À l’initiative de plusieurs groupes de la minorité municipale, le rassemblement a réuni des élus, des militants politiques, des représentants associatifs et des citoyens de différentes sensibilités.
L’attaque de vendredi a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, un jeune combattant de MMA âgé de 26 ans. Cinq autres personnes ont été blessées, dont une fillette de 12 ans. Le suspect, Kevin T., a été interpellé et placé en garde à vue. Il n'est pas fiché S mais est connu pour des faits de droit commun, selon le parquet national antiterroriste. Le tireur a utilisé une arme automatique de catégorie A, dont l'acquisition et la détention sont interdite. Il a déclaré aux policiers vouloir s’en prendre aux "Noirs" et aux"Arabes". De plus, un exemplaire de Mein Kampf a été découvert à son domicile.
Au cours de la soirée à Besançon, les intervenants ont exprimé leur solidarité avec les victimes et leurs proches. Plusieurs ont qualifié l’attaque de crime raciste et anti islam et dénoncé la banalisation de propos visant les personnes noires, arabes ou supposées musulmanes. Les discours ont également donné lieu à des critiques de responsables politiques, de chaînes de télévision et de certaines orientations législatives.
"Face à la haine et à la violence raciste, nous ne pouvons ni nous taire, ni détourner le regard"
En ouverture du rassemblement, Anthony Poulin, chef du groupe Les Écologistes au conseil municipal de Besançon, a expliqué que les groupes de la minorité municipale avaient proposé au maire l’organisation d’un hommage à 18 heures, dans le prolongement d’initiatives similaires lancées dans d’autres communes françaises.*
"Notre démarche est restée sans réponse de sa part et donc nous avons pris l’initiative d’organiser ce rassemblement ouvert et transpartisan pour permettre aux habitantes et aux habitants d’exprimer leur soutien aux victimes et à leurs proches", a-t-il déclaré.
L’élu a ensuite appelé à ne pas rester silencieux face aux discriminations. "Face à la haine et à la violence raciste, nous ne pouvons ni nous taire, ni détourner le regard", a-t-il insisté, avant de rappeler le refus du racisme, de l’antisémitisme et de l’islamophobie exprimé par les organisateurs.
Anthony Poulin a également lu des propos attribués à Ali Rabeh, maire de Trappes, qui établit un lien entre les déclarations stigmatisant sa commune et le passage à l’acte du suspect. Le texte évoque notamment des discours présentant Trappes comme une "république islamique en miniature" de la part de Jordan Bardella, président du Rassemblement national ou la comparant à Kaboul.
"Ces discours de haine tuent, et ma crainte est que ces discours continuent à tuer", a-t-il lu, en relayant l’inquiétude exprimée par le maire de Trappes.
Anthony Poulin a conclu son intervention par un appel à défendre les valeurs républicaines : "Nous n’abandonnerons jamais cette promesse. Nous ne renoncerons jamais à l’ambition de garantir à toutes et tous, quelles que soient leurs origines ou leurs couleurs de peau, la liberté, l’égalité et la fraternité."
Séverine Véziès dénonce "un crime raciste, islamophobe, négrophobe"
Séverine Véziès, cheffe du groupe La France insoumise au conseil municipal, a insisté sur les conséquences humaines de l’attaque. "Vendredi, à Trappes et à la Verrière, un homme a tiré sur des passants. Bingo avait 26 ans, il est mort. […] Cinq autres personnes ont été blessées, parmi elles, une fille de 12 ans", a-t-elle déclaré, en évoquant également les familles et les habitants des deux communes.
L’élue a ensuite affirmé : "La justice établira les faits, mais nommons les choses. C’est un crime raciste, islamophobe et négrophobe."
Au-delà de l’acte lui-même, Séverine Véziès a mis en cause les discours politiques et médiatiques qui, selon elle, participent à la désignation de populations comme des menaces. "Ces cibles, elles ne sont pas venues de nulle part, elles se dessinent du fait de discours politico-médiatiques qui arment le coupable", a-t-elle soutenu.
Elle a notamment cité les déclarations de responsables politiques sur Trappes, ainsi que des propos tenus par Emmanuel Macron, François Bayrou et Bruno Retailleau. Elle a également dénoncé le traitement de ces questions par certaines chaînes de télévision, dont CNews, et critiqué la loi sur l’immigration de 2023, estimant que certaines orientations politiques avaient contribué à reprendre des thèmes défendus par l’extrême droite.
Pour l’élue insoumise, cette évolution politique contribue à rendre acceptables des discours auparavant considérés comme marginaux. "À force de reprendre les mots de l’extrême droite, on lui prépare le terrain", a-t-elle affirmé.
Séverine Véziès a enfin rappelé sa conception de l’identité nationale : "La France n’est pas une couleur de peau, toutes les couleurs de peau sont françaises. La France n’est pas une religion, il y a toutes les religions en France, et même beaucoup qui n’en ont pas."
Ahmet Polat : "Politisez cette peur, faites de cette peur votre combat"
Ahmet Polat, animateur fédéral des Jeunes socialistes du Doubs, a pris la parole en évoquant à la fois son engagement politique et son histoire personnelle, en tant qu’enfant de l’immigration.
"Quand je parle aux gens comme nous, aux gens comme moi, on se disait tous, ça aurait pu être nous", a-t-il déclaré, décrivant l’émotion suscitée par l’attaque au sein de personnes qui se sentent visées par les discours racistes.
Il a lui aussi dénoncé les propos tenus par des responsables politiques sur Trappes, citant notamment Éric Zemmour et Jordan Bardella. "Ces irresponsables politiques ont armé par leurs discours la pensée d’un terroriste venu tuer avec une arme de guerre", a-t-il affirmé.
