Ce jeudi matin, entre 7h00 et 8h30, des chasseurs bisontins bénévoles se sont mobilisés pour observer les chamois selon un protocole déterminé. L’opération s’est déroulée en présence de Rémi Bastille, préfet du Doubs, de Fabrice Kuhm, président de l’Association communale de chasse agréée de Besançon (ACCB), de Benoît Febbri, directeur départemental des territoires à la préfecture et de Mickaël Mairot, technicien à la Fédération de chasse du Doubs.
Chaque année, les évolutions de population du chamois sont estimées grâce à un protocole scientifique coordonné par la Fédération départementale des chasseurs. Celui-ci repose sur des indices ponctuels d’abondance.
Depuis 2019, tous les samedis du mois d’avril, des chasseurs du département se rendent dans l’un des 453 postes d’observation désignés afin de repérer les animaux et de les catégoriser selon leur sexe et leur âge.
Un échantillonnage plutôt qu’un recensement
Les données recueillies alimentent les travaux de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS), permettant au préfet de fixer les quotas annuels de prélèvement. ”On comptabilise en tout 6.700 hectares environ, soit environ 1% de la superficie du département. Et tous les ans, de la même manière, à partir de ce pourcentage, on arrive à savoir d’une année sur l’autre, sur la base de cette échantillon, si la population augmente ou pas", indique Benoît Febbri et d'ajouter :”ce n’est pas un recensement exhaustif de la population de chamois comme pourrait le faire l’Insee, c’est seulement un échantillonnage”.
Avec quatre comptages par "placette", les données permettent d’établir des moyennes et d’estimer une marge d’erreur. Sur la vallée du Doubs, l’indice est passé d’environ deux individus en 2021 à presque quatre en 2023, avant de redescendre à un peu moins de deux en 2025.
”C’est bien une méthode qui donne des tendances, nous n’avons pas vocation à savoir combien il y a de chamois dans le secteur, c’est une méthode validée scientifiquement, on ne la sort pas de notre chapeau et on ne fait qu’appliquer une méthode reconnues et validée”, explique Mickaël Mairot.

Plusieurs chamois observés ce matin
Au cours de cette matinée, quatre chamois ont été comptabilisés dans le cadre du protocole : deux femelles repérées du côté de la grotte Saint-Léonard et deux adultes dont le sexe n’a pas pu être déterminé à la Chapelle-des-Buis. De plus, quatre autres individus ont été aperçus dans le secteur de la Citadelle, deux mâles et une femelle, le quatrième individu étant difficilement identifiable selon Fabrice Kuhm, mais hors des zones définies : ils n’ont donc pas été retenus dans le comptage, mais ”cette circulation est prise en compte dans le comptage”, précise Mickaël Mairot. S'ils ne sont pas comptés à cet endroit, ils le seront quand il se trouveront sur une placette.
”On sait que dans le secteur Citadelle il y a une dizaine de chamois qui sont là en quasi permanence et les citadins de Besançon peuvent les observer, d’ailleurs, la semaine dernière, il y en avait même un qui se baladait en ville”, précise le président de l’ACCB.
Une espèce qui n'existait pas dans le Doubs
Selon le préfet, le chamois est une espèce relativement récente dans le département : il y a 35 ans, il n’y en avait pas.
Deux hypothèses expliquent cette présence : une petite population relictuelle au Mont-d’Or, ou une réintroduction progressive depuis la Suisse, notamment via le secteur du Creux du Van, du Suchet. Les animaux auraient ensuite colonisé les reliefs du Doubs, jusqu’à occuper aujourd’hui l’ensemble des zones accidentées, y compris aux abords de Montbéliard.
Pourquoi cette disparition initiale ? Selon Mikaël Mairot, ”l’homme l’avait exterminé : il faut savoir qu’il y avait des chamois en Bretagne au Néolithique, c’est une espèce qui est a tendance à être lymphatique, facile à approcher, et l’homme a eu une incidence assez rapide dessus, c’est aussi pour cela que c’est une espèce qui s’est réfugiée en zone montagneuse.”

Le plan de chasse au cœur du dispositif
Les résultats des comptages servent à établir un plan de chasse annuel, fixant un nombre "maximum" de chamois pouvant être prélevés, c'est-à-dire tués.
Exemples récents :
- il y a trois ans : 886 autorisés, 576 prélevés
- il y a deux ans : 594 autorisés, 514 prélevés
- en 2025 : 451 autorisés, 369 prélevés
”Les chasseurs ajustent évidemment, ce n’est pas une science exacte”, souligne Benoît Febbri.
Selon ce dernier, les populations évoluent de manière cyclique :”Les évolutions de chamois sont assez cycliques, donc il y a eu des augmentations, puis des baisses, donc on a baissé les plans de chasse et logiquement, la population va remonter, on n’est jamais arrivés à un seuil de la population qui pourrait conduire à se dire qu’on arrête la chasse parce que vraiment, l’espèce est en voie de disparition, ce n’est pas une espèce en voie de disparition et qui n’est pas menacée du tout ni dans le département, ni à l’échelle nationale, ni à l’échelle européenne.”
Et pourquoi tuer les chamois ? Benoît Febbri nous explique que "l'effet d'une population de chamois se traduit par une pression sur la flore, avec des dégâts sur des espèces forestières qui peuvent intéresser des forestiers et qu'il faut savoir réguler". Dans le Département du Doubs, "on ne constate pas de dégâts très importants liés aux populations de chamois, donc ce qu'on essaie de donner, c'est l'exercice de la chasse en tant qu'activité loisir."


