Festival A DO MI CI LE : la scène au service du lien social à Besançon

Publié le 26/05/2026 - 18:00
Mis à jour le 26/05/2026 - 17:57

Le festival A DO MI CI LE revient le 2 juin à La Rodia avec trois créations originales réunissant artistes professionnels et personnes en situation de fragilité. Porté par la Boutique Jeanne-Antide, l'événement a pour objectif de créer du lien social grâce à la pratique artistique.

A DO MI CI LE est un festival né de l’initiative de la Boutique Jeanne-Antide, une association qui gère quatre structures d’accueil de jour destinées aux familles migrantes, aux mineurs non accompagnés, aux femmes victimes de violences ainsi qu’aux personnes en situation d’errance, avec le soutien de la Maison de Quartier Battant / Bains-Douches.

Créé au début de l’année 2009 par un comité d’animation composé de bénéficiaires de la Boutique Jeanne-Antide, le festival a pour vocation de réunir des artistes de tous horizons et des personnes en situation d’exclusion sociale autour d’un même projet artistique et culturel. “On y laisse une place importante aux personnes que l’on rencontre au fil des années dehors, dans les squattes puisqu’ils ont des tas de compétences artistiques”, souligne Ludovic Brenot, animateur de formation à la Boutique Jeanne Antide.

Après avoir longtemps été accueilli dans plusieurs structures, le festival A DO MI CI LE se déroule depuis trois ans à La Rodia.

Une édition placée sous le signe du lien social

Pour cette nouvelle édition organisée à La Rodia, trois projets originaux seront présentés au public lors d’un concert gratuit ouvert à toutes et à tous, le mardi 2 juin 2026.

Cette année marque également une première : le festival bénéficie du soutien de la SACEM et de la Fondation pour le Logement des Défavorisés. Ensemble, ces deux partenaires ont notamment créé le festival "C’est pas du luxe !", créé en 2012 afin de favoriser la rencontre entre des personnes en situation de fragilité et des artistes professionnels autour d’une pratique artistique commune. Organisé à Avignon, ce festival accueille chaque année près de 3 500 spectateurs pour 70 projets artistiques. Son objectif est de créer des relations durables et de proximité entre artistes et personnes fragilisées.

C’est en répondant à un appel à projets lancé par la Fondation pour le Logement des Défavorisés et la SACEM que la Boutique Jeanne-Antide a été récompensée pour son projet "De la rue à la rime", qui sera présenté lors du festival le mardi 2 juin. Ce partenariat permet aujourd’hui au festival A DO MI CI LE d’amplifier sa démarche.

"Aider les personnes en situation de fragilité à retrouver une place"

“Ce qui est génial à Besançon, c’est l’implication d’une scène culturelle engagée et  qui met à disposition ses réseaux et ses moyens. Grâce à la Rodia, il y a des conditions d’accueil qui sont extrêmement fortes et qui permettent de mettre en valeur ces projets, de leur donner une vraie dimension artistique”, explique Patrick Chassignet, responsable du secteur de la rue au logement et du festival “C’est pas du luxe! ”.

Le festival avait réuni 450 personnes lors de sa première édition à La Rodia, puis plus de 600 l’année suivante.

“On joue beaucoup sur le changement de regard. On croit que la pratique artistique aide les personnes en situation de fragilité à retrouver une place, leur estime de soi et on veut dévoiler leur potentiel”, observe Patrick Chassignet. 

Pour de nombreux participants, cette expérience a permis de retrouver une forme de dignité et de redonner du sens à leur vie. Certains reviennent même aujourd’hui en tant que spectateurs. Cette rencontre est également enrichissante pour les artistes professionnels, qui se confrontent à des personnes fragiles, qui ont elles-même beaucoup de choses à apporter. “On parle souvent de la place de l’artiste dans le projet mais il ne faut pas oublier la place de l’intervenant social qui sécurise, rassure, met en lien et qui remobilise, il y a un vrai travail derrière”,  ajoute Patrick Chassignet.

