"France-Comté" : Floriane Miny imagine une France sous le RN et fait de Besançon un bastion de la résistance

Publié le 05/09/2026 - 08:30
Mis à jour le 04/09/2026 - 15:15

INTERVIEW • Et si la France devenait une entreprise ? Dans France Comté, son premier roman publié le 26 juillet 2026 en autoédition, Floriane Miny imagine un futur proche où le Rassemblement national gouverne le pays, les droits sociaux reculent et le pouvoir se concentre entre quelques mains. Installée à Oslo après avoir vécu une quinzaine d’années à Besançon, l’auteure fait de la capitale comtoise l’épicentre d’une résistance sociale, entre dystopie politique, humour absurde et clins d’œil au patrimoine local.

Qu'est-ce qui a été le déclic pour écrire France-Comté ? Pourquoi avoir choisi la dystopie plutôt que le roman politique ou le thriller ?

Floriane Miny : "En 2024, nous avions publié avec Sylvain Bonassoli un recueil de nouvelles, Double Je(u), écrit donc à quatre mains. Cela m’avait plu et j’ai voulu poursuivre l’expérience. C’est une activité qui nécessite peu de moyens matériels et qu’on peut faire partout, par exemple au chaud à la bibliothèque — l’hiver est long et froid à Oslo. J’ai eu l’idée de départ, le rachat du pays, en janvier 2025 et j’ai ensuite déroulé le fil. Je m’orientais au départ vers une utopie mais en chemin, la dystopie s’est imposée pour mettre en scène cette France du futur proche, cassée, avec une implication politique évidente puisque le livre est un objet politique."

Votre roman imagine une France gouvernée par le Rassemblement national. Cherchez-vous à faire un exercice de fiction ou un avertissement politique ? Qu'est-ce qui, selon vous, relève aujourd'hui de la fiction… et qu'est-ce qui pourrait devenir une réalité ?

Floriane Miny : "Avec ce roman, je voulais contribuer à sonner l’alarme sur les effets néfastes du néo-libéralisme et sur la montée de l’extrême-droite, en France comme ailleurs. Comme beaucoup d’autres, je navigue entre peur et incompréhension face à ce retour en force des idées haineuses, clivantes et destructrices. Une présidence du Rassemblement National (qui nous pend au nez) n’apporterait certes rien de bon à la France et à ses habitants. Mais au-delà de ces batailles incestueuses entre partis, il faudrait évoluer en profondeur. Depuis de nombreuses années, c’est un festival d’élu·es, plus ou moins haut placés, qui détournent des biens, de l’argent, qui s’arrangent pour ne pas suivre les lois qu’ils imposent par ailleurs, pour monter des plans d’évasion fiscale. Combien de scandales nous faut-il pour ouvrir les yeux ?"

On pourrait qualifier votre roman de militant. Qu’en pensez-vous ?

Floriane Miny : "Ce roman se veut effectivement militant, en réaction à ce climat mondial où l’on jongle avec Trump et Poutine, où la Palestine disparaît sous nos yeux, où chaque jour l’eau est plus polluée. En confiant les rênes à ces gens qui vivent dans une autre réalité, on les laisse nous conduire droit dans le mur. Je ne prétends pas changer le monde avec cette histoire, mais comme l’un des personnages du livre, c’est ma manière d’apporter ma planche à la barricade."

Pourquoi avoir fait de Besançon l'épicentre de la résistance ? Pensez-vous que la Franche-Comté possède une identité particulière qui se prête à cette histoire ? Expliquez-nous.

Floriane Miny : "L’un des conseils que j’ai reçu (particulièrement judicieux dans le cadre d’un premier roman), est d’écrire sur ce que l’on connaît. Je l’ai simplement appliqué. J’ai grandi dans le Jura et j’habite à Oslo, mais si l’on me demande d’où je viens, je réponds Besançon.

