Professeur d’histoire-géographie, proviseur, Dasen, mais aussi passé par le ministère de l’Éducation nationale, Pierre Moya a exercé de nombreuses fonctions au sein de l’institution. Un parcours qui lui permet aujourd’hui d’avoir une vision "particulièrement large du système éducatif".
Pour son arrivée en Bourgogne-Franche-Comté, le nouveau recteur veut surtout aller sur le terrain. "C’est dans les écoles et les établissements que l’on sent la réalité du fonctionnement éducatif", estime-t-il. Il promet donc de se déplacer régulièrement pour "prendre le pouls" de l’académie et rencontrer celles et ceux qui la font vivre : personnels, représentants syndicaux, parents d’élèves, élus, acteurs économiques et culturels ou encore services de l’État.
Pour sa première rentrée, le recteur s’inscrit dans la continuité du travail engagé par sa prédécesseure, Nathalie Albert-Moretti, tout en affichant plusieurs priorités. Première d’entre elles : l’exigence scolaire. "On a le devoir d’ouvrir le champ des possibles" à tous les élèves, affirme-t-il, en refusant toute forme "d’assignation sociale ou territoriale". L’académie de Besançon affiche selon lui, des résultats satisfaisants, mais ceux-ci ne se "traduisent pas ensuite dans une poursuite d’études qui sont à la hauteur des résultats obtenus".
Quatre grandes priorités pour la rentrée 2026
Le recteur entend suivre les quatre grandes priorités fixées par le ministre de l’Éducation Nationale : instruire, protéger, unir, prévoir.
Instruire
La maîtrise du langage et le raisonnement scientifique seront notamment au cœur de la feuille de route du recteur qui veut renforcer les efforts autour de la lecture, des mathématiques et des sciences, tout en encourageant davantage les filles à s’orienter vers les disciplines scientifiques. Il entend également "tenir les deux bouts du spectre" : en accompagnant les élèves les plus fragiles sans pour autant se désintéresser des meilleurs.
Protéger
Autre priorité : la protection des élèves et des personnels. L’académie renforcera la prévention des violences sexuelles et du harcèlement, avec notamment la poursuite du programme "Phare". L’accent sera ainsi mis sur la formation des personnels pour leur permettre de "décrypter les signaux de mal-être, être capable d’accueillir la parole des enfants et savoir passer le relais aux bonnes personnes". L’académie s’appuiera pour cela sur le programme "EVAR/EVARS". "L’école doit rester un lieu sûr et un lieu de confiance", a insisté Pierre Moya.
La question de la place des écrans et du téléphone portable sera également centrale. La mesure est d’ailleurs abordée comme une préoccupation de santé mentale. La nouvelle réglementation qui interdit l’usage du portable au lycée devra être déclinée progressivement et établissement par établissement : "on va avoir quelques semaines pour que les choses se mettent en place de manière concrète". Il va notamment falloir "consulter les conseils de vie lycéenne et modifier les règlements intérieurs" car la loi prévoit des dérogations a précisé le recteur. L’objectif visé par le ministère étant de favoriser les interactions sociales entre les élèves.
Unir
Troisième pilier de la feuille de route du recteur : "unir". Parce que "l’école doit rester le socle de l’unité nationale" et qu’elle doit continuer à former des citoyens, un travail sera mené autour de la laïcité, de la lutte contre les discriminations et sur l’importance de l’égalité filles-garçons.
Le devoir de mémoire sera également mis en avant, avec notamment la commémoration du 11-Novembre dans les établissements. Autre sujet sur lequel le recteur souhaite mettre l’accent cette année : le masculinisme qui vient, selon lui, "polluer le quotidien de nos adolescents".
Prévoir et anticiper
Le recteur veut enfin préparer l’académie aux transformations à venir liés à la baisse démographique qui touche l’académie depuis près de 15 ans. Après avoir déjà perdu environ 28.000 élèves en dix ans, la région pourrait en compter 30.000 de moins au cours de la prochaine décennie.
Pour Pierre Moya, cette évolution doit être "anticipée plutôt que subie". Il souhaite davantage de transparence sur les chiffres, des décisions adaptées aux réalités de chaque bassin de vie et une meilleure prise en compte des mobilités et de l’accès aux établissements. "Il faut penser une politique d’aménagement du territoire par et autour de l’école", résume-t-il.
Canicule, cybersécurité et IA : préparer l’école de demain
Le nouveau recteur veut enfin inscrire l’académie dans une logique d’anticipation. Après les épisodes de canicules subie dès le début d’été 2026, le recteur entend mieux préparés ces épisodes de fortes chaleurs pour les années à venir. Il envisage pour cela de travailler avec les collectivités, anticiper en achetant par exemple des climatiseurs pour les salles d’examen. Il faudra également poursuivre la sensibilisation auprès des élèves sur les questions de changement climatique "sans tomber dans une vision trop anxiogène non plus" mais en abordant "nos moyens d’agir pour lutter contre celui-ci".
L’académie entend aussi renforcer sa cybersécurité, après deux attaques importantes survenues durant l’été qui restent néanmoins "sans conséquence pour le fonctionnement de la rentrée", avance Pierre Moya.
Enfin, l’intelligence artificielle fera l’objet d’un plan spécifique en 2026-2027. L’objectif n’est pas de freiner cette révolution, mais d’en permettre un usage "maîtrisé et raisonné", nous explique Pierre Moya dans notre vidéo.
Avec 191 461 élèves attendus à la rentrée dans l’académie et un nombre moyen d’élèves par classe qui continue de baisser, Pierre Moya veut ainsi conjuguer continuité et anticipation. "Nous avons les moyens d’agir, d’infléchir des destins", résume-t-il, faisant de l’école un "porteur d’espoir pour notre société".