L’animateur des Jeunes socialistes a appelé à mettre fin aux discours racistes et xénophobes, tout en défendant une société dans laquelle chacun puisse vivre avec ses différences. "Il est temps d’écrire une nouvelle histoire, là où l’harmonie et la dispute apaisée par la politique doit entraîner les hommes et les femmes à vivre ensemble, quelles que soient leurs origines géographiques ou sociales", a-t-il déclaré.
S’adressant plus particulièrement aux personnes qui pourraient éprouver de la peur après cette attaque, il a lancé : "Politisez cette peur, faites de cette peur votre combat. Nous, socialistes, serons à votre côté."

Hasni Alem : "S’ils veulent nous voir partir, on ne partira pas."
Hasni Alem, chef du groupe communiste au conseil municipal, a fait état de l’inquiétude ressentie par les personnes qui estiment être directement visées par les discours racistes. "Depuis ce vendredi, […] on a pas mal de difficultés à dormir", a-t-il confié, évoquant la crainte que des proches puissent à leur tour être victimes de violences.
Il a notamment dénoncé la persistance de discours stigmatisants après l’attaque. "Malgré le fait qu’il y avait un homme qui se soit fait tuer, des personnes qui ont été tuées pour une religion supposée ou je ne sais quoi, les mêmes discours étaient toujours présents. Deux jours après, on avait oublié tout ça", a-t-il regretté.
L’élu communiste a également appelé les personnes qui ne sont pas directement concernées par le racisme à exprimer leur solidarité au-delà de leur seule présence au rassemblement. "On a besoin de votre solidarité, on a besoin que vous montriez à nous, personnes qui sommes directement concernées, que vous êtes avec nous", a-t-il insisté.
Son intervention s’est achevée par un message de détermination : "Et s’ils veulent nous voir partir, on ne partira pas. On va rester ici. On va rester en France. On va rester dans ce pays-là. Vous savez pourquoi ? Parce qu’en fait, on est chez nous."
Pour la LDH, "les mots peuvent désigner des cibles"
Barbara Romagnan, présidente de la Ligue des droits de l’Homme du Doubs, a centré son intervention sur les motivations attribuées au suspect et sur la responsabilité des discours publics dans la diffusion des préjugés.
"Ce qui s’est passé à Trappes et à la Verrière n’est pas un fait divers, c’est un attentat terroriste, raciste", a-t-elle déclaré, en précisant que les premiers éléments de l’enquête évoqués lors du rassemblement orientaient vers des motivations liées à la couleur de peau et à l’origine supposée des victimes.
Elle a ensuite souligné que la justice devait établir les responsabilités individuelles, tout en estimant nécessaire de prendre en compte le contexte dans lequel surviennent les crimes racistes. "Un crime raciste, ça ne se commet pas dans le vide", a-t-elle affirmé.
La présidente de la LDH a toutefois distingué les paroles des actes : "Je ne suis pas en train de dire que les mots sont des balles, les mots ne sont pas des balles, mais les mots peuvent désigner des cibles, peuvent générer de la violence, nous habituer à la violence, voire au crime."
Elle a également rappelé l’existence de dispositions légales contre les propos racistes et discriminatoires, citant la loi Pleven de 1972 (première loi française spécifiquement consacrée à la lutte contre le racisme). Elle a appelé à poursuivre les signalements auprès de l’Arcom, à soutenir les associations antiracistes et à défendre une presse libre.
"Ce qu’on a à faire, c’est continuer ce qu’on a commencé, c’est-à-dire continuer à s’unir au nom de notre commune humanité, de l’égalité, bouger, agir", a-t-elle conclu.
Le NPA anticapitaliste appelle à un front antiraciste
Le représentant du Nouveau Parti anticapitaliste a également dénoncé ce qu’il considère comme un climat de banalisation du racisme et de haine de l'islam. Il a évoqué les déclarations attribuées au suspect concernant ses motivations et a appelé à combattre "le racisme anti-noir, l’islamophobie et le racisme anti-arabe".
Son intervention a pris une dimension plus explicitement militante, avec des critiques adressées à l’extrême droite, au gouvernement et aux médias. Le représentant du NPA a appelé les organisations syndicales, politiques et associatives à se rassembler pour construire un front antiraciste et antifasciste.
"Personne ne devrait avoir peur de vivre"
En fin de rassemblement, un texte collectif rédigé par des citoyennes a été lu à plusieurs voix. Il insistait sur la diversité des origines, des cultures et des convictions religieuses, tout en rappelant que le respect devait être garanti à chacun.
"Nous sommes musulmans, chrétiens, juifs, croyants ou non-croyants, nous avons des origines, des cultures et des couleurs différentes, mais nous avons tous une chose en commun : nous sommes des êtres humains et nous avons tous droit au même respect", ont déclaré les participantes.
Le texte poursuivait : "Personne ne devrait avoir peur de vivre, de sortir dans la rue et d’être soi-même à cause de son origine et de sa religion."
Les oratrices ont enfin appelé à ne pas rester silencieux face aux discriminations et aux discours de haine. "Notre force, c’est notre solidarité, notre richesse, pour nos différences, notre devoir est de ne jamais rester silencieux face à l’injustice", pouvait-on entendre.
À l’issue de l’ensemble des prises de parole, une minute de silence a été observée en hommage à Pengo Bossio Wangi, aux cinq personnes blessées, à leurs proches et, plus largement, aux victimes du racisme. Enfin, le slogan "Siamo tutti antiscisti", ("Nous sommes tous antifascistes") en frappant des mains a été répété à plusieurs reprises, avant que la foule ne se disperse progressivement.


