De l’acier au verre, Paul Gonez raconte 60 ans de sculpture dans son atelier à Besançon

Publié le 02/10/2026 - 17:00
Mis à jour le 02/10/2026 - 17:01

VIDÉO • Bien connu dans la région notamment pour ses sculptures monumentales, le sculpteur bisontin Paul Gonez célèbre actuellement ses 60 ans de création et ouvre les portes de son atelier situé au 14 rue de l’Avenir à Besançon. L’occasion pour nous de venir rencontrer l’artiste et ses oeuvres dans leur milieu d’origine. Dans notre interview, Paul Gonez revient sur ses soixante années de création et sur l’exposition rétrospective qu’il y présente tous les week-ends jusqu’au 25 octobre 2026.

Depuis le 25 septembre et jusqu’au 25 octobre 2026, Paul Gonez invite le public à venir découvrir l’exposition rétrospective "Une création en soixante temps ou soixante ans de création", directement dans l’atelier dans lequel il est installé depuis plus d’un demi-siècle.

Le sculpteur a racheté et lui-même restauré cet ancien bâtiment industriel, autrefois occupé par la société Bourgeois Découpage. Tous les deux ans, il en ouvre les portes pour une exposition rétrospective. Une manière pour lui de montrer ses œuvres dans leur environnement de création, loin du cadre plus classique d’une galerie.

"L’aspect intéressant ici, c’est qu’elles sont dans un contexte différent que dans une galerie, parce qu’il y a d’autres objets à voir", nous explique le sculpteur. L’exposition prend ainsi la forme d’un parcours à travers les différentes périodes de son travail.

Composée d’entre 100 et 200 oeuvres, selon l’artiste, elle retrace six décennies de création allant des premières sculptures animalières en acier de Paul Gonez jusqu’à ses récentes compositions abstraites qui mêlent bronze et verre. Pour l’occasion, Paul Gonez a même racheté certaines de ses anciennes œuvres dans des ventes aux enchères, afin de les présenter aux côtés de créations plus récentes.

De l’acier au bronze et au verre

En 60 ans, le sculpteur n’a d’ailleurs cessé de faire évoluer sa pratique. Il a débuté en travaillant principalement l’acier soudé : "j’étais animalier et figuratif au début. Mon matériau de prédilection à l’époque, c’était de l’acier soudé", nous raconte-t-il, "ça a duré une dizaine d’années à peu près puis petit à petit après, je suis passé d’un matériau à un autre, c’est-à-dire du fer au bronze". Puis viennent l’imaginaire et le fantastique, avant une évolution progressive vers une abstraction plus symbolique. Les différentes étapes sont présentes dans l’exposition, même si elles ne sont pas disposées de façon strictement chronologique.

Aujourd’hui, Paul Gonez est davantage tourné vers des oeuvres abstraites, avec un intérêt marqué pour les mélanges de matériaux. Depuis quatre ou cinq ans, le verre occupe notamment une place importante dans ses créations. L’artiste part alors d’une pièce existante, choisie pour sa forme ou sa couleur, avant de construire sa sculpture autour d’elle. "C’est une démarche un peu différente que de la création. La feuille blanche, on part de rien et on crée quelque chose. Là, j’ai un support qui me plaît déjà, qui est le verre", explique-t-il.

Il considère également que la lumière est très importante dans la sculpture : "quand on change un éclairage sur une sculpture, on la voit différemment. En plus, par la transparence, il y a encore un jeu de lumière supplémentaire". Ces oeuvres sont ainsi parfois exposées avec un éclairage proche qui permet de traverser le verre et les petites pièces en vitrine s’accompagnent régulièrement de miroirs afin de permettre de voir l’envers de la sculpture.

Une "touche Gonez"

Malgré ces évolutions, Paul Gonez ne considère pas son parcours comme une succession de ruptures. Au contraire, il voit dans ses six décennies de travail une continuité, portée notamment par la nature et certaines formes récurrentes. C’est cette continuité que le sculpteur résume par "une touche Gonez". Une touche qui se retrouve notamment dans l’importance accordée aux formes circulaires, aux spirales et aux ovoïdes.

"J’ai un style qui a des fils conducteurs", nous explique le sculpteur en évoquant sa sculpture nommée "Disque ailé". "C’est un symbole égyptien, c’est un soleil avec des ailes d’aigle. Elle est abstraite, mais il y a quand même un petit clin d’œil aux astres, un petit clin d’œil à l’animal, il y a donc quand même une continuité", résume-t-il.

© Élodie R.

S’il avoue ne pas aimer "s’enfermer dans quelque chose", Paul Gonez revendique cette envie d’explorer de nouvelles directions plutôt que de reproduire inlassablement une même recette. "J’aime bien partir dans d’autres directions, mais ça reste cohérent dans l’ensemble, déjà par le matériau et par l’évolution, qui est pour moi logique", explique-t-il.

De l’animal aux astres, de l’ovoïde à la spirale, certains motifs traversent ainsi les différentes périodes. "Le thème conducteur ou le général, c’est toujours la nature au sens large", ajoute-il encore. Même lorsqu’une sculpture devient abstraite, des traces des recherches précédentes subsistent.

Le temps long de la sculpture

Derrière les œuvres exposées se dissimulent également des milliers d’heures de travail et un apprentissage technique construit au fil des années. Car la sculpture nécessite de maîtriser les matériaux, les outils et les différentes étapes de fabrication.

Paul Gonez a ainsi appris à mouler, souder, patiner et travailler avec les fondeurs. Il réalise notamment ses modèles en terre ou en plâtre avant de les confier au fondeur pour le tirage en bronze, puis retravaille lui-même le métal dans son atelier.

"J’ai une part technique ou technologique très importante en sculpture", souligne-t-il. Le mélange du bronze et du verre ajoute encore une difficulté. Le retrait du métal lors de la fonte oblige notamment l’artiste à reprendre la sculpture afin que le verre puisse retrouver sa place. Cette dimension artisanale engendre également un processus de fabrication particulier par rapport au temps, comme nous l’explique Paul Gonez dans notre vidéo.

Une passion toujours intacte

Avec entre 100 et 200 pièces présentées, l’exposition donne ainsi à voir un parcours particulièrement large. Les premières œuvres en acier côtoient les créations actuelles en bronze et en verre. Plus qu’un simple retour sur le passé, la rétrospective permet de mesurer les transformations du sculpteur tout en retrouvant les fils conducteurs de son univers.

Et Paul Gonez ne semble pas considérer ces 60 années comme un point d’arrivée. Lorsqu’on lui demande quelle œuvre il préfère, sa réponse est révélatrice de cet appétit de création : "celle où je vais être fier ou que j’aime encore le plus, c’est celle que j’imagine qui va sortir".

S’il reconnaît que le rythme de travail s’est quelque peu ralenti, la création, elle, n’est pas encore près de s’arrêter. Avec 60 ans de sculpture, Paul Gonez entend encore faire vivre son atelier et poursuivre son chemin artistique "le plus tard possible".

Infos +

  • Exposition "Soixante ans de création", de Paul Gonez.
  • 14 rue de l’Avenir - 25000 Besançon
  • Ouvert les vendredis, samedis et dimanches de 13h à 19h30, jusqu’au 25 octobre 2026.
  • Groupe sur rendez-vous : 06 08 61 24 08

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