Cette ville possède une richesse culturelle et militante extraordinaire, dont les habitant·es peuvent être fiers. Les mouvements sociaux, tels qu’à la Rhodiacéta ou à Lip, font partie des moments forts de l’histoire du monde ouvrier. La réputation des Franc-Comtois·es et de leurs caractères bien trempés n’est plus à faire, cette région était donc le lieu idéal pour une histoire de révolte sociale. Le Comté, la star du patrimoine local, présent dans mon assiette depuis l’enfance, devait donc aussi figurer en bonne place dans l’intrigue.

Dans mes lectures, j’apprécie beaucoup l’absurde, chez Kafka, Vonnegut, Camus ou Heller par exemple. Je me suis amusée à construire ce monde où les gens acceptent de perdre des libertés essentielles, d’évoluer dans une vie ultra-contrôlée, mais l’irréductible village Comtois se braque totalement si on leur dit de faire du Comté au lait de soja."

Les Bisontins reconnaîtront-ils des lieux ou une ambiance qui leur sont familiers ?

Floriane Miny : "Tout à fait, l’intrigue se déroule principalement à Besançon, et tout particulièrement dans le quartier Rivotte dont j’ai habité presque toutes les rues. J’ai aussi disséminé ici et là quelques clins d’œil à de vieilles connaissances."

Le titre joue sur le double sens entre "France-Comté" et "Franche-Comté". Comment est née cette idée ?

Floriane Miny : "Ce titre, plutôt simple au final, a été un travail de longue haleine. Le livre a eu trois noms différents pendant l’écriture, et j’en ai cherché une quarantaine vers la fin. Certains me plaisaient beaucoup mais étaient déjà pris. Finalement, celui-ci s’est imposé naturellement grâce à son double sens et son rapport étroit à l’histoire."

© Floriane Miny

Votre roman parle de l'effondrement des droits sociaux, de l'exclusion et de la concentration du pouvoir. Vous avez également un personnage qui s'appelle "Bertrand Voleré", qui devient "propriétaire de la France" et "entend gérer comme une entreprise du CAC40". Quelle est, selon vous, la menace la plus sous-estimée aujourd'hui ?

Floriane Miny : "Nous sommes constamment bombardé·es d’informations pas toujours pertinentes. Il faut faire le tri, vérifier les sources. Je ne comprends pas comment certains propos peuvent être tenus sur des chaînes grand public, et cela participe à la division et à la désinformation de l’audience. Les statistiques citées sont bien souvent fausses mais personne ne s’interroge sur leurs origines. Notre rythme de vie ne nous en laisse pas vraiment le temps.

L’entrée de l’IA dans nos vies quotidiennes perturbent encore plus nos cerveaux (voir l’étude du MIT dirigée par Nataliya Kosmyna) et nous perdons nos facultés de critique petit à petit, en oubliant de questionner les choses.

J’ai aussi observé une tendance de plus en plus accrue à catégoriser les gens, à les faire tenir dans des cases de plus en plus étroites. Les communautés  alternatives au sens large s’affrontent sur des points de divergence au lieu de se rassembler leurs forces autour de valeurs communes et fondamentales.

La glorification du paraître, de l’individu, à travers les réseaux sociaux ou les publicités retouchées par exemple, détournent notre attention du réel et lessivent totalement les esprits des plus jeunes.

Les guerres font rage à travers le monde entier et on ne sait jamais dans quel monde l’on va se réveiller demain.

La course au toujours plus, toujours plus vite nous fait courir après des choses dont on a pas vraiment besoin, passer des heures dans des jobs qui nous pressent jusqu’à la moelle. Les menaces viennent donc de plusieurs endroits, mais le capitalisme a gangrené tellement d’étages de notre système de fonctionnement mondial qu’il est un des grands responsables. J’espère le voir s’effondrer de mon vivant."

Vous vivez en Norvège depuis dix ans. Cette distance vous permet-elle de regarder la France autrement ? Quelles différences vous frappent le plus entre les deux pays sur les plans démocratique, social ou politique ?

