Dès le départ, place de la Révolution, des milliers de pancartes aux messages politiques, humoristiques et satiriques donnaient le ton de la manifestation. La foule occupait largement cette place de 7 000 m².
Le rendez-vous avait été fixé à 14 heures. Le cortège s’est finalement élancé vers 14 h 50 en direction de la Grande Rue, avec en tête Frédéric Vuillaume, militant et syndicaliste de Force ouvrière, connu notamment pour son engagement dès les débuts du mouvement des Gilets jaunes.
Slogans et musique ont accompagné une mobilisation réunissant toutes les générations, avec une présence particulièrement marquée de la jeunesse. L’atmosphère était alors celle d’une manifestation familiale, malgré une colère perceptible.
Nous avons notamment rencontré un lycéen de 17 ans, qui a souhaité conserver l’anonymat. Vêtu d’un gilet jaune, il explique être venu défendre plusieurs causes : "On est là pour toutes les luttes du moment : prix du carburant, en solidarité aux lycéens, à tout le service public." Il revendique également le port du gilet jaune comme un symbole du mouvement apparu en 2018. "J'avais 9 ans, je voyais le mouvement des Gilets jaunes à la télévision, mes parents faisaient partie de ce mouvement, ça m’impressionnait. Aujourd’hui, je suis impliqué dans cette lutte et c’est pourquoi ce gilet aujourd’hui", témoigne-t-il. Il avait alors neuf ans.
Du tunnel sous la Citadelle aux premiers signes de tension
Avant de rejoindre la préfecture du Doubs, le cortège a emprunté le tunnel sous la Citadelle. C’est à partir de ce passage que l’ambiance a commencé doucement à évoluer.
À l’entrée du tunnel, côté Tarragnoz, plusieurs manifestants munis d’une banderole se sont positionnés pour dissuader les autres participants de traverser. Nous avons tenté de comprendre leurs motivations, sans obtenir de réponse claire. Un climat de tension était perceptible. Malgré les appels à rester sur place, les manifestants ont poursuivi leur route et traversé le tunnel sans difficulté particulière.
Le cortège a ensuite continué son parcours. Un premier incendie de poubelle a été observé avenue Gaulard. À mesure que les manifestants approchaient de la préfecture, en passant par la Grande Rue puis la place Gravelle, la tension est montée d’un cran.
Certains participants ont alors commencé à s’équiper de masques à gaz, de lunettes de ski ou de plongée, ainsi que de vêtements robustes, laissant présager une confrontation possible.
Des violences sur le parvis de la préfecture
À leur arrivée sur le parvis de la préfecture, des manifestants ont lancé des ballons remplis de peinture contre la façade du bâtiment. Un incendie a également été allumé sur l’une des portes. Des déchets et une chaise de bureau ont ensuite été jetés dans les flammes.
Alors que l’on pouvait s’attendre à voir des camions de CRS et des véhicules de police positionnés rue Charles Nodier pour encadrer le rassemblement, comme lors de la manifestation lycéenne de moindre ampleur organisée le mardi 13 octobre, les forces de l’ordre étaient relativement peu nombreuses dans ce secteur à ce moment-là.
Des tirs de gaz lacrymogène ont néanmoins été effectués à de nombreuses reprises afin de repousser la foule en direction de la place Granvelle. Les dispersions ne duraient parfois que quelques instants. Les manifestants les moins bien équipés profitaient de ces accalmies pour reprendre leur souffle et se rincer les yeux au sérum physiologique, distribué en quantité au sein du cortège. Les provocations reprenaient ensuite.
Dans le même temps, le cortège s’est scindé en plusieurs groupes, qui ont tenté d’encercler le parvis de la préfecture et les forces de l’ordre présentes sur place.
Trois autres incendies de poubelles ont été observés dans les rues adjacentes : rue de la Préfecture, rue Charles Nodier, du côté de la place du Jura, et un troisième du côté de Chamars. Ce dernier était notamment alimenté par des palmes de palmiers installés sur la place.
Des échanges de gaz lacrymogène jusqu’à la place Granvelle
Les mouvements d’avancée et de recul se sont prolongés pendant un long moment. De la place Granvelle, où nous nous trouvions, les tirs de gaz lacrymogène se sont finalement intensifiés. Le nuage s’est propagé jusqu’à la fête foraine, avant de s’arrêter juste avant la terrasse de la Brasserie Granvelle.
Les policiers sont ensuite restés longuement positionnés à l’intersection de la rue Mégevand et de la rue de la Préfecture afin d’empêcher un groupe de manifestants, désormais beaucoup moins nombreux, de se rapprocher du bâtiment préfectoral.
Aux alentours de 18 heures, le calme était à peu près revenu dans ce secteur du centre-ville.
De nouvelles dégradations dans le centre-ville
Cette accalmie n’a toutefois été que temporaire. Une dizaine de minutes plus tard, des casseurs ont brisé la vitrine de la boutique Lacoste, dans la Grande Rue, ainsi que dégradé celle de la banque CIC.
Les mouvements se sont ensuite déplacés vers la place du 8-Septembre, où un nouvel incendie de poubelle a été allumé, avant de se poursuivre en direction de la place Pasteur, du pont Battant et de la place de la Révolution.
Sur cette dernière, les forces de l’ordre ont repoussé les manifestants vers le quai en empruntant la rue des Boucheries, entre la Buvette du Conservatoire et le Bunjin.
Des mortiers d’artifice, des pierres et des bouteilles en verre ont alors été lancés en direction des policiers. Ces derniers ont riposté à l’aide de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogène.
Peu avant que nous quittions les lieux, une foule était encore présente sur le quai, mais également sur la place Jouffroy d’Abbans, de l’autre côté du pont.


