Une quinzaine de personnes s'activent dans une chambre de la maternité du CHU et manipulent de façon inhabituelle le matériel médical. Ce sont les membres de l'équipe de Reverto, l'entreprise lyonnaise en charge de la conception et du tournage de ce film pédagogique pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans le milieu hospitalier.
Après avoir admiré la vue qui donne sur la Citadelle, les comédiens et comédiennes reprennent leur texte. Il est question d'un commentaire sexiste de la part d'un médecin à propos de sa collègue, devant un patient alité. Ici, le malade est une caméra qui filme à 360 degrés. C'est de ce point de vue que celui ou celle qui portera le casque de réalité virtuelle pour regarder la séquence, assistera à la scène.
L'immersion comme principe pédagogique
“L'idée est de susciter l'empathie et l'immersion via la réalité virtuelle, puisque les agents seront amenés soit à être à la place d'une personne victime d'agissements, soit à y assister”, nous explique Marie Galland, responsable du service qualité de vie et des conditions de travail et accompagnante des parcours professionnels au CHU de Besançon. Ce qui justifie le choix d'une caméra 360°, c'est donc de "devenir un personnage de l'histoire (…), ça va créer des émotions” qui permettront de "mettre des mots sur des situations vécues ”, ajoute Guillaume Clerc, le directeur du projet et fondateur de Reverto.
Mieux identifier les comportements sexistes
Ce film émane du CHU de Besançon pour faire de la prévention contre les violences au sein de son établissement. 73 cas ont été rapportés en interne en 2025, dont 3 % ayant trait aux violences sexistes et sexuelles.
Ce film servira de support lors des formations contre les violences sexistes et sexuelles en particulier, et “permettra d'expliquer ce qui est problématique dans ces situations (…), de donner du sens ”, car, explique Marie Galland, tout le monde "n'identifie pas la violence là où elle est, n'est pas choqué par des propos alors qu'ils ont un caractère sexiste ou un caractère de discrimination de genre”. Le but affiché est de donner à tous et toutes le même niveau de lecture de ce qu'est un acte sexiste.
Construire le scénario à partir d'éléments vécus
Pendant deux mois, Guillaume Clerc et son équipe ont réalisé des interviews dans différents établissements de soins afin d'avoir des "témoignages de soignants, de personnel administratif, de personnel de la cantine” pour comprendre les situations que vivent au quotidien ces travailleurs et travailleuses.
Affiné par une journée d'immersion au CHU de Besançon, le scénario de fiction produit par les concepteurs du projet s'inspire des témoignages récoltés et s'enrichit des retours des équipes de Marie Galland.
La chef de service précise que le cadrage thématique du film s'est construit autour “des zones grises, dans la drague ou l'humour, [pour identifier] à quel moment on sort du contexte du consentement mutuel et de la bienveillance l'un envers l'autre, le harcèlement, les agressions, les rapports de domination avec intimidation et les stéréotypes de genre”.
Toutes ces recherches ont pour but de créer une fiction qui soit au plus proche du quotidien des personnes auxquelles s'adresse le film, afin qu'elles puissent s'y identifier.
Un outil fait pour durer
Après cette journée de tournage, il faudra encore deux mois de post-production pour que le film voie le jour et puisse devenir un outil pédagogique durable. Les équipes de Reverto effectueront un suivi durant les deux années qui suivront les premières diffusions du film, afin de mesurer l'impact d'un tel dispositif sur la diminution, ou non, des VSS dans les CHU. D'après Guillaume Clerc, ce genre de projet permet, au sein des équipes ayant suivi la formation, de diviser par deux les cas de sexisme et par dix les cas de harcèlement.
- Ce projet à vu le jour dans le carde d'un appel à projet émis par le fond pour l'égalité professionnel et sera utilisé par tout les CHU de France.


