Sujet récurrent dans la campagne des élections municipales bisontines, l’éclairage de la Citadelle fait débat depuis plusieurs années. Depuis 2020, le monument est en effet moins souvent illuminé en raison d’une incompatibilité entre des dispositifs lumineux anciens, puissants et énergivores, et la préservation de la biodiversité. Actuellement, l’éclairage reste ponctuel, ”au besoin, selon un calendrier d’éclairage, selon les évènements à la Citadelle, pendant le festival Détonation (à la Rodia), le Festival international de musique…”, précise Alexandre Arnodo, directeur de la Citadelle, ”soit environ 40 à 50 soirs par an”.
Cet éclairage limité est vivement critiqué par des habitant(e)s ainsi que par des élu(e)s de l’opposition municipale. Mais depuis décembre 2023, Grand Besançon Métropole (GBM) travaille sur un nouveau projet d’éclairage, avec deux objectifs principaux : la valorisation de ce site classé Monument historique et inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, et le respect de la biodiversité, explique Daniel Mourot, directeur du service Mobilités et de l’éclairage public au Grand Besançon.
Dès sa conception, le projet place la préservation de l’environnement et la lutte contre la pollution lumineuse au cœur de sa démarche, avec l’ambition de concilier mise en valeur patrimoniale et protection du vivant, comme nous l'explique le directeur du service éclairage public.
Un éclairage sur mesure
Le site de la Citadelle est classé ZNIEFF et Natura 2000 et bénéficie d’un arrêté préfectoral de protection de biotope. Le projet d’éclairage s’inscrit donc dans une démarche sobre visant à limiter l’impact sur la faune, la flore et les usages du site.
Sur les remparts et les espaces extérieurs, les horaires d’éclairage seront adaptés pour préserver les espèces sensibles, notamment certaines chauves-souris. Dans plusieurs secteurs, l’intensité lumineuse sera réduite durant les premières et dernières heures de la nuit, périodes jugées particulièrement sensibles pour la faune. D’autres zones feront l’objet d’extinctions complètes à certaines périodes de l’année correspondant aux phases de reproduction ou d’activité d’espèces protégées. Lorsque l’éclairage restera indispensable, son intensité sera réduite au minimum.
Le principe général consiste à n’éclairer que ce qui est nécessaire. Les éléments paysagers comme les arbres, haies, pelouses ou falaises ne seront pas mis en lumière sauf justification particulière. Les faisceaux lumineux seront strictement canalisés grâce à des optiques précises limitant la dispersion. "L’objectif est de maintenir une trame noire afin de limiter la pollution nocturne urbaine et de respecter la biodiversité", précise Daniel Mourot.
Les sources lumineuses seront choisies pour réduire les perturbations du vivant : lumière chaude (température inférieure à 3000 K), spectre lumineux resserré et absence totale d’ultraviolets afin de ne pas attirer ni piéger les insectes.

La mise en lumière d’un patrimoine
Classée Monument historique et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, la Citadelle bénéficie d’un statut patrimonial particulier. Chaque intervention liée au projet d’éclairage doit donc préserver l’intégrité du monument et de son environnement.
La conception repose sur un principe central : mettre en valeur sans altérer. Les équipements lumineux et l’ensemble de l’installation électrique (câbles, boîtiers, fixations) sont conçus pour être discrets, réversibles, faciles à entretenir et intégrés à l’architecture existante. Les luminaires sont sélectionnés pour leurs performances mais aussi pour leur forme, leur taille et leur intégration visuelle. La teinte lumineuse se rapprochera de celle des matériaux du monument et les faisceaux seront ajustés pour n’éclairer que les surfaces concernées.
Le projet est soumis aux services de l’État, notamment la DRAC, qui valide les choix de matériaux, de couleurs, d’implantations et les méthodes de pose. Des essais nocturnes sont prévus afin d’ajuster les effets lumineux, comme ce fut le cas ce mercredi soir (voir vidéo ci-contre).
En parallèle, la Ville de Besançon pilote un autre projet de mise en lumière des espaces intérieurs de la Citadelle, confié à un bureau d’études spécialisé. Le démarrage des travaux est annoncé pour 2027.
Essais techniques sur les remparts
Lors de la présentation technique, des journalistes ont dû s’équiper de baudriers et de casques de sécurité pour accéder à un rempart côté Tarragnoz. Ils ont pu observer l’installation expérimentale de l’un des nouveaux projecteurs destinés à illuminer la Citadelle.
La phase actuelle correspond à des tests : des électro-techniciens comparent différents modèles de projecteurs afin de déterminer celui qui sera déployé sur l’ensemble des remparts extérieurs.

Un projet dépendant aussi des choix politiques futurs
Aucun élu de la municipalité n’était présent lors de cette présentation technique, période de réserve électorale oblige. La question de l’avenir du projet se pose toutefois à l’approche des élections municipales du 22 mars.
Un éventuel changement de majorité pourrait-il remettre en cause le dispositif ? Il a été difficile d’obtenir une réponse précise de la part de Daniel Mourot. Celui-ci a néanmoins indiqué qu’avec le futur système, ”on peut tout piloter et programmer ce qu’on veut”. Cette souplesse technique laisserait donc une large marge de manœuvre aux décideurs politiques quant aux modalités d’utilisation de l’éclairage, qu'ils s'inquiètent ou non de la biodiversité.
Infos +
- Le coût de ce projet d'éclairage s'élève à 1,6 million d'euros (dont 200.000€ dédiés aux études sur la biodiversité).
- Une deuxième phase de travaux dédiée à l'éclairage est programmée pour 2026-2027 afin de mettre en lumière l'intérieur de la Citadelle, en particulier lors d'évènements nocturnes (concerts, cinéma en plein air, évènements...)


