Le nouveau Nutri-Score validé, après des dissensions gouvernementales

Publié le 17/03/2025 - 14:33
Mis à jour le 17/03/2025 - 14:12

Mieux orienter les consommateurs vers les produits plus équilibrés sans "pénaliser" pour autant les "produits du terroir", selon le gouvernement: pour lutter contre surpoids et obésité, le nouveau Nutri-Score a été validé vendredi 14 mars 2025 en dépit de dissensions au sein l'exécutif.

 © D Poirier
© D Poirier

"Compte tenu des enjeux impératifs de santé publique, les ministres ont décidé de signer l'arrêté modifiant les règles de calcul du Nutri-Score", ont annoncé dans un communiqué quatre ministres (Economie, Santé, Agriculture, Commerce). Il s'agit de "lutter contre le surpoids, l'obésité" avec derrière "des sujets aussi lourds que les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers", a précisé la ministre de la Santé Catherine Vautrin sur TF1.

Gage toutefois donné au secteur agroalimentaire: les ministres assurent qu'ils seront "attentifs à ce que ce système (...) ne nuise pas aux produits issus de la richesse de nos terroirs et symboles de notre patrimoine culinaire". Ils entendent rester "vigilants aux effets de bord" que la nouvelle méthode de calcul du Nutri-Score "engendre pour les produits issus du savoir-faire français".

Les entreprises et marques engagées dans cette démarche volontaire ont, par ailleurs, "deux ans pour mettre à jour leurs emballages et apposer le nouveau Nutri-Score", selon leur communiqué.

"C'est une victoire de la santé publique, un grand motif de satisfaction puisque cet arrêté était attendu depuis plus d'un an: cela permet de rappeler que ces enjeux de santé publique doivent être au premier plan des préoccupations du gouvernement", s'est réjoui auprès de l'AFP le Pr Serge Hercberg, l'un des concepteurs du Nutri-Score.

L'association de consommateurs Foodwatch y a aussi vu une victoire de "la mobilisation citoyenne contre les lobbies agroalimentaires".

"Oui, mais"

Le feu vert gouvernemental semblait loin d'être acquis la semaine dernière. De précédents gouvernements avaient validé cette nouvelle mouture, plus sévère pour certains produits transformés par l'industrie agroalimentaire pour tenir compte de récents travaux scientifiques.

Mais l'actuelle ministre de l'Agriculture Annie Genevard avait assumé publiquement bloquer la publication de l'arrêté, reprochant au niveau Nutri-score de donner une mauvaise note aux produits "remarquables" du terroir, fromages et charcuterie notamment.

"Oui au Nutri-score, mais avec une demande d'amélioration continue du dispositif, a déclaré à l'AFP la ministre qui rencontrera vendredi le Pr. Serge Hercberg. "C'est cet équilibre là que je voulais", a-t-elle ajouté.

Mme Genevard met cependant toujours en garde contre les "effets de bord" du dispositif. "Quand on prend un fromage: 100 grammes de fromage classé en E, on ne tient pas compte de la réalité d'une consommation normale de fromage qui est aux alentours de 30 grammes."

Conçu par des scientifiques experts en nutrition, le Nutri-Score a été mis en place en 2017 en France, sur la base du volontariat, et six autres pays européens. Il classe les produits alimentaires de A à E selon leur composition et leurs apports nutritionnels.

Le nouveau mode de calcul améliore notamment "la différenciation entre les aliments selon leur teneur en sel et sucre", ainsi que la classification des poissons gras, des huiles moins riches en acides gras saturés et des boissons.

"Il sera demandé aux ministères concernés d'étudier" les "effets de bord" potentiels et "d'initier au niveau européen des échanges pour voir comment mieux les prendre en compte", précise le communiqué commun des ministres.

"Autres batailles"

Face aux critiques d'Annie Genevard, des voix se sont élevées ces derniers jours pour défendre ce nouvel étiquetage. Il s'agit d'un "vrai outil de santé publique, plébiscité par les Français et influençant les choix d'achats et on ne peut pas faire comme si le surpoids et l'obésité n'étaient pas un problème de santé publique", a notamment souligné jeudi le directeur général de la Santé, le Dr Grégory Emery.

Certains acteurs de la grande distribution et de la transformation agro-alimentaire ont aussi exprimé leur soutien.

La fédération patronale des supermarchés, la FCD, a ainsi salué l'arrêté sur le Nutri-Score revisité, étiquetage "utile pour tous: il pousse à des meilleurs choix nutritionnels autant qu’il pousse les entreprises à améliorer leurs recettes". Il reste "d'autres batailles à mener pour convaincre les industriels d'adopter le Nutri-Score", et à terme "le rendre obligatoire" pour "donner une chance maximum aux consommateurs de faire des choix éclairés", selon Serge Hecberg.

Foodwatch a assuré qu'elle continuera de "dénoncer les manœuvres des lobbies auprès de la Commission européenne" et de batailler pour que "le logo devienne obligatoire sur tout le continent".

(Source AFP)

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