La section du Parti communiste français de Besançon souligne en premier lieu une mobilisation accrue entre les deux tours des élections municipales de 2026. La participation atteint 61,5 %, contre 57,1 % au premier tour, soit ”+ 3 014 votants (on passe de 39 207 à 42 221)”. Cette progression témoignerait d’un regain d’intérêt électoral, partagé par les différents camps politiques.
Des réserves de voix mobilisées à droite comme à gauche
L’analyse met en évidence une progression des deux principales listes entre les deux tours :
Du côté de la gauche, ”le total de la liste d'Anne Vignot au 2e tour dépasse le total des deux listes Vignot et LFI du premier tour” avec + 2.065 voix, soit +12 %. Même en intégrant les voix de Lutte ouvrière, ”il reste un surplus de 1.321 voix”, soit une hausse de 7,8 %. Le document en conclut que ”la fusion du second tour […] n’a pas fait perdre de voix à la gauche”, tout en avançant qu’”elle a peut-être surmobilisé la droite”.
À droite, une dynamique similaire est observée : ”le total de la liste Ludovic Fagaut au 2e tour dépasse de 1.100 voix le total des trois droites du premier tour”. Selon l’analyse, cela signifie que la droite a également su capter une partie des abstentionnistes. Le texte l'assure : ”la gauche doit cesser de penser qu’un abstentionniste est forcément de gauche”.

Une progression de la gauche sur le temps long
En comparant les résultats à ceux de 2014, considérés comme une référence, le PCF local observe une évolution contrastée.
Au premier tour de 2014, le niveau de participation est comparable à celui de 2026. Le maire sortant de l’époque, Jean-Louis Fousseret, obtenait un score légèrement inférieur à celui d’Anne Vignot en 2026. Surtout, la gauche radicale progresse nettement : ”la liste “mélenchoniste” […] recueille 1582 voix (contre plus 4 194 voix pour LFI en 2026)”.
Le constat est clair pour le PCF : ”entre 2014 et 2026, le total des voix de gauche progresse. Et LFI […] est la force qui progresse le plus”.
Au second tour de 2014, la gauche bénéficiait toutefois d’un report de voix plus favorable, avec une hausse de 30 % entre les deux tours. Cette capacité à élargir son socle électoral apparaît aujourd’hui affaiblie.
Une victoire de la droite inscrite dans un processus
Pour les auteurs du document, la défaite de la gauche en 2026 ne constitue pas une rupture brutale mais ”l’aboutissement d’un processus commencé en 2020”. Ils rappellent que dès cette élection, ”la fusion des électorats de droite […] sur la candidature L. Fagaut a commencé”, notamment grâce à une forte progression entre les deux tours (+78 %). La victoire de la gauche en 2020 tenait alors à une triangulaire.
Le texte remet ainsi en cause une idée largement répandue : ”l’idée que “Besançon est une ville de gauche” nous a donné trop d’assurance”. Il souligne qu’”aux élections de 2014 et 2020, la gauche est donc déjà minoritaire […] et ne s’impose que grâce aux triangulaires”.
Le rôle du macronisme dans la droitisation de l’électorat
L’analyse insiste également sur l’impact du macronisme dans la recomposition politique locale. Une partie de l’électorat socialiste aurait basculé durablement : ”À l’image de l’ancien maire de Besançon, Jean- Louis Fousseret, une partie de gauche libérale qui votait historiquement pour le Parti socialiste a vu en Macron la réalisation de ses souhaits politiques. Un libéralisme économique allié à un libéralisme culturel, c’est-à-dire la manière dont Macron se présentait en 2017. On aurait pu croire que la dérive droitière du macronisme les aurait fait revenir à gauche, mais non. Ayant franchi le Rubicon en votant et en soutenant un parti qui manifestement n’était pas de gauche, ils ont rompu les derniers amarres qui les reliaient encore à la gauche historique et, finalement, accompagnés la droitisation de Besançon."

