Dans un communiqué, le SNJ s’oppose en particulier à l’utilisation d’un assistant rédactionnel intégré à l’outil Swing et au recours à l’intelligence artificielle générative pour certaines tâches éditoriales. Selon le syndicat, les secrétaires de rédaction seraient ainsi encouragés à "reformuler" certains textes de correspondants avec un outil d’IA, tandis que les rédacteurs pourraient également lui déléguer la rédaction de résumés d’articles.
Le SNJ estime que cette évolution pourrait modifier sensiblement la nature des contenus publiés dans les titres du groupe. Le syndicat s’interroge notamment sur la manière dont ces contenus seraient signalés aux lecteurs, demandant si les articles "générés ou relus par l’IA" seront identifiés comme tels.
Des interrogations sur la place de l’intelligence artificielle
Ces questions ont été soulevées, selon le communiqué, lors de la troisième réunion d’information-consultation consacrée au plan social, baptisé "plan de repositionnement". Le SNJ affirme qu’aucune réponse claire n’aurait été apportée sur la question de l’identification des contenus ayant fait appel à l’intelligence artificielle.
Le syndicat redoute que l'utilisation croissante de ces outils ne fragilise la confiance accordée aux journaux. Il estime notamment que des contenus produits ou transformés par une IA pourraient être facilement repérés par certains lecteurs à l’aide de détecteurs spécialisés.
Pour le SNJ, cette évolution pourrait également avoir des conséquences sur la perception du travail journalistique. Le syndicat considère que la proximité entre des contenus générés par une intelligence artificielle et les articles réalisés par des journalistes sur le terrain risque de contribuer à une dévalorisation de ces derniers.
Le communiqué met aussi en parallèle cette orientation avec les déclarations de la directrice du groupe Ebra, Sophie Gourmelen. Le SNJ rappelle que celle-ci défend, dans le cadre de sa "République des lecteurs", l'objectif de "revaloriser l'information et le métier de journaliste".
Des inquiétudes sur les effectifs des secrétaires de rédaction
Au-delà de l'intelligence artificielle, le syndicat fait état d'interrogations concernant l'organisation future du travail et les effectifs. Il affirme que les effectifs des secrétaires de rédaction pourraient diminuer de plus d'un tiers.
Le SNJ s'interroge notamment sur l'évaluation du temps nécessaire pour traiter les articles. Selon le communiqué, l'organisation envisagée prévoit notamment la correction de 35 articles, ainsi que leurs éventuels résumés, en quatre heures et demie.
Interrogé sur les conditions dans lesquelles cette estimation a été établie, Frédérick Macé, rédacteur en chef des quotidiens régionaux L'Est Républicain, Le Républicain Lorrain et Vosges Matin, aurait répondu : "Dans des conditions de laboratoire, pas vraiment en conditions réelles". Pour le syndicat, cette réponse soulève des interrogations sur la prise en compte des contraintes quotidiennes du travail des secrétaires de rédaction : gestion des priorités, attente des articles, échanges avec les correspondants locaux et les rédacteurs, ou encore gestion des imprévus.
Le SNJ demande des précisions sur la future organisation
À moins d'un mois de la clôture de la procédure d'information-consultation, le syndicat affirme ne pas disposer de suffisamment d'informations sur les futures organisations de travail des équipes rédactionnelles. Le communiqué cite notamment la question des horaires des secrétaires de rédaction chargés de valider les pages sur MEPA (outil d'aide à la production) et "du unier", ainsi que les modalités concrètes de fonctionnement des rédactions après la mise en œuvre du plan.
Pour le SNJ, ces incertitudes s'ajoutent aux suppressions de postes envisagées dans les rédactions et à une évolution du métier de secrétaire de rédaction que le syndicat juge préoccupante.
Une journée de grève vendredi
Dans ce contexte, le SNJ appelle les journalistes des neuf titres du groupe Ebra à participer au mouvement de grève du vendredi 9 octobre. Pour le syndicat, l'enjeu dépasse la seule organisation interne des rédactions et concerne également les conditions de production et la crédibilité de l'information.
Le SNJ résume sa position en dénonçant "l'introduction massive de l'IA dans nos contenus" et en estimant que celle-ci pourrait "décrédibiliser et fragiliser nos titres". Le syndicat appelle ainsi les journalistes de L'Est Républicain et de Vosges Matin à se joindre au mouvement annoncé. À Besançon, une distribution de tracts est organisée devant l'agence Crédit Mutuel, rue Gustave Courbet à partir de 10 h 00.