Floriane Miny : "J’ai découvert que j’étais Française en quittant le pays. Avant, je ne n’avais pas vraiment de raison de m’interroger sur le sujet. En discutant avec des Norvégiens ou d’autres nationalités, je réalise le rayonnement de notre culture, la gastronomie, la mode ou la littérature. Ils savent où cela se situe et connaissent la capitale, souvent même quelques mots. Ce n’est pas le cas pour beaucoup de mes camarades immigré·es.

La Norvège est très différente tout en montrant des similitudes. C’est un pays riche (son fonds souverain est le plus important au monde) qui s’étend sur des milliers de kilomètres avec une population de moins de 6 millions de personnes. Les problématiques ne sont donc pas les mêmes.

C’est une monarchie, même si la famille royale n’a pas de pouvoir politique. Elle a surtout fait parler d’elle dernièrement* pour les relations entre la princesse et Epstein, ou la condamnation de son fils pour violences et traffic à quatre ans de prison ferme (reconnu coupable de 34 chefs d’accusation sur 40). Peine qu’il effectue dans le manoir royal avec un bracelet électronique. On pense à Sarkozy, à Balkany et là, on retrouve les mêmes schémas."

*cette interview a été réalisée avant le décès du roi de Norvège.

Pourquoi choisir l'autoédition ?

Floriane Miny : "Tout d’abord, j’ai tenté le circuit traditionnel de l’édition, pour qu’après ce travail solitaire, il devienne collectif. Malheureusement, il n’a pas retenu l’attention des personnes concernées. Alors, je suis passée au plan B. J’ai la chance d’être graphiste et de pouvoir réaliser techniquement un livre, couplée à l’expérience du DIY grâce la musique. Il faut juste un peu plus d’huile de coude mais c’est possible. Mes moyens sont réduits mais je m’offre la liberté de proposer cet objet tel que je l’imaginais, à un prix abordable tout en conservant mes droits."

Si un lecteur ne devait retenir qu'une idée après avoir refermé France Comté, laquelle aimeriez-vous que ce soit ?

Floriane Miny : "Je laisse à chacun·e la liberté de se faire sa propre idée là-dessus. Un livre ne raconte pas la même histoire à deux personnes différentes, c’est ça qui est magique."

En refermant votre livre, doit-on être inquiet pour la France… ou confiant dans la capacité des citoyens à réagir ?

Floriane Miny : "La France est dans une situation inquiétante, c’est certain, mais ses habitants ont clairement une capacité d’action importante. De partout, les gens  donnent de leur temps pour ce qui a de la valeur à leurs yeux. Il suffit de voir le travail accompli par les associations, groupes d’affinité, structures autogérées qui pallient au manque d’action des pouvoirs publics pour réaliser que les forces sont là et bien vivantes."

Après cette première publication, avez-vous déjà d'autres projets d'écriture ?

Floriane Miny : "Disons que pour le moment, je n’ai rien qui bout dans ma marmite mais j’entretiens le feu."

Infos pratiques

  • France Comté de Floriane Miny
  • En version papier : 10€
  • En version numérique : 4,99€
  • Livre disponible dans plusieurs librairies bisontines : Reservoir Books, L'Intranquille, SCOPS, Grand Forum
  • Et sur leslibraires.fr
  • Et les deux versions peuvent être commandée en directe en envoyant un message sur dissentive@proton.me

Culture

Festival de la photographie à Besançon – Rencontre avec GLADYS, figure singulière de la photographie contemporaine française

VIDÉO • Il y a des photographies que l’on regarde et puis il y a celles qui nous regardent en retour. À Besançon, la rencontre avec la photographe GLADYS appartient à cette seconde catégorie. À l’occasion du Festival de la photographie, organisé par Grain d’Pixel, la Galerie de l'ancienne poste accueille, jusqu'au 25 octobre 2026, le travail de cette photographe française de renommée internationale. Une exposition qui s’inscrit dans un contexte tout particulier : celui du bicentenaire de la photographie, qui invite à célébrer deux siècles d’images, mais aussi à s’interroger sur ce que la photographie continue de raconter de notre époque...
 

