maCommune.info : Pourquoi avoir choisi d’écrire à propos de la linguistique et de l’intelligence artificielle ?
Yvon Bordet : "Parce que j’ai travaillé toute ma vie à la fois comme enseignant (France, Suisse, États-Unis) et comme chercheur en linguistique et en traitement automatique des langues à l’Université Marie et Louis Pasteur (CRIT). J’ai donc contribué, avec mes publications et mes participations à des congrès internationaux, à construire les outils qui sont aujourd’hui au cœur de l’IA — et je mesure désormais leurs conséquences sur l’éducation".
mC : Quels sont les points phares de votre ouvrage ?
Yvon Bordet : "Je distingue deux usages du langage :
- Un langage fonctionnel, maîtrisé par les machines, et un langage de formation, porté par la littérature.
- Mon travail montre que des textes exigeants sont accessibles très tôt (dès 6 ans/A1) et que leur apprentissage par la mémoire est décisif pour former le discernement".
mC : L’IA tire-t-elle les élèves vers le haut ou le bas ?
Yvon Bordet : "Ni l’un ni l’autre : elle révèle nos choix éducatifs. Si l’école s’aligne sur un langage simplifié, elle accélère l’appauvrissement. Si elle maintient une exigence linguistique et culturelle, elle permet au contraire de dépasser la machine".
mC : Quels sont les enjeux éducatifs et culturels de l’IA ?
Yvon Bordet : "L’enjeu est simple : former des esprits capables de juger, pas seulement d’exécuter. Les machines traitent l’information ; l’école doit former le discernement — et cela commence dès l’enfance, par la mémoire, la langue et la littérature (…) Si l’on n’enseigne pas les Fables de La Fontaine dès l’âge de six ans, elles deviennent en grande partie incompréhensibles à quatorze. Autrement dit : ce que l’on n’apprend pas tôt, on ne l’apprend plus".


