Anne-Valérie Dupond : "Je n'avais jamais fait de couture de ma vie, et ça a donné ça…"

Publié le 17/04/2015 - 13:57
Mis à jour le 17/04/2015 - 15:32

Besançon regorge de talents artistiques… En voici encore la preuve avec Anne-Valérie Dupond, sculptrice sur textiles depuis près de 14 ans dans la capitale franc-comtoise. Avec ses trophées de chasse, ses poupées, ses bustes et autres toiles, l’artiste de 38 ans vit de son art hors du commun. Pourtant, ses seuls matériaux sont du tissu recyclé, du fil, un peu de rembourrage et une aiguille… Peu de gens parlent de cette artiste à Besançon et pourtant, elle expédie ses œuvres partout dans le monde et a même exposé à Shanghaï en 2014… Rencontre avec une artiste douce, comme son univers…

Diaporama

Tout a commencé avec un doudou fabriqué par Anne-Valérie pour l'offrir à un nouveau-né : un mouton rembourré avec du tissu rose et des fils apparents pour délimiter les différents textiles utilisés. "Je n'avais jamais fait de couture de ma vie, et ça a donné ça" (voir photo 2 du diaporama ci-dessus) s'amuse l'artiste en nous montrant le mouton. En effet, ce doudou n'aura jamais été offert au bébé ; il est devenu la première œuvre d'art de l'artiste… 

"Finalement, il y a eu une espèce d'évidence"

Anne-Valérie Dupond a suivi ses études dans une faculté d'arts plastiques à Strasbourg pendant laquelle elle ne faisait pas de couture ni de sculpture, mais du dessin. C'est en master, lors de la réalisation de son projet d'étude qu'elle a poursuivi la série du mouton doudou. "Finalement, il y a eu une espèce d'évidence, j'en ai fait toute une collection et au bout d'un moment je me suis rendue compte qu'il y avait quelque chose d'intéressant artistiquement. J'ai alors creusé le sujet, j'ai fait des recherches théoriques sur le sujet, sur la matière, la technique. Et plus je faisais des recherches, plus je me rendais compte que ça faisait écho avec ma propre histoire et je me suis donc complètement appropriée cette technique", nous raconte la sculptrice.

Une galeriste parisienne passe...

Rapidement, ses sculptures ont eu du succès. Elle nous explique : "Lorsque j'étais étudiante à Strasbourg on participait à des marchés de l'art où on vendait nos créations pour se faire de l'argent. Au cours de l'un des marchés, j'ai rencontré une Parisienne qui est restée scotchée devant mon stand et qui m'a rappelé plus tard pour me dire qu'elle ouvrait une galerie à Paris et qu'elle voulait m'exposer. On a commencé ensemble à l'ouverture de sa galerie avec mon travail et ça a marché, ce qui fait que je n'ai jamais arrêté". Tout s'est fait en même temps à cette période entre 2000 et 2001 : "J'ai soutenu ma maîtrise, j'ai eu mon premier fils et j'ai exposé, ça s'est enchaîné comme ça", nous confie l'artiste.

Entre homme et femme

Après cette première période "doudou", Anne-Valérie s'est dirigée vers la création très personnelle de trophées de chasse en tissus (avis aux végétariens !). Ses inspirations ? "J'aime travailler dans l'univers féminin-masculin en y apportant beaucoup d'humour, c'est-à-dire me foutre de la gueule des males dominants". Dans la série des trophées, cette opposition est marquée par l'utilisation de tissus à fleur, "de cette technique dite "féminine" de travaux de couture sur un sujet très virile. Et ça on le retrouve dans toutes mes productions", précise-t-elle. Une autre série intitulée "Les grands hommes" souligne cette prédominance masculine : "On dit un grand homme, mais quand on dit une grande femme, ça n'a pas la même connotation" observe Anne-Valérie. 

Elle s'inspire également de la sculpture traditionnelle "avec cet esprit de prendre le contre-pied de l'imprégnance masculine dans l'histoire de l'art comme la sculpture de marbre, matériaux durs, nobles, froids, principalement réalisée par des hommes". Anne-Valérie reprend cela avec des rideaux, du rembourrage, de la couture, des matériaux féminins, souples et doux. "C'est au cœur de ma production" souligne-t-elle. L'artiste constate au fil de ses créations depuis l'année 2000 que "Plus ça va, plus j'améliore ma technique donc ça me permet de réaliser des choses un peu plus ambitieuses." 

Un saut à Shanghaï en 2014 

Les ateliers d'art de France dont fait partie l'artiste bisontine ont organisé une exposition appelée "French art tour". Une cinquantaine d'artistes et artisans français sont venus exposer leurs créations dans trois lieux d'exposition à Shanghai pour promouvoir la création artistique française. Anne-Valérie est donc partie au mois de novembre 2014 avec l'idée de "conquérir le marché chinois, mais ça n'a pas marché" nous confie la sculptrice. Elle nous explique que les visiteurs de l'exposition ont beaucoup apprécié ses productions, mais "ils paient tellement de taxes dans l'importation qu'ils cherchent à baisser les prix à tout prix". Toutefois, "j'ai fait des rencontres très intéressantes, mais il n'y a pas de retombées". 

Où trouver les créations d'Anne-Valérie Dupond ? 

  • À la boutique design Square qui se situe square Castan à Besançon 
  • Son atelier au 13, rue du Lycée à Besançon.
  • Mais aussi dans quelques boutiques à Paris, à Montpellier, et exporte ses créations à l'international comme au Japon ou aux États-Unis.

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