Au programme : trois projets originaux

“La programmation du festival de juin témoigne d’un engagement fort de la part de la scène de musique actuelle et sur les questions d’inclusion. Elle s’inscrit dans une dimension sociale forte dans notre activité et cela se traduit par de nombreuses actions. Nous avions à cœur de valoriser ce projet un maximum, car il va y avoir une très belle soirée le 2 juin”, mentionne David Demande, directeur de la Rodia. 

« Voix de femmes »

Dirigée par le musicien Jordan Teixeira, cette chorale réunit des femmes victimes de violences et de grande précarité accompagnées par les structures de la Boutique Jeanne-Antide.

Le projet propose des ateliers hebdomadaires mêlant chant, respiration, expression corporelle et travail collectif. Pensée comme un espace à la fois artistique et thérapeutique, cette initiative constitue un véritable outil de reconstruction, où les participantes retrouvent progressivement une place, une voix et une visibilité collective.

« Les Novil’Arts » avec Maggy Bolle

Né d’un partenariat entre La Rodia et l’association Présence, ce projet rassemble patients et soignants du Centre hospitalier spécialisé de Novillars autour d’une création musicale collective.

Depuis plusieurs années, Maggy Bolle accompagne ce collectif où la chanson devient un espace d’expression, de partage et d’affirmation de soi. Après une première représentation à La Rodia en décembre 2024 devant plus de 600 spectateurs, l’artiste bisontine et les Novil’Arts ont multiplié les expériences sur différentes scènes de la région. Au-delà de la création artistique, ce projet invite à interroger le regard porté sur la santé mentale et la place des personnes concernées dans l’espace public. “Je pense que c’est l’une des plus grandes émotions que l’on est eu ces dernières années à la rodia” souligne David Demande, directeur de La Rodia. 

La rencontre entre les patients et les soignants de Novillars et Maggy Bolle a également fait l’objet d’un film documentaire, Hôpital sans frontières, réalisé par Frédéric Arnoux. La première projection publique est prévue le mercredi 27 mai 2026 à 20 heures à l’Habitat Les Oiseaux (48 rue des Cras à Besançon). L’entrée est gratuite.

« De la rue à la rime » avec PRIMATE

Porté par le rappeur et beatmaker bisontin PRIMATE (Mathieu Robin), ce projet réunit des personnes accueillies au sein de l’accueil de jour Champrond de la Boutique Jeanne-Antide autour d’ateliers d’écriture rap, d’enregistrement et de préparation scénique.

Pendant trois semaines, les participants ont écrit leurs textes, travaillé leur flow, enregistré leurs morceaux et préparé une restitution scénique qui sera présentée pour la première fois au public lors du festival à La Rodia. L’objectif est de développer la confiance en soi, l’expression des émotions, la prise de parole, la cohésion de groupe et la valorisation personnelle. Lauréat national du dispositif « Création musicale dans le champ social », porté par la SACEM et la Fondation pour le Logement des Défavorisés, le projet pourrait également être invité à se produire lors du festival « C’est pas du luxe ! » à Avignon, précise Patrick Chassignet.

“C’est un vrai projet de société, de vivre ensemble dans les périodes où les choses se tendent et nous avons vraiment à coeur de rapprocher les gens qui se regardent à distance et de faire en sorte qu’on soit ce petit fléchissement, ce petit pas de côté qui est indispensable” conclut Patrick Chassignet. 

Infos +

  • Projection du film "L'Hôpital sans frontières" de Frédéric Arnoux (en présence de l'équipe du film) : Mercredi 27 mai 2026 à 20h/ Gratuit. Habitat Les Oiseaux ( 48 rue des Cras 25000 Besançon)
  • Festival A DO MI CI LE : Mardi 2 juin 2026 à 19h / Gratuit. La Rodia ( 4 avenue de Chardonnet 25 000 Besançon)

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