne dispose pas de document technique correspond aux données formulées dans votre demande”.
Cette réponse alimente les critiques de l'association, qui y voient une contradiction avec les déclarations publiques du maire sur l’existence d’une comparaison technique entre la rénovation de l’école actuelle et la construction d’un nouvel établissement.
Une comparaison entre rénovation et reconstruction contestée
Le 12 octobre, lors d’une intervention auprès de macommune.info, Ludovic Fagaut a de nouveau justifié le choix de construire une nouvelle école plutôt que de réhabiliter le bâtiment existant. ”Enfin, on a pu avoir grâce aux services, et je les en remercie, avoir cette comparaison qui nous montre qu'aujourd'hui effectivement il est plus pertinent de construire une nouvelle école sur le secteur des Vaîtes plutôt que de réhabiliter à 12 millions d'euros donc euh une école ancienne”, a-t-il déclaré.
Pour les opposants, cette affirmation pose une question précise : si les services municipaux ont réalisé une comparaison entre les deux options, pourquoi l’administration indique-t-elle ne pas disposer des documents techniques correspondant aux éléments demandés ?
La portée exacte de cette contradiction reste toutefois à établir. Le courrier de l’adjoint porte sur les catégories de documents formulées dans la demande de communication ; il ne suffit pas, à lui seul, à démontrer qu’aucune comparaison technique n’existe sous une autre forme. Inversement, les déclarations du maire ne permettent pas de connaître la nature, le contenu ou le degré de détail des éléments sur lesquels il affirme s’appuyer.
Un débat sur la transparence qui remonte à 2025
Les opposants rappellent également une intervention de Ludovic Fagaut, alors conseiller municipal d’opposition, lors du conseil municipal du 15 mai 2025. À l’époque, il avait lui-même demandé des éléments objectifs pour étayer le diagnostic porté sur l’état du bâtiment scolaire. ”Nous pouvons déplorer dans ce rapport qu'il n'y ait pas, comme nous l'avons régulièrement demandé à ce sujet, des éléments objectivés qui vous permettent d'affirmer cela”, déclarait-il à propos de la présentation de l’école Tristan-Bernard comme étant ”plutôt en fin de vie”.
Les opposants soulignent ce rapprochement entre ses demandes lorsqu’il siégeait dans l’opposition et les difficultés qu’ils disent rencontrer aujourd’hui pour accéder aux documents justifiant le choix de la municipalité.
La comparaison entre ces deux situations alimente leur accusation de manque de transparence.
La ZAC des Vaîtes, un cadre que le maire veut faire évoluer
L’autre point de désaccord concerne la possibilité de modifier le projet d’aménagement. Les Jardins des Vaîtes rappellent que les caractéristiques de la zone d’aménagement concerté (ZAC) des Vaîtes sont inscrites dans les documents d’urbanisme : emprises au sol, surfaces de plancher, nombre de logements, stationnement et équipements publics, dont l’école. Ils soulignent que Ludovic Fagaut avait voté contre le nouveau projet des Vaîtes le 23 février 2026, alors qu’il était encore conseiller municipal d’opposition, et donc contre la modification de la ZAC soumise au conseil.
Le 19 juin 2026, devenu maire, il a rejeté le recours gracieux déposé collectivement par six organisations contre la ZAC modifiée. Dans sa réponse, il qualifiait leur position d’”opposition de principe au développement d'une offre raisonnée d'habitat adapté aux enjeux contemporains sur le secteur des Vaites” et affirmait que ”Cette opération d'aménagement se poursuivra avec détermination et constance”.
Or, lors de sa conférence de presse du 12 octobre dernier, Ludovic Fagaut a de nouveau évoqué la possibilité de modifier le projet des Vaîtes. Les opposants dénoncent une contradiction entre cette volonté affichée et la position défendue quelques mois plus tôt en faveur de la poursuite de l’opération.
La marge de manœuvre réelle de la municipalité dépend toutefois des modifications envisagées, de leur compatibilité avec le cadre réglementaire en vigueur et, le cas échéant, des procédures nécessaires pour faire évoluer la ZAC.
Deux délibérations attendues ce jeudi
Le conseil municipal du 15 octobre constitue une nouvelle étape dans ce dossier. La délibération n° 10 doit porter sur le compte-rendu annuel à la collectivité de l’écoquartier des Vaîtes, avec un bilan financier arrêté au 31 décembre 2025. La délibération n° 16 concerne le plan de financement et les demandes de subventions pour la construction du nouveau groupe scolaire Tristan-Bernard.
Pour Jardins des Vaîtes, ces votes prolongent les choix d’aménagement engagés sous la précédente municipalité, alors même que Ludovic Fagaut avait annoncé vouloir revoir le projet. Au-delà de l’affrontement politique, deux questions restent posées : quels éléments techniques justifient le choix de construire une nouvelle école plutôt que de réhabiliter l’actuelle, et jusqu’où la municipalité peut-elle modifier le projet des Vaîtes sans remettre en cause le cadre de la ZAC ?


