L’Écrin du Monastère à Montferrand-le-Château, le pari un peu fou de Cathy et François Grosbost

Publié le 04/11/2026 - 18:00
Mis à jour le 04/11/2026 - 13:28

VIDÉO • Après dix mois de travaux, Cathy et François Grosbost ont transformé l’ancien domaine religieux des Dominicaines de Béthanie en un lieu dédié aux événements privés, professionnels et culturels. Baptisé L’Écrin du Monastère, le site de sept hectares entend conjuguer valorisation du patrimoine, mémoire historique et développement économique, à quelques minutes de Besançon.

Il aura fallu une certaine dose d’audace, dix mois de travaux et une volonté affirmée de préserver l’histoire des lieux. À Montferrand-le-Château, l’ancien domaine des Dominicaines de Béthanie ouvre un nouveau chapitre de son histoire. Devenu L’Écrin du Monastère, cet ensemble patrimonial est désormais destiné à accueillir mariages, séminaires, conférences, concerts, assemblées générales et autres événements privés ou professionnels.

Propriétaires depuis décembre 2025, Cathy et François Grosbost, un couple d'entrepreneurs bisontins, ont présenté leur projet et les transformations réalisées à l’occasion d’une conférence de presse organisée mardi 3 novembre 2026. Une visite du domaine a permis de découvrir l’ampleur de la réhabilitation, mais aussi de mesurer le défi que représentait la reconversion d’un lieu chargé de plus de 150 ans d’histoire.

"Pourquoi avoir fait cette folie ? Souvent, je crois même que tout le temps, tout le monde m'a dit : « mais vous êtes fous »", a confié François Grosbost. "Il y a même des jours où je me suis demandé si on n'était pas fous, il y a même des jours où on a douté et des moments où on s'est même dit avec Cathy pourquoi on a fait ça." Une aventure entrepreneuriale qui s'est donc accompagnée de nombreuses interrogations, mais aussi d'une volonté de ne pas laisser disparaître ce patrimoine.

Un lieu marqué par l’histoire des Dominicaines de Béthanie

Avant de devenir un espace événementiel, le domaine est avant tout un lieu de mémoire. Son histoire est étroitement liée au père Jean-Joseph Lataste (1832-1869), dominicain à l’origine de la fondation des Dominicaines de Béthanie avec Mère Henri-Dominique, en 1866.

En 1864, alors qu’il prêche une retraite à la prison pour femmes de Cadillac (au sud-est de Bordeaux), le religieux rencontre des détenues. De cette expérience naît une intuition novatrice pour l’époque : permettre à des femmes ayant connu la prison de rejoindre une communauté religieuse, sans que leur passé ne les distingue des autres sœurs. Une démarche fondée sur l’accueil, la réhabilitation et la possibilité d’une nouvelle vie.

Après une première installation à Frasne-le-Château, la communauté rejoint Montferrand-le-Château le 28 janvier 1870. La dépouille du père Lataste y est également transférée. Le domaine devient alors l’un des lieux importants de l’histoire de Béthanie.

Béatifié en 2012, le père Lataste fait aujourd’hui l’objet d’une attention particulière dans le cadre de la reconnaissance de sa sainteté. Deux guérisons, deux "miracles" l’une digestive en 1943 et l’autre liée à un cas de dysautonomie en 2014, sont notamment évoquées dans son parcours de béatification et de canonisation. Une éventuelle canonisation par le pape Léon XIV pourrait constituer une nouvelle étape dans la reconnaissance de son héritage spirituel.

© Alexane Alfaro

Dix mois de travaux pour transformer sans dénaturer

Le domaine comprend un château du XVIIe siècle, une chapelle, un cloître, plusieurs bâtiments d’hébergement et environ sept hectares de parc et de jardins. Au total, les bâtiments représentent près de 6 500 m² à réhabiliter et à adapter aux exigences actuelles d’accueil du public.

