"Nous, associations, collectifs en soutien des personnes exilées et de personnes concernées,
Nous rappelons que l’humanité s’est construite par les déplacements humains. Nous défendons la liberté de circulation et d’installation : personne n'est légitime à décider qui a le droit ou pas d’émigrer.
Empêcher la migration constitue une atteinte à l’intégrité de l’humanité et une négation de l’histoire des sociétés.
Nous défendons l’égal accès à l’autonomie, au droit de vivre dignement et sereinement en soutenant les démarches locales visant à sortir les personnes des situations administratives précaires, avec des droits de séjour pérennes.
Nous nous opposons à la gestion sécuritaire des migrations car elle est guidée par la peur et fondée sur l’idée de la migration comme une menace. Nous souhaitons rétablir un débat démocratique éclairé, sur la base de données fiables, et autour de valeurs communes, pour nous ressaisir du politique.
Le principe d’accueil doit ainsi permettre l’accès à l’ensemble des besoins vitaux, à l’hébergement et au logement, à l’alimentation, à l’hygiène, à la santé, à la mobilité, à l’éducation, aux droits culturels, au travail de manière à ce que chacun et chacune puisse accéder à l’autonomie. Penser une société de l’accueil revient à se sentir collectivement responsables face à la vulnérabilité de chacun et chacune dans les différents moments de la vie et donner une égale valeur à tout être vivant.
Dans l’intérêt général, les collectivités territoriales ont un rôle essentiel
Plusieurs constats sur les territoires fragilisent la cohésion sociale et obligent les collectivités territoriales à agir dans le sens de l’accueil. D’un côté, les collectivités territoriales pallient les effets néfastes des politiques nationales de non-accueil (fermeture des frontières, sous-dimensionnement du dispositif national d’accueil). De l’autre, elles répondent aux besoins non couverts par des normes qui traitent les personnes étrangères comme indésirables, en accentuant les inégalités d’accès aux droits et la concurrence des publics.
Les collectivités territoriales se retrouvent à répondre aux urgences sociales provoquées par la dégradation de l’État social et ses répercussions concrètes sur les personnes ; il s’agit ici de dépasser l’urgence et de préparer les municipalités à agir de façon pérenne ; et jouer un rôle-clé pour protéger et rendre effectifs les droits fondamentaux. "
L’accueil est par ailleurs une contribution au bien commun permettant le maintien et l’amélioration des services publics pour tous et toutes et le renforcement de la vitalité de la vie locale d’un point de vue culturel, démographique et économique.
Des propositions d’action : accueillir, rendre l’installation possible
Accorder le droit au séjour est une prérogative régalienne de l’État, c’est pourquoi au niveau local, nous devons solliciter nos imaginaires et notre créativité : d'une part pour interroger le cadre légal, se saisir du potentiel de la décentralisation, et y trouver les brèches d'actions permises aux municipalités ; d'autre part, pour inventer des lieux, des espaces, et questionner nos relations, pour accueillir.
Nous proposons de se saisir du droit comme ressource politique. S’auto-saisir des compétences locales pour assurer l’accès aux droits :
- créer et soutenir de nouveaux lieux d’accueil ;
- s’appuyer sur un lien de coopération entre municipalités et associations et collectifs citoyens, dans des conditions mutuellement décidées ;
- Renforcer leur politique locale du logement pour tous et toutes : mise à disposition du parc de logements municipaux ; lutte contre la vacance ; réquisition ; occupations temporaires et conventionnements ;
- S’appuyer sur les atouts d’un centre communal d’action sociale (CCAS) : tarifications solidaires sur l’alimentation, la cantine, les fluides, le transport...
- Protéger et soutenir le tissu associatif et citoyen : garantir la pérennité des actions alternatives ;
- Renforcer la démocratie locale : créer des instances de contrôle démocratique et de critique des politiques publiques ;
- Proposer des moments festifs et conviviaux.
Ce plaidoyer a été initié et coordonné par Modop, avec le soutien du CCFD-Terre Solidaire
Ont contribué à sa rédaction et à son soutien :
- des collectifs citoyens d’accueil de personnes exilées, dans la région de Grenoble : CARM (collectif d’accueil de réfugiés en Matheysine), Un toit sur un Plateau (Plateau des Petites Roches), Vert’accueillants (Vercors), Toit et noix (Vorreppe), Accueillir ensemble en Chartreuse, Réfugiés & Solidarité, collectif La Forge (Tullins), Réfugiés Val de Dauphiné.
- des associations locales : La Ferme Ouche (Plateau des Petites Roches, Isère), Passerelles (Dieulefit, Drôme), Voies libres Drôme, Écrevis (Annecy, Haute Savoie), Le réseau Hospitalité 13, Grenoble Alpes Collectif (Fréquence commune, Isère), Accueil solidaire Grenoble, RUSF38 (réseau Université sans frontières, Isère), CISEM (Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers et les migrants), CGT-sans papiers Isère, ATTAC 38, Mimesis (Dieulefit, Drôme), ASTI Valence, Val de Drôme Accueil Réfugiés, Rosmerta, Avignon, Toit Migrant Solidarité, Angers, Commun Maïs, Montreuil, Kotoli Maisons solidaires, Bourg en Bresse, Le collectif 113, Marseille, RESF 54, Humacoop-Amel, Grenoble, Symphonie équitable, Radio Campus Grenoble.
- des associations nationales : A4, CCFD-Terre solidaire, OCU (Organisation pour une Citoyenneté universelle), Emmaüs France, Médecins du Monde, L’école Thot, Solidarité Asie France, Utopia 56, La Cimade, Madera, MRAP, Les amoureux au ban public, GISTI, CRID, Tous migrants, Limbo, École enchantée, Montreuil, Observatoire des camps de réfugiés, Humanity Diaspo, Union syndicale Solidaires, le réseau Toiles des maisons accueillantes."


