Pornographie : un rapport du Sénat qui dénonce des « violences systémiques »

Publié le 28/09/2022 - 15:17
Mis à jour le 29/09/2022 - 16:20

Ce mardi 27 septembre, quatre sénatrices de divers partis politiques ont rendu un rapport accablant dénonçant de nombreuses et graves dérives dans l’industrie du porno. « Violences systémiques », l’exploitation des femmes, des mineurs trop facilement exposés à la pornographie… Ce rapport intitulé "Porno : l'enfer du décor" appelle le gouvernement à agir.

Site Pornhub © Alexane Alfaro
Site Pornhub © Alexane Alfaro

La lutte contre ces violences doit devenir une "priorité de politique publique et pénale", écrivent les quatre sénatrices Annick Billon (UDI), Alexandra Borchio Fontimp (LR), Laurence Cohen (PCF) et Laurence Rossignol (PS) dans ce rapport intitulé "Porno : l'enfer du décor", et adopté par la délégation aux droits des femmes du Sénat.

Depuis l'apparition, au milieu des années 2000, des grandes plateformes internet comme Pornhub ou Xvideos, la diffusion du porno est devenue massive, contribuant "à la recrudescence de contenus de plus en plus 'trash' et violents, sans aucun contrôle ni considération pour les conditions dans lesquelles ces contenus sont produits", dénonce le rapport. "Les producteurs ne craignent pas d'exploiter la vulnérabilité économique et psychologique de femmes jeunes, voire très jeunes, et de réaliser des tournages dans des conditions déplorables", ajoute-t-il.

Pour un droit à l’oubli

Le rapport préconise de renforcer la répression pénale contre les responsables de cette industrie, en "favorisant l'émergence de plaintes des victimes", et en imposant aux plateformes de supprimer gratuitement les vidéos lorsque les femmes en font la demande. Un "droit à l'oubli" quasiment impossible aujourd'hui, une telle suppression coûtant "dix fois plus que la rémunération obtenue pour la scène tournée", pointe le rapport. 

2/3 des jeunes de moins 15 ans ont déjà eu accès à des images porno

Les sénatrices formulent par ailleurs plusieurs propositions pour empêcher les mineurs d'accéder au porno sur internet, une précaution qui s'impose en théorie aux diffuseurs mais qui, dans les faits, n'est pas appliquée (deux tiers des jeunes de moins 15 ans ont déjà eu accès à des images porno).

L'Arcom (ex-CSA) doit ainsi voir ses pouvoirs renforcés pour imposer des amendes "dissuasives" aux sites porno accessibles aux mineurs, et le gouvernement doit imposer le "développement de dispositifs de vérification d'âge" et "mener une campagne de communication autour des dispositifs de contrôle parental". La lutte doit aussi passer par l'éducation, estiment les parlementaires, pour qui la "marchandisation des corps" et la pornographie devraient être abordés dans les établissements scolaires, dans le cadre de séances d'éducation à la vie sexuelle et affective.

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Ce rapport parlementaire survient alors que le milieu du porno français dit "amateur" est secoué depuis deux ans par plusieurs enquêtes judiciaires, l'une visant "Jacquie et Michel", et l'autre la plateforme "French Bukkake". Trois acteurs et un réalisateur ont été placés en garde à vue mardi dans cette dernière enquête, pour traite d'êtres humains aggravée, viol en réunion ou proxénétisme aggravé.

Politique

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