Mardi 10 février à 16h49, le centre opérationnel de la gendarmerie de Haute-Saône est alerté par un homme indiquant avoir découvert le corps d’un nouveau-né dans un congélateur. La maison, à Aillevillers-et-Lyaumont, est habituellement occupée par un couple et quatre enfants âgés de 14 à 20 ans d'où la mère de famille a subitement quitté le domicile en décembre dernier.
Selon les autorités, la découverte a été faite par un enfant du foyer, alors qu’avec un membre de la famille, il procédait à du tri dans le congélateur. Les gendarmes du Peloton de surveillance et d'intervention de la Gendarmerie (PSIG) de Lure ainsi que des techniciens en identification criminelle sont immédiatement intervenus. Lors des opérations de police technique, un second sac contenant le corps d’un autre nourrisson a été découvert dans le même congélateur.
Des scellés étaient visibles jeudi sur les volets roulants du pavillon, situé à proximité du centre de cette commune d’environ 1.700 habitants.
Interpellation en région parisienne
Les soupçons se sont rapidement portés sur la mère de famille, qui avait quitté le domicile de manière soudaine en décembre 2025. Elle a été localisée en région parisienne et interpellée à Boulogne-Billancourt dans la nuit du 10 au 11 février, vers 1h00. Selon une source, l’un de ses fils y résiderait.
Placée en garde à vue du 10 au 11 février, elle a été entendue à plusieurs reprises par les enquêteurs de la Brigade de recherches de Lure et de la Section de recherches de Besançon, co-saisies de l’enquête. Le parquet de Vesoul s’est dessaisi au profit du parquet de Besançon, compétent en matière criminelle.
Des aveux lors de la troisième audition
Lors de sa troisième audition, la suspecte a reconnu être la mère des deux nourrissons. Elle a déclaré avoir accouché seule à son domicile et avoir placé les corps dans le congélateur dès la naissance. Elle a indiqué ne pas être en mesure de préciser les dates exactes des accouchements, qu’elle situe entre 2011 et 2018.
La procureure adjointe, Christine De Curraize, a précisé qu’il ne s’agissait pas d’un déni de grossesse : la femme avait pleinement conscience de ses grossesses, qu’elle a dissimulées à son entourage notamment en portant des vêtements amples et en fournissant diverses explications pour masquer, expliquer ses formes.
Elle aurait affirmé avoir agi seule et précisé qu’elle était la seule utilisatrice de ce congélateur, le domicile en comportant plusieurs. Selon le procureur, elle n’a pas d’antécédents judiciaires. Elle aurait exprimé des regrets au cours des auditions.
Situation familiale
La mise en cause est mère de neuf enfants issus de trois unions. Quatre enfants, âgés de 14 à 20 ans, vivaient au domicile familial en Haute-Saône. Le dernier enfant officiellement déclaré est né en 2011. Les grossesses concernées seraient postérieures à cette date.
Son compagnon a été entendu et placé en garde à vue. Aucune charge n’a été retenue contre lui à ce stade. Selon les enquêteurs, il ignorait l’existence de ces grossesses.
Information judiciaire et autopsies
Une information judiciaire a été ouverte pour le chef d'accusation de "meurtre sur mineur de moins de 15 ans", infraction passible de la réclusion criminelle à perpétuité, ainsi que contre X dans le cas où d'autres personnes étaient au courant des faits. Le parquet a requis le placement en détention provisoire de la suspecte, notamment afin d’éviter toute concertation avec son entourage. Au moment de la conférence de presse, à 18h30, elle était auditionnée par le juge d’instruction.
Deux autopsies doivent être pratiquées vendredi afin de tenter de déterminer les dates précises des naissances et des décès, les causes de la mort et les circonstances des accouchements. Les enquêteurs ont mobilisé des moyens spécialisés, notamment des experts en sciences forensiques.
Une association d’aide aux victimes a été sollicitée pour assurer un soutien psychologique à l’enfant ayant découvert le corps ainsi qu’aux membres de la famille de la suspecte.


