TRIBUNE
"La santé : un enjeu plus politique que médical !
C’est ce qu’avance plusieurs soignants bisontins dans une tribune dédiée à alerter élus et concitoyens.
Une bonne santé, c’est généralement ce qu’on se souhaite à chaque nouvelle année. Un vœu pieux qui ne se réalisera pas pour plusieurs centaines de milliers de nos concitoyens, touchés par la maladie en 2026. C’est malheureusement le constat que font au quotidien nos soignants qui relèvent les effets sur leurs patients d’une hygiène de vie dégradée et trop de sédentarité d’une grande partie de la population.
Chaque année, les cancers, les maladies cardiovasculaires, la bronchopneumopathie chronique obstructive, sont la cause de plus de 320 000 décès. Un chiffre qui devrait nous faire réagir !
Savons-nous que notre santé est liée à 70% à des facteurs socio-économiques et environnementaux ? Plus de la moitié des maladies chroniques sont liées à une exposition environnementale. On estime que 40% des cancers (soit environ 140 000/an) sont évitables car liés à des expositions modifiables, comme le tabac, l’alcool, l’alimentation et les pesticides. La pollution atmosphérique joue également un rôle croissant, via l’émission de gaz à effet de serre et de particules fines (PM2,5).
Le remède : Investir d’abord dans la prévention avant de dépenser sans compter pour guérir
Tout le monde s’accordera à dire qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Or, les moyens d’agir se trouvent essentiellement à l’extérieur du système de santé. Ils concernent tous les secteurs de la société. Au-delà de l’irrationnalité d’un système qui tenterait de guérir des maux qu’il n’essaie pas de prévenir, le constat de l’insoutenabilité financière et écologique (le système de santé rend compte de 8% des émissions de CO2 en France) de notre système de santé actuel doit être partagé avec les citoyens.
L’action publique, parce qu’elle impacte les déterminants majeurs de la santé, par la modification de l’environnement, du cadre de vie et donc des habitudes individuelles, est le levier principal pour agir en créant un environnement favorable à la santé. Par exemple en promouvant une politique de transformation de nos modes de déplacement.
Selon l’OMS, marcher pendant 30 minutes ou faire du vélo pendant 20 minutes presque tous les jours réduit le risque de mortalité. La mortalité liée au cancer est inférieure de 30 % chez les personnes se rendant sur le lieu de travail ou à l’école à vélo.
Les collectivités locales, de par leurs compétences et leurs actions sur l’aménagement, ont le pouvoir d’agir directement sur la santé humaine. La végétalisation de la ville est également du ressort de l’action publique. Par modélisation, il est estimé que lors des grandes vagues de chaleur, une couverture arborée sur 50 % permet en moyenne un gain de 10°C de température ressentie à l’ombre
Nos politiques doivent agir pour plus de prévention
Privilégier la prévention, afin de réduire la charge de soins est un objectif à atteindre pour espérer sauver notre système de solidarité unique qui grâce à la couverture universelle permet la gratuité totale des soins pour nombre de maladies chroniques.
Sa sauvegarde est un enjeu de justice sociale prioritaire. En tant que soignants, nous estimons qu’il est de notre devoir d’alerter sur la menace pour la santé de tous d’une politique qui ne mettrait pas la prévention au centre du système.
En ces temps de campagnes électorales, municipales et bientôt nationales, nous souhaitons alerter nos concitoyens et leurs représentants sur l’importance des liens entre politiques publiques, environnement et santé. Nous souhaitons rappeler que le système de soins n’est finalement qu’un déterminant minoritaire de la santé. Nous les invitons à prendre en considération les conséquences des propositions de projets politiques de leurs candidats sur leur propre santé.
Nos références en chiffres à retrouver sur les sites internet : Fondation ARC ; Santé publique France ; Santégouv.fr ; OMS ; Académie nationale de médecine ; Shift Project"


