Dominant de 130 m la capitale comtoise, l'immense forteresse de Vauban, classée au patrimoine de l'Unesco, était laissée dans l'obscurité depuis l'arrivée de la maire écologiste Anne Vignot à la mairie en 2020. Mais dès son élection vendredi par le conseil municipal, M. Fagaut, vainqueur du scrutin du 22 mars, a choisi de rallumer l'éclairage des remparts tous les soirs de 19H30 à 23H30. "C'est notre Acropole, c'est notre fleuron, et on se devait vraiment de la remettre en lumière", s'est-il justifié sur son compte Facebook.
Un choix qui inquiète Samantha Aguillon, chercheuse en écologie de la conservation à l'Université Marie et Louis Pasteur de Besançon, qui relève la présence sur place de nombreuses espèces d'oiseaux et de chauve-souris sensibles à la lumière. "On est en période de reproduction. Ce qui risque d'arriver, c'est que les animaux désertent les sites" de nidification, dit-elle à l'AFP.
Un nouvel éclairage, moins invasif, à partir de l'automne
Avec d'autres chercheurs, la spécialiste, qui regrette une décision "très impulsive", a prévu d'adresser un courrier au nouveau maire pour l'alerter quant aux conséquences de l'éclairage nocturne sur la biodiversité. La décision désole aussi l'ancienne maire, qui avait prévu d'installer un nouvel éclairage, moins invasif, à partir de l'automne, pour remplacer le système actuel, qui date des années 1990.
"Des études avaient été faites depuis 2022 afin de valoriser le patrimoine, mais pas au détriment de la faune sensible à la pollution lumineuse", indique-t-elle. Cet éclairage, précise Mme Vignot, devait recourir à des lampes à diode électroluminescente (dites "LED"), avec des longueurs d'onde compatibles avec la faune, des horaires adaptés à la saison et un éclairage "sectorisé" afin de laisser dans le noir les zones les plus sensibles. Pour l'ancienne maire, la décision de son successeur relève d'un "archaïsme" et d'un "déni de la science".
La citadelle de Besançon, qui s'étend sur 11 hectares, fait l'objet d'arrêtés de protection particuliers de mi-février à mi-juin, mais ces textes ne mentionnent pas spécifiquement la pollution lumineuse. Outre les oiseaux comme le hibou grand duc et le faucon pèlerin, qui nichent dans les falaises aux pieds des remparts, les murs du XVIIe siècle abritent une importante colonie de grands rhinolophes, une espèce protégée de chauve-souris "extrêmement sensible à la lumière", rappelle Mme Aguillon.
"Même si l'éclairage s'éteint à 23H30, c'est trop tard, car elles sortent à la tombée de la nuit pour se nourrir", s'alarme la chercheuse.
(Source AFP)


