Æncrages & Co ou l’art d’éditer la poésie

Publié le 02/09/2016 - 10:16
Mis à jour le 02/09/2016 - 10:17

Depuis 1978, la maison d’édition Æncrages & Co, aujourd’hui basée à Baumes les Dames dans le Doubs, a pour volonté d’instaurer un dialogue entre poètes et plasticiens, deux arts bien différents mais complémentaires. Claire Perrin, jeune éditrice passionnée, a accepté de nous ouvrir les portes d’Æncrages pour mieux nous expliquer ce qui s’y cache derrière…

Une histoire parsemée d’épreuves

Æncrages & Co a ouvert ses portes en 1978 dans les Vosges. Créée par Roland Chopard, cette maison d’édition s’est tournée dès ses débuts vers la poésie. "Les grandes maisons d’éditions, telle que Gallimard par exemple, avait tendance à laisser de côté les petits poètes contemporains. Il ne prenait que de grands noms ce qui finalement évitait toute prise de risque" raconte Claire.

En 1998, Æncrages est détruit par un incendie. Roland Chopard s’en remet et persévère dans son projet. En 2004, la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) ainsi que le Centre Régional du Livre (CRL) de la région de Franche Comté, lui proposent alors de venir s’installer à Baume les Dames dans le Doubs et lui offre un premier local dans lequel il y posera ses machines. En 2007, l’histoire se répète et la maison d’édition est à nouveau frappée par un incendie. La cause demeure encore inconnue aujourd’hui. Un nouveau local lui sera alors proposé.

Claire quant à elle, rejoint Roland en 2014. Après ses études en lettres modernes à Clermont et un master d’édition à Grenoble, elle part travailler à Paris quelques mois. Quelques mois seulement, puisque très rapidement, une annonce pour un poste dans une maison d’édition attire son attention. Elle y postule pour y passer un entretien qui sera concluant. Nous sommes en mars 2014 et Claire intègre Æncrages & Co.

Une méthode fait maison

"Il faut vraiment avoir un rythme soutenu. En moyenne, nous devons sortir huit titres par an c’est pour cela qu’il est aussi important de développer les partenariats avec les libraires" explique Claire. Æncrages & Co travaille régulièrement avec une centaine de libraires français mais aussi des libraires belges et suisses. La maison d’édition a tout de même déjà publié en anglais comme Robert Wyatt ou encore en allemand avec la poétesse Rose Aüslander. Avant d’arriver à cette notoriété, la maison d’édition a du parier sur des noms d’auteurs inconnus à l’époque. L’un des premiers à avoir été publié par Æncrages est Michel Butor, figure phare du Nouveau Roman, décédé le mois dernier mais aussi Claude Louis Combet ou Bernard Noël. Grâce à ses noms, la maison d’édition a pu se développer.

La méthode pour concevoir un livre est composée en plusieurs étapes. Entre le moment de la réception du livre et sa sortie s’écoule en général une année.

Suite à la lecture du texte, un contrat entre la maison d’édition et l’auteur est signé. Puis, une demande de subvention est faite. En effet, Æncrages garde un statut d’association. De ce fait, les subventions du CRL et du CNL (Centre National du livre) constituent 50% du budget de la maison d’édition. "Æncrages est soumis à deux sessions régionales, une en avril et l’autre en juin. Il faut créer un dossier, le plus souvent composé de deux livres. L’aide est basée sur ton devis de fabrication. En général, il y a quatre mois d’attentes pour avoir une réponse" explique Claire. Quant au CNL, trois sessions sont organisées chaque année. La démarche reste la même qu’avec le CRL. "Il faut défendre ses livres. On explique pourquoi ils sont importants pour nous et pourquoi nous souhaitons les éditer. Sans ces subventions, il serait très difficile de travailler. La plupart des éditeurs sont souvent seuls et gardent un emploi à côté de leur activité. Nous, nous arrivons quand même à générer de l’argent grâce aux ventes" ajoute Claire. Les sessions du CNL ont lieu en octobre, en février et en juin.

Une fois les subventions accordées, une date de publication est prévue avec l’auteur et un temps de travail est consacré au texte avec lui. La fabrication peut ensuite débuter. Æncrages compose ses textes en typographie, méthode de Gutenberg. Tout est fait à la main sur une linotype, machine composée au plomb utilisant un clavier alphanumérique à 90 caractères qui permet de produire la forme imprimante d’une ligne de texte d’un seul tenant. Le tout est ensuite imprimé sur une presse à cylindres pour sortir en grandes feuilles. Il faut ensuite réaliser le façonnage, la dernière étape qui donne à l’ouvrage son aspect final. "On fait d’abord le pliage des feuilles en cahier, on assemble ensuite les cahiers avec une couseuse puis on colle la couverture" explique Claire. Du fait de la méthode, la maison d’édition demande aux auteurs des textes de moins de 200 pages. A long terme, Æncrages souhaiterait développer sur tout le territoire son activité d'atelier typographique pour transmettre ce savoir faire en voie de perdition.

