Un ingénieur bisontin dyslexique crée une application pour faciliter la lecture des enfants dyslexiques

Publié le 08/08/2026 - 08:00
Mis à jour le 07/08/2026 - 14:52

Ingénieur biomédical de formation, Vincent Minoconetti, un Bisontin de 29 ans, a créé Easylex, une plateforme numérique qui adapte la présentation des textes pour faciliter la lecture des enfants dyslexiques. Né lors du Hacking Health de Besançon en 2021, le projet est aujourd’hui testé dans plusieurs établissements scolaires avant une ouverture au grand public prévue avant fin 2026.

Une idée née à Besançon, portée aujourd’hui depuis l’autre bout du monde. Vincent Minconetti poursuit actuellement un doctorat à l’université de Bâle et travaille sur le paludisme en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Mais il continue de consacrer une partie de son temps à Easylex, une application qu’il a imaginée pour répondre à une problématique qui le concerne directement : la dyslexie.

À 29 ans, cet ingénieur de formation n’a jamais oublié les difficultés rencontrées pendant sa scolarité. Lui-même dyslexique, il a bénéficié d’un accompagnement précoce qui lui a permis de poursuivre des études longues.

C’est en octobre 2021, lors du Hacking Health de Besançon, que le projet prend véritablement forme. Le principe de cet événement est de partir d’un besoin concret pour imaginer une solution. Vincent Minconetti arrive alors avec une problématique : comment proposer un outil efficace, accessible et scientifiquement fondé pour accompagner les enfants dyslexiques ?

Une application imaginée à partir d’un vécu personnel

La dyslexie reste encore entourée de nombreuses idées reçues. Pour Vincent Minconetti, l’une des principales est de penser que ce trouble limiterait les capacités des personnes concernées : ”Le plus gros préjugé, c’est qu’on ne fait que des métiers manuels. Les longues études, ce n’est pas pour nous, ce qui est faux.”

Il en est la preuve, son propre parcours démontre le contraire. Après une formation d’ingénieur en génie biomédical à l’Institut supérieur d’ingénieurs de Franche-Comté à Besançon, il poursuit aujourd’hui une thèse en santé publique et en épidémiologie. Mais il reconnaît aussi avoir eu un accompagnement qui a joué un rôle déterminant. Sa dyslexie a été repérée dès la classe de CP, puis prise en charge grâce à un suivi orthophonique pendant plus de 12 ans. ”Moi, j’ai eu énormément de chance", nous dit-il, une chance qu’il souhaite aujourd’hui contribuer à rendre plus accessible à d’autres enfants.

Rendre la lecture moins fatigante

La dyslexie ne correspond pas seulement à une difficulté à lire rapidement. Elle peut rendre chaque texte particulièrement exigeant sur le plan cognitif. ”La correspondance entre ce qu’il y a sur notre feuille et ce qui se passe dans notre tête n’est pas automatique", nous explique-t-il.

Pour les personnes dyslexiques, le déchiffrage demande davantage d’efforts. La lecture peut alors devenir une activité très fatigante au quotidien, ”a la fin de la journée, par exemple une journée de cours en première au collège, on est exténué”, se souvient Vincent. C’est précisément sur cette difficulté qu’Easylex souhaite agir.

Des documents scolaires adaptés en quelques secondes

Le fonctionnement de l’application est simple : l’utilisateur charge un document sur la plateforme ou photographie un texte avec un téléphone ou une tablette. Easylex transforme ensuite le document en proposant une mise en page adaptée.

L’outil agit notamment sur l’espacement entre les mots et les lignes, la couleur du fond ou encore la présentation des syllabes. ”On adopte vraiment la mise en page pour rendre la lecture la plus fluide possible et la moins fatigante possible”, explique l'ingénieur.

Le choix d’une plateforme web répond aussi à une volonté de rendre l’outil facilement accessible, mais Easylex deviendra dans son évolution, une application mobile.

Vincent Minconetti © DR

Des tests menés avec des écoles et des professionnels

Depuis 2023, Easylex a franchi plusieurs étapes. Après avoir obtenu des financements et remporté plusieurs concours, le projet est entré dans une phase de tests auprès d’établissements scolaires. Une troisième version de l’application est notamment expérimentée depuis la rentrée 2025 dans une école spécialisée de la région de Colmar, le DITEP Laforge.

L’objectif est d’améliorer l’outil directement avec ceux qui l’utilisent : élèves, enseignants et professionnels de l’accompagnement : ”on co-crée ensemble la solution”, souligne Vincent.

Les premiers retours sont encourageants. ”Ils sont quand même très contents. Ça les soulage vraiment et ça répond vraiment à leurs besoins”, nous rapporte-t-il.

Pour autant, Easylex ne cherche pas à remplacer les orthophonistes. Le créateur insiste sur le rôle complémentaire de son application. : "Easysilex, c’est un outil d’aide. Ce n’est pas un outil de rééducation et c’est là où il y a la différence avec l’orthophonie.”

Une ouverture au public prévue en 2026

Actuellement accessible uniquement dans le cadre d’une bêta fermée, Easylex devrait prochainement être proposé au grand public. Le lancement, initialement envisagé plus tôt, est désormais prévu courant 2026. Le modèle économique reposera sur un abonnement, avec une version gratuite limitée et une offre payante donnant accès à toutes les fonctionnalités. Le tarif devrait rester inférieur à dix euros par mois. Un choix cohérent avec l’objectif affiché depuis le début : proposer une solution accessible au plus grand nombre.

Vincent Minconetti exclut notamment le recours à la publicité destinée aux enfants ou la valorisation des données personnelles des utilisateurs : ”C’est hors de question de mettre une pub dans les mains d’enfants.”

”Donner les mêmes chances à tous les enfants”

Pour Vincent Minconetti, Easylex s’inscrit dans une réflexion plus large autour de l’école inclusive. Selon lui, le manque de moyens humains et financiers reste l’un des principaux obstacles pour permettre un accompagnement réellement personnalisé. Mais il souligne aussi l’engagement des enseignants rencontrés au cours du projet : ”Ça prend vraiment la volonté d’une ou deux personnes pour pouvoir implémenter tout ça.”

Dans les prochaines années, l’objectif est de continuer à développer l’outil, avec notamment de nouvelles fonctionnalités et peut-être des adaptations pour d’autres troubles comme la dysorthographie, mais l’ambition première reste la même : permettre aux enfants dyslexiques de ne pas être freinés dans leur parcours : ”J’ai envie qu'un enfant dyslexique ait les mêmes chances qu’un autre enfant.”

Un objectif qui fait écho à son propre parcours. Celui d’un enfant dyslexique devenu ingénieur, chercheur, et aujourd’hui entrepreneur pour transmettre à d’autres la chance qu’il a lui-même reçue.

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