L’ibis chauve est reconnaissable par ses longues plumes noires et l’absence de plumes sur la tête qui laisse apparaître une peau rouge et noire. Ils mesurent généralement entre 70 et 80 cm pour un poids d’1,5 kg et vivent environ 25 ans. Ils sont reconnaissables à leur long bec rouge et leurs pattes de la même couleur.
Autrefois répandu en Europe, l’ibis chauve a depuis été exterminé par la chasse au XVIIe siècle et est depuis une espèce gravement menacée sur le continent européen. Aujourd'hui, seule une population résidente subsiste sur la côte atlantique marocaine, qui a atteint environ 600 individus grâce aux efforts internationaux de conservation.
À l’origine, l’ibis chauve du Nord était un oiseau migrateur qui quittait ses zones de reproduction en automne pour hiverner dans des habitats appropriés. Mais aujourd'hui, la majorité des ibis chauves du Nord sauvages "ne présentent plus ce comportement migratoire autrefois caractéristique", soulève l’association autrichienne Waldrappteam. Les quelques populations restantes ont perdu leur tradition migratoire sous l'effet de l'influence humaine et sont désormais considérées comme sédentaires.
Élevés par des "mères nourricières"
Alors pour tenter de réparer ce que l’homme a causé, depuis 2022, ils sont l'objet du programme "Ibis Chauve du Nord", financé par l'Union européenne dans le cadre de l'Instrument financier pour l'environnement (LIFE). Le programme a pour but de mettre sur pied une colonie au Sud de l’Espagne de minimum 350 individus, seuil minimum permettant aux oiseaux de devenir autonome.
Le projet de réintroduction de l'espèce est ainsi en cours en Andalousie à Vejer de la Frontera (Espagne) et environ 230 individus y vivent aujourd'hui, répartis en plusieurs colonies. Mais le changement climatique ayant de plus en plus affecté la population d’ibis chauve, une seconde route migratoire vers l’Espagne a été mise en place en 2023. Celle-ci fait escale en Franche-Comté, à Thise et Lons-le-Saunier, où chaque année un groupe de passionnés tente de guider des ibis chauves, élevés à la main dès leur naissance par des "mères nourricières", vers leur zone d’hivernage à l’aide d’un ULM afin d’être relâché dans la nature.
Pourquoi les oiseaux acceptent de suivre les humains ?
Dès leur naissance en Autriche, la première chose que voient les oisillons est une femme portant un T-shirt jaune, facilement reconnaissable par les oiseaux. Cette année elles sont deux à remplir ce rôle. Celles-ci, toujours vêtues de la même couleur, deviennent alors leurs mères nourricières et les élèvent à la main jusqu’à ce qu’ils soient en âge de voler. Puis vient ensuite le moment où l’une d’elles grimpe à bord d’un ULM pour guider la trentaine d’individus dans leur périple d’environ 2600 km entre l’Allemagne et le Sud de l’Espagne, tandis que l’autre suit au sol avec le cortège logistique.
L’assistante du projet, Barbara Steininger, nous a confié qu’il suffisait que les ibis réalisent une seule fois la route migratoire pour qu’ils intègrent ensuite le parcours et soient capables de le réaliser seuls par la suite. Celui-ci se fait par étapes d’environ 150 km. Mais les départs dépendent bien entendu des conditions météorologiques et du bon vouloir des oiseaux comme nous explique Barbara dans notre vidéo.

D’ailleurs, lors de leur trajet pour arriver à Thise, sept oiseaux ont décidé de finalement faire demi-tour pour retourner au dernier campement. Un petit couac sans réelle incidence puisque la mère de substitution restée au sol a ainsi pu les accueillir et les faire voyager par la route à l’aide de caisses de transport. Ce type de problème ne se présente que très rarement souligne Barbara qui insiste sur le fait que, "en général le groupe d’oiseaux est très fiable, mais comme toujours lorsqu’on travaille avec des animaux, ils ont leur propre manière de penser et on ne peut jamais totalement prévoir ce qu’ils vont faire".
Ainsi, le parcours migratoire débute à la mi-août et se termine généralement vers le début octobre. Une fois arrivés à leur destination finale, l'instinct des animaux et leur patrimoine génétique leur permettent de revenir au printemps dans le nord des Alpes et ainsi de perpétuer ce cycle.
Garder les oiseaux sauvages
L’aérodrome de Thise, qui date de 1935, accueille également la caravane logistique qui suit les oiseaux et les ULM. À chaque étape, seize personnes se mettent aussitôt en action pour monter et démonter les tentes, la volière et la cuisine mobile qui nourrit oiseaux et humains.
Durant les escales, les oiseaux sont installés en volière et là encore, seules les mères nourricières peuvent les approcher de manière à ce qu’ils ne soient habitués qu’à elles et non pas aux humains en règle générale. "Ils ne doivent pas voir d’autres personnes", nous indique Barbara, "si d’autres personnes les nourrissaient et s’occupaient d’eux, ils ne seraient pas aussi liés à leur mère adoptive et surtout ils s’habitueraient aux humains, ce que nous voulons absolument éviter". Ce protocole strict permet d’assurer la sécurité des oiseaux qui, lorsqu’ils seront relâchés dans la nature, seront tentés de rejoindre d’autres colonies sauvages sans pour autant être attirés par les humains. Le but du programme est de faire grossir la colonie déjà existante de Vejer de la Frontera (Espagne) afin qu'elle se reproduise par elle-même et qu'elle devienne par la suite totalement autonome.
Très tôt dans la matinée du 2 septembre 2026, les ibis chauves ont repris les aires en direction du Sud où ils devaient faire une deuxième escale franc-comtoise, cette fois à Lons-le-Saunier.


