SensPo : qui se cache derrière l’observatoire qui classe les programmes à Besançon ?

Publié le 13/03/2026 - 16:00
Mis à jour le 13/03/2026 - 16:22

À la suite de notre article publié le 11 mars, puis modifié le 12 mars en raison d’irrégularités constatées dans les informations diffusées sur le site national SensPo, un observatoire politique apparu il y a seulement quelques jours sur la toile, nous avons souhaité approfondir notre enquête sur cet outil si récent et sur la ou les personnes à l’origine de sa création.

Image d'illustration ©  mhouge/pixabay
Image d'illustration © mhouge/pixabay

Nous avons découvert le site SensPo mercredi 11 mars. Avant toute publication, nous avons pris le temps d’effectuer un maximum de vérifications. Nous avons finalement choisi de publier un article factuel mercredi soir, prenant toutefois le risque d’établir un classement basé sur les notes attribuées aux professions de foi des candidat(e)s aux élections municipales bisontines.

Si cet article a été bien accueilli par la liste menée par Anne Vignot, il a en revanche suscité des réactions plus critiques du côté des soutiens de Ludovic Fagaut et de Séverine Véziès, pour diverses raisons. Il est probable que si les résultats avaient été inversés, les réactions auraient été différentes... ou plutôt similaires, mais venant d’autres camps. Quoi qu’il en soit, ce classement ne fait ni ne fera l’unanimité.

Jeudi 12 mars, les données publiées sur SensPo ont de nouveau été modifiées, rendant de fait notre article initial obsolète, une situation que nous regrettons vivement. Nous avons donc procédé à une mise à jour de notre publication, en y intégrant des informations complémentaires fournies par le créateur de SensPo.

Afin d’éclairer davantage nos lectrices et lecteurs, nous avons également souhaité interviewer officiellement ce vendredi cette personne pour mieux comprendre sa méthodologie, les outils utilisés, son parcours, mais aussi les raisons pour lesquelles certaines mentions légales du site apparaissent incomplètes.

Interview avec le créateur de SensPo

Après nous avoir livré son identité, le créateur de SensPo nous a demandé de ne pas la divulguer pour l’instant étant un informaticien relativement reconnu dans son domaine.

Qui êtes-vous ?

”Je suis informaticien. Je m’appelle ..., mais je vous demanderais de bien vouloir garder cette information pour vous tant que je n’ai pas terminé les statuts.

Êtes-vous lié de près ou de loin lié au Rassemblement nation, d’une toute autre mouvance d’extrême droite ou tout autre parti politique ?

”Je n’ai jamais fait partie du moindre mouvement politique. Depuis une quinzaine d’années, je vote blanc et, pour être franc, si je devais me situer quelque part ce serait plutôt du côté de Montebourg ou Chevènement sur certaines idées. Mais globalement, je les trouve tous aussi nuls les uns que les autres. Par ailleurs, je n’ai jamais voté pour le moindre extrême, ni à gauche ni à droite.

Si vous prenez le temps de regarder les analyses disponibles, vous verrez d’ailleurs que le RN prend aussi largement cher dans les critiques et les analyses. Les raccourcis politiques sont malheureusement fréquents, mais ils ne correspondent pas à ma réalité.

La seule chose qui est certaine, c’est que je suis profondément républicain, avec une sensibilité marquée sur les enjeux de souveraineté, notamment numérique et énergétique. En revanche, je ne suis absolument pas dans une logique orwellienne : les principes de liberté et la protection de la vie privée sont pour moi essentiels.”

Pourquoi avoir lancé votre observatoire il y a si peu de temps ?

”Le projet SensPo a simplement mûri avec le temps. Comme beaucoup d’initiatives, il y a eu un moment où j’ai estimé que c’était le bon moment pour le lancer, notamment parce que les outils, les analyses et le contexte s’y prêtaient davantage.”

Pourquoi les mentions légales sont-elles incomplètes sur votre site ?

”Ils sont en cours de finalisation. Je préfère prendre le temps de bien les cadrer afin que tout soit clair et solide juridiquement. Je pourrai vous tenir informé dès qu’ils seront terminés.”

Quelle méthode utilisez-vous pour effectuer vos analyses ? Reposent-elles sur un algorithme informatique supposé impartial ? Et dans quelle mesure des biais ou des mécanismes de filtrage peuvent-ils orienter l’analyse ?

”Quant aux algorithmes, non, il n’y a aucun biais. Ce n’est que du factuel et tout le monde est logé à la même enseigne. Vous pourrez constater que, selon la richesse des programmes, quel que soit le parti politique, ils sont tous traités de la même manière. Je suis plutôt apolitique. Vous trouverez de bonnes notes pour certaines listes, qu’elles soient à droite ou à gauche. Le parti n’a pas d’importance dans les analyses. En revanche, pour les listes NPA ou LO, elles sont très mal notées, car beaucoup de propositions sortent du périmètre local. Ce sont des mesures applicables uniquement au niveau national et cela n’a rien à voir avec un programme municipal. 

Lorsque ce type de proposition est détecté, que ce soit chez eux ou dans une autre liste, le traitement est exactement le même. Le site utilise uniquement des solutions open source et aucun tracking vers les GAFAM, les États-Unis ou d’autres services hors France ou Europe.”

Enfin, pourquoi les informations concernant les professions de foi des candidates et candidats à Besançon ont-elles changé chaque jour entre le 10 et le 12 mars ?

”La première version publiée sur le site n’était pas suffisamment qualitative. Depuis, j’ai repris l’analyse en intégrant beaucoup plus de dimensions liées à la faisabilité des mesures proposées par les candidats. Cela inclut notamment une analyse plus approfondie des budgets nécessaires, des marges de manœuvre réelles de la commune ainsi que des paramètres financiers propres à chaque mesure. En particulier, j’ai davantage pris en compte la question du financement des propositions. 

Lorsqu’un programme comporte des promesses d’allègement de charges tout en annonçant simultanément des investissements importants, sans lignes budgétaires clairement identifiées pour les financer, la crédibilité de ces propositions diminue mécaniquement dans l’évaluation. De la même manière, le niveau d’endettement de la commune est un facteur déterminant : plus la dette est élevée, plus la capacité à financer de nouvelles mesures est contrainte, ce qui impacte également l’appréciation de leur faisabilité. Ces éléments supplémentaires ont conduit à ajuster l’évaluation globale des programmes et donc les notes associées. L’objectif est d’avoir une analyse plus robuste et plus réaliste sur le plan budgétaire.”

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