Dans un communiqué de ce vendredi, le mouvement et les élus écologistes du conseil municipal de Besançon appellent le maire, Ludovic Fagaut, à appliquer les mêmes exigences à l’ensemble des responsables politiques, quelle que soit leur appartenance. Les signataires condamnent explicitement l’emploi de l’insulte "nazi", ainsi que les attaques visant le maire et sa famille. "La banalisation des génocides est inacceptable", rappellent-ils. Ils estiment toutefois que cette condamnation doit s’accompagner d’une position tout aussi ferme face aux menaces et aux propos racistes visant d’autres élus.
Les signataires reviennent sur plusieurs événements pour étayer cette critique et dénoncent ce qu’ils considèrent comme un "deux poids, deux mesures" de la part du maire. Il s’agit de leur appréciation politique des faits, qu’ils invitent à examiner à la lumière de déclarations, de votes et d’épisodes rapportés dans la presse.
La référence aux Khmers rouges en question
Premier élément cité : une déclaration de Ludovic Fagaut datant du 11 septembre 2020. Selon L’Est Républicain du 12 septembre, il avait alors qualifié la politique d’Anne Vignot d’"idéologie Khmer vert". Les Écologistes estiment que cette expression renvoie à l’histoire d’un régime génocidaire et interrogent la cohérence du maire dans sa dénonciation des termes qui banalisent les crimes de masse. "Où était alors sa vigilance sur le poids des mots ?", demandent-ils.
Les menaces visant Séverine Véziès
Le mouvement évoque également les menaces de viol dont Séverine Véziès a été victime le 21 mai 2025, lors d’une réunion politique en visioconférence, selon maCommune.info du 23 mai 2025. D’après les Écologistes, le groupe municipal de Ludovic Fagaut avait condamné ces agissements, mais ils indiquent ne pas avoir connaissance d’une prise de position publique personnelle du maire. Ils lui reprochent notamment l’absence de soutien public à Séverine Véziès. "Alors candidat, n’avait-il pas le devoir de condamner ces menaces de viol ?", écrivent-ils.
Le vote contre une motion sur les attaques racistes
Les Écologistes s’appuient également sur la situation de Hasni Alem, élu d’opposition à Besançon. Le 31 mars 2026, celui-ci avait déposé une troisième plainte depuis 2022 pour des insultes racistes et du harcèlement en ligne, selon L’Est Républicain. Le 23 avril suivant, une motion présentée par Aline Chassagne a été soumise au conseil municipal. Elle visait à dénoncer les attaques racistes contre des élus et à affirmer la solidarité de l’assemblée municipale envers les victimes.
Le texte citait explicitement Hasni Alem : "Prenons l’exemple concret de notre collègue élu, Hasni Alem, qui a dû déposer plainte pour la troisième fois contre des insultes racistes récurrentes sur les réseaux sociaux, ciblant son nom et ses origines supposées."
La motion a été rejetée par 42 voix contre, 10 pour et trois abstentions, selon le procès-verbal du conseil municipal du 23 avril 2026. Les Écologistes reprochent à Ludovic Fagaut d’avoir voté contre le texte, qu’ils considèrent comme un geste de solidarité envers les élus victimes de racisme. "Où était alors son exigence ? Où était son soutien à Hasni Alem ?", interrogent-ils.
L’épisode Némésis et la réaction du maire
Autre événement évoqué : l’intervention du collectif identitaire d’extrême droite Némésis lors de la cérémonie des vœux d’Anne Vignot aux agents de la Ville, le 8 janvier 2025. Le collectif avait fait irruption pendant l’événement, brandissant une banderole et distribuant des tracts portant notamment la mention "Anne Vignot, soutien aux violeurs étrangers".
Lors du conseil municipal du 20 février 2025, Ludovic Fagaut avait déclaré avoir écrit à Anne Vignot pour dénoncer ce qui s’était passé, selon le procès-verbal de la séance. Les Écologistes estiment néanmoins que cette démarche ne s’est pas accompagnée d’une condamnation publique personnelle suffisamment explicite du collectif et de ses agissements. "Pourquoi tant de retenue de la part de M. Fagaut, pourtant si friand de communication publique ?", demandent-ils.
Le communiqué mentionne également Yona Faedda, porte-parole du collectif et soutien déclaré de Ludovic Fagaut pendant la campagne de 2026. Elle a depuis été condamnée en première instance pour diffamation, mais les Écologistes demandent au maire de préciser sa position sur les agissements de Némésis.
Un débat sur la cohérence politique
À travers ces différents exemples, les Écologistes contestent la manière dont Ludovic Fagaut intervient dans les débats sur les insultes et les menaces. Ils considèrent que la condamnation de propos visant un responsable politique ne doit pas empêcher d’interroger les déclarations et les décisions de ce même responsable dans d’autres circonstances.
Le mouvement estime notamment que les appels à condamner les insultes ne doivent pas se substituer aux réponses attendues sur les dossiers municipaux, et critique également les menaces de recours judiciaire lorsque le débat politique se tend. "La lutte contre le racisme, les menaces et la banalisation des génocides ne peut pas dépendre de l’identité politique des victimes ou des auteurs", résument les signataires, qui réclament davantage de constance de la part du maire, tout en réaffirmant leur opposition aux attaques qui le visent personnellement. "La menace est facile. La cohérence, l’exemplarité et le respect des mêmes exigences pour tous le sont manifestement moins", conclut leur communiqué.


