Connue pour ses créations scéniques telles que Romances inciertos, un autre Orlando (2017), réalisée avec François Chaignaud, ou l’opéra Arca ostinata (2021), conçu pour Daniel Zapico, Nina Laisné développe parallèlement un travail important dans le champ des arts visuels.
Selon Sylvie Zavatta, directrice du Frac Franche-Comté et commissaire de l’exposition, les deux dimensions de son œuvre sont indissociables. Au cœur du parcours figure notamment une pièce monumentale issue d’Arca ostinata : ”un théorbe qui se rêve édifice (...) orné de bestiaires fantastiques, de chimères et d’oiseaux empruntés à l’ornementation baroque”.
Archives, récits et contre-histoires
Le travail de Nina Laisné s’appuie sur une recherche approfondie autour d’archives, de récits populaires et de traditions musicales. L’artiste explore des thèmes liés aux identités hybrides, aux métamorphoses et aux figures marginales, tout en questionnant les récits dominants.
Dans les installations Vou esperar a lua voltar (2026) et Portulanos virados (2026), elle s’intéresse à l’histoire de l’exploitation du bois de Pernambouc au Brésil, utilisé dès le XVIe siècle par les colons français. Avec l’autrice Célia Houdart, elle revisite également les légendes ibériques de la ”femme-ours” dans A Mulher ursa (2024-2026).
L’exposition plonge les visiteurs dans un environnement où dialoguent image, lumière, musique et chant. Les références à la Renaissance côtoient des dispositifs contemporains, comme dans Frati uccelli (2023), où les ultraviolets révèlent des éléments invisibles à l’œil nu.
”La musique et le chant, issus des répertoires ibérique, brésilien ou italien, constituent la matière première et vibrante de chaque pièce”, souligne Sylvie Zavatta.
D’autres expositions en résonance
En parallèle de Un monde renversé, le Frac Franche-Comté propose plusieurs expositions qui prolongent les réflexions sur le corps, les métamorphoses et les formes de narration.
L’exposition Lucinda Childs — une subversion du cadre s’intéresse à l’œuvre de la chorégraphe américaine Lucinda Childs, figure majeure de la danse postmoderne. À travers une installation associant vidéos, dessins, partitions et maquettes, elle retrace la manière dont l’artiste a questionné les conventions de la danse scénique en collaboration avec des créateurs tels que Philip Glass, Sol LeWitt ou Robert Wilson.
L’exposition collective Chimères, composée d’œuvres de la collection du Frac, explore quant à elle ”l’hybridation des mondes humain, végétal, animal et minéral”. Conçue dans le prolongement de l’exposition de Nina Laisné, elle rassemble des artistes tels qu’Anastasia Simonin, Annette Messager, Julien Discrit, Patrick Neu ou Lois Weinberger autour des notions de porosité et d’interdépendance du vivant.
Enfin, le Frac présente également Portrait d’un lac, un focus consacré à une œuvre de Stéphanie Saadé. À partir d’une carte du Liban datant de 1938, l’artiste développe une réflexion sur la mémoire, le territoire et la fragilité des équilibres naturels et géopolitiques.
Une artiste à la reconnaissance internationale
Diplômée de l’École supérieure des Beaux-Arts de Bordeaux en 2009, Nina Laisné a développé une pratique mêlant cinéma, arts vivants et musique. Ses films et installations ont été présentés dans de nombreux pays ainsi que dans des festivals internationaux.
Depuis 2025, elle est artiste associée au Quartz, Scène nationale de Brest, et au Grand’R, Scène nationale de La Roche-sur-Yon. Elle prépare actuellement une nouvelle création avec le contre-ténor brésilien Rodrigo Ferreira et travaille à l’écriture de son premier long métrage avec Célia Houdart.
- Infos pratiques sur www.frac-franche-comte.fr


