À Besançon, Fralsen s’éteint dans un silence assourdissant…

Publié le 09/02/2026 - 09:00
Mis à jour le 10/02/2026 - 10:24

ÉDITORIAL • L’entreprise Fralsen, fleuron industriel aux savoir-faire reconnus dans l’horlogerie, la défense, le luxe et la connectique industrielle, cherche aujourd’hui un repreneur dans le cadre d’une procédure judiciaire. Les candidats ont jusqu’au 16 février 2026 pour se faire connaître auprès du tribunal des affaires économiques de Lyon. Et pourtant, autour de cette situation critique… presque rien. Le silence.

Fralsen paie aujourd’hui les conséquences du passage d’un dirigeant qui, il faut bien le dire, a vidé l’entreprise de sa substance en seulement un an comme il l’a fait ailleurs. Résultat : un savoir-faire local d’exception est en train de disparaître sous nos yeux. Derrière ce naufrage, il y a surtout 70 salarié(e)s, dont certain(e)s ont consacré plus de trente ans de leur vie à cette maison. Trente ans d’expérience, de précision, d’engagement… menacés d’un trait de plume.

Le plus troublant reste l’atmosphère presque irréelle qui entoure la situation. Malgré l’angoisse, malgré l’incertitude, tout le monde continue à travailler d’arrache-pied. Les commandes arrivent, les clients maintiennent leur confiance, la production suit. L’entreprise tient debout, portée par le professionnalisme de ses équipes. Et dehors ? Rien. Pas de banderoles, pas de mobilisation, pas même un véritable élan de soutien.

La presse, locale comme nationale, a bien relayé l’information du redressement judiciaire. Mais du côté des responsables politiques locaux, régionaux, nationaux la réaction semble teintée de résignation. Comme si cette histoire n’était qu’un dossier de plus. Comme si la banalisation des défaillances d’entreprises en France justifiait l’inaction. “Ce n’est pas la seule… que peut-on y faire ?” Voilà le discours implicite qui semble dominer.

Ce fatalisme est dangereux. Il banalise la perte d’emplois qualifiés, l’érosion du tissu industriel et la disparition progressive de compétences rares. Fralsen n’est pas qu’une ligne dans un registre de procédures collectives : c’est une part du patrimoine industriel bisontin, une concentration de talents, une chaîne de savoir-faire difficilement remplaçable.

L’indifférence, aujourd’hui, pourrait coûter très cher demain à Fralsen, à ses salarié(e)s, et à tout un territoire qui regarde, en silence, l’un de ses joyaux vaciller.

Réaction de Nicolas Bodin

Suite à la publication de notre éditorial, Nicolas Bodin, 2e vice-président de Grand Besançon Métropole en charge de l'Économie, l'Emploi, l'Insertion, la Relance, l'Innovation et la transition, le Commerce et l'artisanat et conseiller municipal à la Ville de Besançon délégué à l'Attractivité économique, a tenu à réagir et se montre inquiet : "Le cas de Fralsen me préoccupe", nous dit-il. Il indique qu’une piste locale pourrait émerger, tout en restant prudent : "Je pense qu’il peut y avoir une 3e proposition qui serait locale", sans pouvoir citer de noms, "parce que les gens travaillent".

Une solution existerait donc peut-être, mais il reconnaît ses limites : "la hauteur de la proposition, je ne la connais pas", et l’issue dépendra aussi de la justice commerciale. En parallèle, il souligne un décalage avec l’actualité industrielle : "Thalès, pour les problèmes de défense, annonce un recrutement de 9.000 personnes cette année dont 3.300 en France", mais "les grands de la défense ne sont visiblement pas prêts à déposer une offre pour Fralsen et ça me désole".

Il s’interroge sur la réalité de l’activité défense dans l’entreprise : "il faudrait entrer dans le détail de la production" tout en rappelant que ces données relèvent de "la confidentialité des affaires" et qu’il n’y a pas accès. Il nuance aussi le débat : "Dire qu’on s’en moque, c’est exagéré". Malgré ses démarches, il insiste surtout sur sa ligne de conduite : "Mon objectif c’est que tous ceux qui peuvent reprendre Fralsen soient au courant", tout en admettant que "la décision leur appartient", car il ne maîtrise ni "les tenants et les aboutissants" ni "les stratégies d’entreprises".

© Alexane Alfaro

Economie

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