Les missions de Claire, éditrice

La communication, étant primordiale, fait partie de son quotidien. C’est là que les réseaux sociaux et le site internet interviennent. Les taches administratives sont aussi gérées par Claire comme la comptabilité ou les demandes de subventions.

"Dans l’édition, il y a un diffuseur, qui est  en général un organisme qui présente les produits à placer auprès des libraires et un distributeur qui stocke et envoie les livres" explique Claire. Æncrages réalise sa propre diffusion, une autre mission de Claire. "La diffusion chez nous est particulière. Il existe un groupement de diffuseurs indépendants des éditeurs, le GIDDE (créé en 2011). Du coup, je m’occupe, en plus de la nôtre, de la diffusion de trois autres maisons d’édition, une à Limoges, une en Suisse et une autre en Franche Comté" ajoute-t-elle.

La mission principale de Claire reste tout de même la sélection des textes avec Roland. "A chaque réception d’ouvrages par voie postale, je lis les cinq premières pages puis les cinq dernières pour me faire une opinion" explique-t-elle. "Chacun a sa propre sensibilité. Je peux moi ne pas aimer quelque chose qui peut plaire à un autre d’où la variété d’éditions. Comme pour la musique, il y a des genres. C’est très subjectif" ajoute-t-elle. Lorsqu’un texte est refusé, Claire prend le temps d’expliquer les raisons de manière constructive pour l’auteur. La maison d’édition en reçoit dix par mois en moyenne. Après avoir participée à un salon, elle peut en recevoir dix par semaine.

Les salons, à l’origine de beaucoup de projets

Æncrages & Co participe chaque année à des salons en France comme le Marché de la Poésie à Paris ou Les voies Vives en Méditerranée à Sète mais aussi en Belgique et en Suisse. Avec une moyenne de huit à dix salons par an, y participer leur permet de faire et d’étoffer des contacts. Les maisons d’éditions y présentent leur catalogue, expliquent leur méthode de fabrication et échangent directement avec le public ce qui est très important pour Claire. De plus, grâce aux salons beaucoup de projets naissent par le biais des rencontres avec des artistes. "C’est très riche. Il y a des temps de lectures par des poètes et des manifestations réalisées par des artistes comme de la danse par exemple. C’est important de montrer que l’on peut entremêler plusieurs disciplines" raconte Claire. Des temps de musique et des expositions sont souvent organisés dans le cadre de ces salons.

"Quelqu’un qui veut être édité doit être passionné"

C’est en tout cas la vision de Claire. D’après elle, il faut être sûr de soi et de sa capacité à retravailler son écriture et de ce fait, à accepter des critiques. C’est un travail très long d’après elle. "Un jeune poète va plus facilement être édité parce qu’il aura avant été publié dans des petites revues" avoue-t-elle. "l faut être à 200%. Il est impossible de publier un livre et d’espérer qu’il soit connu par lui-même. Dans la poésie, il faut aller vers les gens et pas l’inverse. Il ne faut pas avoir peur, la poésie est accessible à tous" ajoute-t-elle.

Æncrages & Co propose un réel accompagnement et un travail de fond avec les auteurs. De plus, cette maison d’édition fait partie des dix dernières en France à réaliser sa fabrication par elle-même du début jusqu’à la fin. "On n’apprend plus à l’école la typographie. Avant il y avait un CAP. C’est le même sort pour les relieurs, il y en a de moins en moins" déplore-t-elle. Pourtant, d’après elle, les gens lisent encore beaucoup. "On a l’impression que les gens achètent moins de livres avec les nouvelles technologies mais c’est faux d’après ce que je vois en salon".

A l’avenir, Claire aimerait voir la maison d’édition se développer. Transmettre un savoir faire en perdition pourrait devenir une priorité à très long terme mais surtout participer activement à la découverte de nouveaux  auteurs et poètes. En attendant, elle continue son chemin au sein d’Æncrage & Co. La poésie est au centre de sa vie. Tous les jours, elle partage cette passion avec des artistes mais aussi avec des curieux qui pourraient à long terme devenir eux même artistes. Qu’ils se rassurent, Claire confie à maCommune.info, amusée, qu’elle est ouverte aux pots de vins..."surtout rouges" précise-t-elle.

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