Ils pensaient pouvoir échapper aux radars grâce aux messageries cryptées. Quatre hommes, âgés de 29 à 40 ans, ont finalement été interpellés mercredi dernier à Besançon. Au terme de plus d’un an d’enquête, les policiers ont saisi une importante quantité de stupéfiants, évaluée à quelque 600 000 euros à la revente.
Le dossier, piloté par un juge d’instruction du tribunal judiciaire de Besançon, visait un réseau spécialisé dans la livraison de stupéfiants, parfois qualifié d’”ubershit”. Les quatre suspects ont été présentés au magistrat samedi 19 septembre. Ils ont été mis en examen puis placés en détention provisoire.
Une importante diversité de drogues
Les perquisitions ont permis de découvrir 12 kg de kétamine, 29 kg de résine de cannabis, 7 kg d’herbe de cannabis, 24 000 cachets d’ecstasy, représentant environ 9,65 kg, ainsi que 550 grammes de cocaïne. La marchandise était répartie dans plusieurs lieux à Besançon : appartements, garage et lieux de stockage.
Les enquêteurs ont également mis la main sur 8 830 euros en numéraire, plus de 26 000 euros de vêtements de luxe, deux véhicules et une moto.
”Ils pensaient qu'ils étaient à l'abri, on est là pour indiquer qu’ils ne le sont pas”, a résumé le procureur de la République de Besançon, Cédric Logelin, à propos du sentiment d’impunité que pourraient avoir trafiquants et clients utilisant ces réseaux de livraison.
L’enquête avait débuté en août 2025. D’abord menée en préliminaire, elle s’est poursuivie dans le cadre d’une information judiciaire ouverte en janvier 2026. Le recours à une messagerie cryptée pour proposer ou céder des stupéfiants fait notamment partie des infractions visées. ”Les peines encourues sont extrêmement importantes et adaptées au mal que cause ce type de réseau”, a rappelé le procureur.
Plus de 50 policiers mobilisés
Pour l’opération du 16 septembre, plus de 50 fonctionnaires ont été engagés, avec le renfort de la police nationale de Côte-d’Or. Filatures et surveillances se sont succédées durant plusieurs mois pour tenter de remonter la chaîne du trafic. Laurent Perraut, directeur interdépartemental de la police nationale, salue ”un travail remarquable, un fort engagement et une grande disponibilité des enquêteurs”.
Selon lui, les investigations ont avoir permis d’atteindre un niveau particulièrement important de l’organisation. ”L’instruction le dira, mais on a potentiellement les ordonnateurs du réseau, qui administraient le réseau, ce qui souligne l’importance de cette opération d’interpellation”, indique-t-il.

Les quatre personnes étaient déjà connues des services de police. Certaines avaient notamment été interpellées en 2023 dans le cadre d’une précédente enquête concernant ce même réseau. Trois des quatre mis en cause ont gardé le silence lors de la procédure. Le quatrième a contesté les faits. L’instruction devra désormais déterminer précisément le rôle de chacun et l’organisation du réseau.
Le réseau est identifié par les enquêteurs sous le nom de ”VanWeed”. En 2023, son activité avait déjà été ciblée par la police. À l’époque, son canal de discussion sur Telegram comptait plus de 900 abonnés, avec un accès soumis à autorisation.
”Ça donne une idée de l’ampleur du nombre de personnes potentiellement livrées”, estime Laurent Perraut, qui annonce vouloir demander la fermeture de cette plateforme.
”Moins de bruit que les points de deal”
Pour les policiers, ces réseaux de livraison constituent une forme de trafic particulièrement difficile à détecter car moins visible dans l’espace public. ”Ce sont des réseaux qui font moins de bruit que les points de deal, donc qui passent un peu plus sous les radars, mais génèrent beaucoup de chiffres d’affaires et occasionnent beaucoup de dégâts”, souligne Laurent Perraut.

Les interpellations régulières de livreurs permettent notamment aux enquêteurs de remonter progressivement vers les niveaux supérieurs du trafic. ”On attaque les stupéfiants sous tous les angles. On travaille sur toutes les couches et menons des enquêtes de longue haleine. Nul n’est à l’abri de ces investigations, même en essayant de garder l’anonymat via des messageries cryptées, on arrive et on arrivera à retrouver les auteurs”, affirme le directeur interdépartemental.
Cédric Logelin rappelle enfin que la livraison à domicile ne change rien aux sanctions encourues. ”Les clients pensent pouvoir se faire livrer leurs stupéfiants de manière plus sécurisée avec la même facilité qu’ils se feraient livrer un repas. Mais on encourt les mêmes peines, voire davantage en utilisant les messages cryptés puisqu’on est dans le « crime ».”
- Propos recueillis par Élodie Retrouvey.


