Au musée des Beaux-Arts de Besançon, les toiles de Ceija Stojka racontent le génocide tsigane

Publié le 25/02/2026 - 18:00
Mis à jour le 03/03/2026 - 15:46

VIDÉO • Le musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon présente, du 27 février au 21 septembre 2026, l’exposition Ceija Stojka - "Garder les yeux ouverts", en partenariat avec le musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon. L'artiste autrichienne tsigane, déportée lorsqu'elle avait 10 ans, livre son témoignage à travers des peintures saisissantes.

C'est une exposition que la maire de Besançon Anne Vignot, souhaitait mettre en lumière au musée bisontin depuis 2018. La voici. Consacrée à l’artiste autrichienne d’origine rom Ceija Stojka (1933-2013), l’exposition propose une approche mêlant art et histoire, esthétique et mémoire. Elle réunit 113 œuvres, principalement issues de collections privées, à l’issue d’un travail commun entre les deux institutions bisontines.

Le commissariat est assuré par Amandine Royer, conservatrice des arts graphiques au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, et Vincent Briand, responsable du musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon.

Une artiste autodidacte et témoin du génocide des Roms

Née en 1933 dans le sud-est de l’Autriche, au sein d’une famille rom de la communauté lovara, Ceija Stojka grandit dans un contexte marqué par l’Anschluss de 1938 et la mise en œuvre de la politique raciale nazie. Arrêtée le 3 mars 1943 avec sa mère et ses cinq frères et sœurs, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau, puis transférée à Ravensbrück et Bergen-Belsen. Elle en sort vivante en mai 1945.

Si la Shoah est rapidement reconnue après-guerre, le génocide des Roms, dénommé Samudaripen en romani, reste longtemps ignoré. En 1988, à 55 ans, Ceija Stojka devient la première personne à en témoigner dans son pays en publiant Nous vivons cachés. Récits d’une Romni à travers le siècle. Elle y raconte son enfance et la déportation de sa famille.

L’année suivante, elle commence à peindre et à dessiner, de manière autodidacte, pour exprimer ses sentiments et souvenirs. Jusqu’à son décès en 2013, elle crée environ un millier d’œuvres. Aujourd’hui, elle est internationalement reconnue, apparentée à l’art brut, et considérée comme une figure emblématique des peuples roms et de leur extermination durant la Seconde Guerre mondiale.

Dans l’un de ses textes, elle écrit : "Si le monde ne change pas maintenant, si le monde n'ouvre pas ses portes et fenêtres, s'il ne construit pas la paix - une paix véritable - de sorte que mes arrière-petits-enfants aient une chance de vivre dans ce monde, alors je suis incapable d'expliquer pourquoi j'ai survécu à Auschwitz, Bergen-Belsen, et Ravensbrück."

Entre "oeuvres claires" et "oeuvres sombres"

Riche de 113 peintures et dessins, le parcours de cette exposition est structuré en trois sections explorant différentes facettes de l’œuvre.

La première est consacrée aux paysages, qui donnent à voir sa sensibilité extrême aux variations de la nature selon le temps et les saisons.

La deuxième rassemble les images de la déportation dans les camps de concentration nazis, mêlant le regard de l’enfant qu’elle était à celui de l’adulte qu’elle devint.

La troisième section s’attache au motif de l’œil, récurrent et polysémique dans son travail. Cet œil est présenté comme profondément empreint d’humanité, offrant un regard lucide, sensible et profondément humain sur le monde, des beautés de la nature à la violence des camps.

Traditionnellement, la production de Ceija Stojka est partagée entre "œuvres claires", évoquant la vie tsigane en roulotte, et "œuvres sombres", liées aux années de déportation. L’exposition entend dépasser cette vision binaire en proposant une lecture transversale à travers le motif de l’œil.

L’exposition se conclut par un focus sur la situation des Roms en France pendant la Seconde Guerre mondiale, à partir de l’exemple du camp d’internement d’Arc-et-Senans, en activité entre 1941 et 1943.

Inauguration spéciale et un programme culturel

Une soirée d’inauguration est prévue le vendredi 27 février, avec un concert de Zinda Reinhardt, artiste rom, de 20h à 21h30, suivi d’un set de DJ Click jusqu'à 22h, dans le hall du musée, en partenariat avec la Rodia dans le cadre des "Insolites".

Tout au long de l’exposition, un programme culturel accompagne la manifestation : visites guidées hebdomadaires le dimanche à 16h, visites et ateliers adaptés aux personnes en situation de handicap, visites scolaires, focus historiques accessibles dès 10 ans pour les visites libres, conférences organisées par le musée de la Résistance et de la Déportation avec des universitaires spécialistes de la Seconde Guerre mondiale et/ou de la culture rom, ainsi qu’une fresque évolutive et participative réalisée par l’artiste Olivia Paroldi dans l’escalier d’honneur du musée.

À travers cette exposition, le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon invite le public à découvrir la vie et l’œuvre de cette femme exceptionnelle, dont le travail contribue à la mémoire du génocide des Roms et à la connaissance de ces peuples, qui constituent aujourd’hui la plus grande minorité d’Europe.

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