Nommé maître d’école à Maîche en 1964, Jacques Delacour avait fait de l’entrée de ses élèves dans l’écriture et la lecture le combat de sa vie. Refusant l’échec de trop nombreux enfants, il avait mis au point, à force de lectures savantes, pédagogiques et universitaires, à force d’observations et d’expérimentations, de tâtonnements et d’élaboration d’outils, une méthode d’entrée dans l’écrit (écrilu) qui lui permettait d’afficher, année après année, des résultats spectaculaires : aucun enfant ne sortait de ses classes sans savoir lire, écrire et orthographier le français. Mettant en relation les travaux de linguistique de Saussure, ceux de la spécialiste de l’orthographe Nina Catach, les pratiques de Montessori et de Freinet, les outils de Caleb Gattegno, les adaptant à ses découvertes et aux besoins de ses élèves, il n’avait cessé de perfectionner sa pratique.
Devenu directeur de son école en 1973, il avait convaincu ses collègues, et sa méthode s’était généralisée dans l’école, au plus grand bénéfice des élèves. Il était sollicité pour expliquer les fondements de sa pratique et les raisons de son efficacité, et intervenait dans la formation des maîtres ou dans les écoles d’orthophonie. Retiré à sa retraite en 1992 à Morre, puis dans le village d’École- Valentin (ce qui pour un amoureux de l’école ne peut pas étonner !), il n’avait pourtant pas renoncé à diffuser ses travaux, et à tenter de persuader l’institution scolaire.
Soutenu par son épouse Monique, complice de ses travaux et de sa passion pour l’enseignement de la lecture, développant un site internet (ecrilu.fr), formant des maîtres, des inspecteurs, continuant à lire et à commenter tous les travaux de recherche jusqu’aux plus récents, échangeant avec les enseignants-chercheurs, accompagnant la thèse d’une enseignante qui expérimentait sa méthode, écrivant à chaque ministre successif de l’éducation nationale, à chaque recteur arrivant à Besançon, à chaque DASEN prenant ses fonctions, il n’a jamais renoncé à l’espoir de voir sa méthode prendre pied dans l’institution scolaire. À défaut, il a connu la satisfaction de voir naître un réseau national (CAP’ELOdys) sous la férule d’une de ses disciples, Céline Sauvageot, ancienne professeure des écoles reconvertie dans la formation de praticiennes et de praticiens dans toute la France depuis 2024 (plus d’une centaine à ce jour).
Son combat pour la lecture lui fournissait, après le décès de son épouse en 2023, l’énergie du combat contre la maladie depuis quelques années. Il s’est éteint dans la tendresse de ses enfants et petits-enfants.