Tableau de Gustave Courbet : droit de réponse de Me Béatrice Cohen

DROIT DE RÉPONSE • En tant que conseil de la société adjudicataire du tableau litigieux, Béatrice Cohen, avocate au Barreau de Paris, souhaite apporter plusieurs précisions à la suite de la publication, le 10 septembre 2026, sur le site MaCommune.info, de l’article intitulé Une expertise judiciaire conclut à l’authenticité d’un tableau inédit de Gustave Courbet.

Ce week-end, les Absinthiades ont mis Pontarlier au vert…

PALMARÈS DES MEILLEURES ABSINTHES • Les 3 et 4 octobre 2026, Pontarlier a une nouvelle fois vécu au rythme de la fée verte. Pendant deux jours, les Absinthiades ont réuni professionnels, amateurs, passionnés et curieux autour d’un même emblème : l’absinthe. Un rendez-vous devenu incontournable, où la découverte se mêle à la convivialité et où, le temps d’un week-end, la célèbre boisson est véritablement reine.

À La Rodia, le ”4 x 8” change de main : Chérine Couësmes et Pierre Roca imaginent une street food au fil des concerts… et au-delà

EXCLUSIVITÉ • Le point de restauration installé sur la terrasse de La Rodia à Besançon, depuis 2022 change d'équipe de restauration. Pierre Roca et Chérine Couësmes ont remporté l’appel d’offres lancé par la salle des musiques actuelles cet été. Première soirée le 6 octobre 2026, avec une carte courte, locale et pensée pour les différents publics...

Hubert-Félix Thiéfaine, atteint d’une maladie incurable, annonce une tournée d’adieu

Hubert-Félix Thiéfaine, auteur-compositeur-interprète et poète jurassien, annonce une ultime tournée après la révélation de son état de santé. Selon son épouse, l’artiste de 78 ans souffre d’une maladie évolutive et incurable. Il se produira néanmoins sur scène en France et en Belgique du 3 octobre 2026 au 5 juin 2027.

De l’acier au verre, Paul Gonez raconte 60 ans de sculpture dans son atelier à Besançon

VIDÉO • Bien connu dans la région notamment pour ses sculptures monumentales, le sculpteur bisontin Paul Gonez célèbre actuellement ses 60 ans de création et ouvre les portes de son atelier situé au 14 rue de l’Avenir à Besançon. L’occasion pour nous de venir rencontrer l’artiste et ses oeuvres dans leur milieu d’origine. Dans notre interview, Paul Gonez revient sur ses soixante années de création et sur l’exposition rétrospective qu’il y présente tous les week-ends jusqu’au 25 octobre 2026.

Avec 4 500 spectateurs le festival Détonation a trouvé son nouvel équilibre

La 13e édition du festival Déntonation a réuni 4 500 spectateurs durant deux jours, les 25 est 26 septembre 2026 à Besançon. Pour la première fois dans l’histoire du festival sous son nouveau format, le festival a affiché complet avant même l’ouverture des portes. Dans son communiqué de bilan du festival, la Rodia évoque une réussite qui "confirme la dynamique engagée depuis la transformation de Détonation en 2024".

Biblis en folie le 3 octobre au Frac Franche-Comté

Quoi de 9 ? • Le samedi 3 octobre 2026, le Frac vous invite à plusieurs rendez-vous dans le cadre de Biblis en folie, journées nationales dédiées aux bibliothèques et aux médiathèques, et en écho à l’exposition un monde renversé de Nina Laisné. Cette journée sera aussi l’occasion de découvrir la bibliothèque de la Cité des Arts.

Offre d'emploi

Devenez membre de macommune.info

Publiez gratuitement vos actualités et événements

Offre d'emploi
 12.5C°
légère pluie
le 08/10 à 14h00
Vent
3.37 m/s
Pression
1015 hPa
Humidité
93 %

Sondage