En amont de la commémoration s’est tenue à 14h, une conférence consacrée à Henri Fertet et donnée par Laurent Ducert et Francis Rousseau à la salle Proudhon du Kursaal de Besançon.
La cérémonie commémorative, organisée à la Citadelle de Besançon à l’occasion du centenaire de la naissance d’Henri-Claude Fertet (27 octobre 1926), a rendu hommage à ce jeune résistant de 16 ans fusillé le 26 septembre 1943 à la Citadelle.
La cérémonie s’est tenue au pied des poteaux des fusillés, devant le musée de la Résistance et de la Déportation et a débuté par une projection d’un film retraçant le parcours d’Henri Fertet, jeune résistant de 16 ans. Le témoignage audiovisuel compté par la voix de Myriam Fertet-Boudriot, nièce d’Henri, a évoqué la vie du jeune résistant allant de son enfance à Seloncourt, son engagement chez les Franc-Tireurs et Partisans (FTP) sous le nom d’"Émile" au sein du groupe Guy Moquet à son arrestation le 2 juillet 1943, ses 87 jours de torture et enfin sa condamnation à mort avec 15 de ses camarades le 26 septembre 1943.
La célèbre dernière lettre qu’il adressa à ses parents a été lue par Romane Garcia, élève du lycée Louis-Pergaud. Toujours en vidéo, sa nièce, Myriam Fertet-Boudriot, a ensuite rappelé l’impact durable de cette lettre et de sa dignité face à la mort, appelant à perpétuer les valeurs de la Résistance contre l’injustice et la dictature.
Un miroir tendu à la jeunesse d'aujourd'hui
Pour le maire de Besançon, "c’est écrit est probablement l’un des textes les plus bouleversants que nous ait légué la Résistance". Ludovic Fagaut a également souligné la portée universelle du sacrifice de ce jeune Comtois, exécuté avec quinze autres résistants qui moururent en criant "Vive la France !".
Dans son discours, il a également tenu à s’adresser "à la jeunesse de France". "Nous entendons les aspirations d'une jeunesse qui cherche sa place, qui questionne le monde, qui veut être écoutée et qui veut agir" a-t-il dit. Celles-ci sont "légitimes" et constituent "une force pour notre démocratie lorsqu'elles trouvent le chemin du dialogue, du respect et de l'engagement".
Des mots qui tombent à point puisque depuis fin septembre, la France vit une mobilisation lycéenne inédite : blocages, manifestations massives, revendications sur les moyens et sur Parcoursup. Le parallèle doit toutefois rester mesuré, a prévenu l'élu : "les combats d'aujourd'hui ne sont pas ceux de 1943, et nous devons mesurer la distance immense qui sépare notre temps de celui de l'occupation". Mais une même exigence traverse les générations : ne jamais être indifférent à l'injustice. L'un, à 15 ans, a choisi la Résistance "non par goût de la violence, mais parce que défendre la paix exige de résister à l'oppression" ; les autres, de 15 ans également, descendent dans la rue parce que l'école qui devait les élever semble les abandonner.

Le jeune Bisontin qui, comme le rappelle Ludovic Fagaut, fut "nourri du mouvement contestataire de son lycée" avant de s'engager, offre ainsi un miroir inattendu à la contestation actuelle : dans les deux cas, des adolescents refusent la fatalité et réclament d'être pris au sérieux.
La leçon du centenaire est là, une nation est grande "lorsque ses enfants savent donner un sens à la liberté", et elle semble s'adresser autant au pouvoir, sommé d'écouter la colère lycéenne, qu'aux jeunes eux-mêmes, invités à faire de leurs aspirations une force pour la démocratie plutôt qu'une menace pour la cohésion nationale. Henri Fertet n'a pas eu le temps de construire l'avenir qu'il espérait ; cette responsabilité, concluant le maire, "nous revient aujourd'hui".
Son nom à la première promotion du service national
Dans son allocution, le général Thierry Burckhard a pour sa part rendu hommage à Henri Fertet au nom de l'Ordre de la Libération, dont il est le délégué national. Il a tout d’abord rappelé ce qu'est cette "chevalerie sans grade ni hiérarchie", créée par de Gaulle en 1940 réunissant 1 038 Compagnons aux profils extrêmement divers (25 nationalités, toutes origines sociales et opinions), mais unis par un même idéal, la liberté de la France. Avant d’insister sur cette "cohésion nationale" qui "ne consiste pas à penser tous la même chose", mais "à savoir se rassembler autour de l'essentiel au moment où il le faut". Henri Fertet en est pour lui le plus bouleversant exemple. Fait compagnon de la Libération à titre posthume en 1945, il a également rappelé que le jeune résistant était aujourd’hui le parrain de la première promotion du service national.

Le général a conclu par un appel à l'action : l'héritage des Compagnons "nous oblige", non pas à s'incliner, mais à "ne pas rester passifs et spectateurs", à dire non quand il le faut et à "servir plus grand que soi". "À nous de le faire, à notre mesure, chaque jour", a-t-il conclu.