Ce phénomène s’accompagne d’un affaiblissement de l’ancrage populaire de la gauche : ”ces quartiers [Palente, Planoise, Clairs Soleils] se sont massivement abstenus et, ceux qui ont voté, ont fait le choix de la droite”.
Une campagne jugée insuffisamment politisée
Le document critique la stratégie de campagne de la gauche, estimant qu’elle a été ”insuffisamment politique”. Selon cette analyse, Ludovic Fagaut et Laurent Croizier ”ont dépolitisé la campagne en faisant de l’ultra-locale”, tandis que la liste Vignot ”s’est peut-être laissée prendre au piège”.

Il est reproché à la gauche de ne pas avoir suffisamment mis en avant les positions nationales de ses adversaires et de ne pas avoir construit un récit cohérent : ”la gauche n’est pas parvenue à construire un récit politique […] capable d’emporter l’adhésion”.
Des divisions internes pénalisantes
Les divisions entre forces de gauche sont également pointées du doigt. Elles ont entraîné ”retard dans le lancement de campagne” d'Anne Vignot et ”enfermement dans des débats politiciens”.
Le texte évoque notamment la rupture des négociations avec La France insoumise, les initiatives concurrentes au sein du Parti socialiste entre Nicolas Bodin et Jean-Sébastien Leuba et des polémiques médiatiques ayant ”ajouté à la confusion”.
Enfin, l’analyse souligne l’impact négatif du contexte national. Elle met en cause à la fois ”l’incapacité du PS à rompre avec le néo-libéralisme” et certains positionnements de Jean-Luc Mélenchon, accusés d’avoir ”plombé” la campagne locale.
Une conclusion en forme d’alerte stratégique
Le document conclut sur plusieurs enseignements. D’une part, ”les alliances avec la France Insoumise ne diminuent pas le nombre de voix à gauche”, mais pourraient limiter son élargissement. D’autre part, la victoire de la droite s’explique largement par ”la fusion des électorats de droite”, renforcée par une ”diabolisation de LFI” ayant ”surmobilisé la droite”.

Enfin, le PCF de Besançon alerte sur une évolution notable : ”la difficulté à mobiliser les quartiers populaires” et la progression d’un vote de droite dans ces territoires, phénomène observé ”dans de nombreuses villes à travers tout le pays”.
Consulter l'analyse complète :
Une analyse "déconnectée de la réalité" selon le MFC
Cette analyse est vivement contestée par le Mouvement Franche-Comté, qui dénonce une interprétation jugée "déconnectée de la réalité".
Selon le mouvement, cette analyse revient à considérer que les électeurs n’auraient pas pleinement compris les propositions portées par la gauche. Une explication qu’il qualifie de "surréaliste", estimant au contraire que les habitants ont pu faire leur choix "en toute connaissance de cause", notamment au regard du bilan de la majorité sortante.
Le Mouvement Franche-Comté avance ainsi une autre grille de lecture : l’échec électoral pourrait s’expliquer par un rejet assumé de la politique menée, plutôt que par un défaut de pédagogie ou de communication. Il regrette que cette hypothèse ne soit, selon lui, "même pas envisagée" dans l’analyse communiste.
Le communiqué pointe également le rôle de certaines figures locales, citant notamment Hasni Alem (PCF). Le mouvement estime que plusieurs prises de position publiques auraient pu contribuer à fragiliser la majorité sortante durant la campagne, évoquant des polémiques et des déclarations jugées clivantes.
Ces critiques illustrent les tensions persistantes au sein du paysage politique bisontin, alors que les différentes formations cherchent encore à tirer les enseignements du scrutin. Elles témoignent aussi des divergences d’interprétation quant aux attentes des électeurs et aux stratégies à adopter pour l’avenir.
Dans ce contexte, la question de la reconstruction de la gauche locale reste posée, entre remise en cause des orientations passées et débat sur la manière de renouer avec une partie de l’électorat.


