Limitation de l’immigration en Suisse : ce qu’en pensent des frontaliers

Publié le 11/02/2014 - 11:02
Mis à jour le 11/02/2014 - 17:16

Le vote pour l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse était au coeur des discussionsce lundi. Qu’ils soient infirmiers, serveuses ou ouvriers, les travailleurs frontaliers français ne redoutent guère de voir leur situation personnelle remise en cause. Les Suisses “ne peuvent pas nous virer du jour au lendemain” se rassurent-ils.

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témoignages

Quelque 150.000 travailleurs frontaliers traversent chaque jour la frontière franco-suisse. Depuis Bruxelles, où il participait à une réunion avec ses homologues européens, le ministre français des affaires européennes Thierry Repentin a cherché à rassurer en soulignant que le “oui” à des quotas d'immigration pour les étrangers au référendum de dimanche n'aurait "pas d'implications immédiates" pour eux.

C’est ce que pensent aussi de nombreux frontaliers. "Moi, ça fait dix ans que je travaille au même endroit, ils ne peuvent pas nous virer du jour au lendemain, ils ont trop besoin de nous", explique Sabine Haefflinger, serveuse dans une pizzeria au centre de Bâle. Selon elle, "les Suisses ne veulent pas travailler dans la restauration, il y a trop d'heures et c'est mal payé”.

"l'économie suisse ne peut pas tenir le coup sans travailleurs étrangers et frontaliers"

Lauriane Schuller, chargée de recrutement dans une agence d'intérim bâloise se dit également “moyennement inquiète" quant à son avenir. Elle estime que les autorités "ne peuvent pas forcer les entreprises à jeter les gens dehors", alors que de toutes façons "l'économie suisse ne peut pas tenir le coup sans travailleurs étrangers et frontaliers”. Cette Française d'une trentaine d'années reconnaît toutefois ressentir "un problème d'ambiance. C'est la crise, les Suisses cherchent le bouc émissaire”. 

“les employés suisses nous ont toujours dit qu'on leur piquait leur travail”

Dans certaines entreprises industrielles comme celle du canton de Vaud où travaille Raphaël Borne, un habitant du secteur de Pontarlier, dans le département du Doubs, "ils ne donnent déjà plus de travail aux Français, pour le réserver aux Suisses”. "Mais de toutes façons les employés suisses nous ont toujours dit qu'on leur piquait leur travail, ce n'est pas nouveau", assure Raphaël Borne, qui milite à ses heures perdues pour la sécurité sociale des travailleurs frontaliers.

"L'esprit ici, c'est: peu importe la nationalité, du moment que tu bosses bien"

Un informaticien français travaillant à Genève y voit "un vote d'ostracisme, de rejet", qui ne le surprend pas: "Le frontalier est très mal perçu dans la région genevoise", assure-t-il. Pourtant, à Genève, le non l'a emporté dimanche. Autre ambiance dans cet atelier d'une entreprise métallurgique du Jura suisse où travaille Alain depuis 15 ans. "Le vote a surpris", raconte cet ouvrier, affirmant croire tous ses collègues qui l'ont assuré faire partie des 49,7% à avoir voté contre. "L'esprit ici, c'est: peu importe la nationalité, du moment que tu bosses bien”.

“C'est la France qui fournit les infirmiers à la Suisse”

Les autorités helvétiques ont trois ans pour mettre en œuvre cette limitation de l'immigration, il faudra voir dans le détail comment chaque canton va appliquer le contingentement, et sous quelle forme, relève Marc Philippe, qui vient chaque jour de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) pour travailler au service de ressources humaines du CHUV.

Selon lui, "on revient 20 ou 30 ans en arrière. Cela risque de rallonger les délais d'engagement. Il va falloir se justifier de tout”. Qui plus est, des quotas seront "difficilement applicables" dans un domaine comme la santé, "car c'est la France qui fournit les infirmiers à la Suisse. C'est un secteur déficitaire en termes de main d’œuvre, tout comme l'informatique ou l’ingénierie".

(source : AFP)

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