La transformation a nécessité d’importants travaux : les murs ont été décrépis pour retrouver leur caractère d’origine, la salle des voûtes a été ouverte et les anciennes cellules, dont certaines ne dépassaient pas 7 m², ont été réaménagées pour donner naissance à 22 chambres. Dans la chapelle, des panneaux acoustiques ont été installés afin de permettre de nouveaux usages, notamment pour les concerts et les conférences.

L’ensemble du câblage électrique des bâtiments a également été remplacé. La mise aux normes incendie et l’accessibilité ont constitué d’autres étapes importantes du chantier.

Cathy Grosbost a insisté sur l’état d’esprit qui a guidé cette rénovation : "Nous y avons donné toute notre énergie, notre sensibilité, notre détermination à réhabiliter ce domaine avec un objectif primordial : embellir ce lieu en gardant toute son authenticité."

La volonté des propriétaires était de conserver les volumes, les perspectives et les éléments architecturaux qui donnent son identité au site, tout en permettant son adaptation à des activités contemporaines. Une ligne directrice résumée dans le dossier de présentation par cette formule : "Préserver la mémoire sans figer le lieu : faire vivre le patrimoine plutôt que le transformer en décor."

350 personnes en intérieur et 75 couchages

Aujourd’hui, L’Écrin du Monastère entend proposer bien davantage qu’une simple salle de réception. La diversité des bâtiments et des espaces extérieurs permet d’imaginer des événements organisés sur plusieurs temps et dans différents lieux.

La Grande Chapelle pourra accueillir des conférences, des concerts, des cérémonies et des réceptions. La salle des voûtes est destinée aux repas, aux soirées et aux rassemblements. Le château conserve, quant à lui, des salons et des salles de caractère adaptés aux réunions et aux moments plus confidentiels.

Le cloître, la chapelle Lataste, la Villa, la Longe?re et les jardins viennent compléter l’offre. Le parc, qui s’étend sur environ sept hectares, comprend notamment une roseraie, des espaces paysagers et un ruisseau.

Le domaine annonce une capacité d’accueil pouvant atteindre 350 personnes en intérieur et 800 personnes en extérieur. Côté hébergement, 41 unités réparties entre le monastère, la Villa et la Longère permettent de proposer jusqu’à 75 couchages.

Un nouvel équipement pour l’économie du Grand Besançon

Situé à une dizaine de minutes de Besançon, le domaine présente également un intérêt économique pour l’agglomération. La capacité d’accueil et la possibilité d’hébergement sur un même site constituent des arguments pour attirer des entreprises et des organisateurs d’événements.

Présente lors de la conférence de presse, Laurence Mulot, vice-présidente de Grand Besançon Métropole chargée de l’urbanisme opérationnel, des grands travaux, de l’action foncière et de l’application du droit des sols, a salué la reconversion du site : "Nous sommes dans un lieu d'une réussite patrimoniale et architecturale exceptionnelle", a-t-elle déclaré, avant de souligner l’ambition que représentait cette transformation : "Transformer cet ensemble en un lieu aussi accueillant et qualitatif, c'était vraiment une ambition sans précédent."

Au-delà de la dimension patrimoniale, l’élue a notamment mis en avant les retombées économiques potentielles du projet. "L’Écrin du monastère tel qu'il a été restauré, représente un lieu capable d'accueillir, dans des conditions optimales, des mariages, bien évidemment, mais aussi des évènements avec une capacité d'accueil qui, effectivement, manquait sur le territoire autant de possibilités."

Elle a également insisté sur la situation géographique du domaine : "ce lieu est un formidable outil au service de l'économie territoire, et je pense sincèrement que cela manquait à notre territoire."

L’exploitation du site doit par ailleurs s’appuyer sur les acteurs locaux, qu’il s’agisse des traiteurs, artisans, techniciens, prestataires événementiels, entreprises ou professionnels du tourisme.

© Alexane Alfaro

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