Le loup de retour dans le massif jurassien ?

Publié le 19/06/2011 - 07:48
Mis à jour le 19/06/2011 - 07:48

Cette fois, ça y est : il semble bien que le loup soit de retour dans le massif jurassien ou du moins, il est de passage en Franche-Comté. En témoigne une vue de l’animal photographié devant la carcasse d’une brebis dans le Haut-Doubs.

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par André Guyard

Entre le jeudi 9 juin et le dimanche 12 juin 2011, à Septfontaine, un village près de Levier dans le Haut-Doubs, une brebis a été découverte égorgée, un gigot arraché ainsi que deux agneaux dévorés, leur propriétaire n’en ayant retrouvé que la peau et quelques os. Une seconde brebis n'a survécu que quelques jours. Rien d’étonnant à première vue dans la mesure où plusieurs chiens errants ont été repérés dernièrement près de la localité et que le Lynx est présent dans le Haut-Doubs.

« On a pensé que ça pouvait être un chien ou un lynx, mais les morsures étaient trop profondes pour être celles d’un lynx et la gorge était trop bien tranchée, les blessures étaient trop propres pour être celles d’un chien. Les chiens déchiquettent la chair », explique le propriétaire.

En 2002, un loup aurait été aperçu  sur la commune de Guyans-Vennes (Haut-Doubs). Selon un chasseur, il n’y aurait aucun doute : « Dimanche dernier, en fin d’après-midi, mes cinq chiens se sont mis aux fermes dans un taillis de broussailles impénétrables, comme ils le font d’habitude pour le sanglier. Mais là, tout d’un coup, ça a rossé et les chiens se sont enfuis en hurlant. Ils ne l’auraient même pas fait devant un sanglier qui charge », a-t-il relaté, tout en jurant que « c’est un loup qui a fait déguerpir mes cinq compagnons ».

Le chasseur n’a pas voulu en démordre. Il faut dire qu’il aurait déjà rencontré l’animal, un mois plus tôt, mais cette fois-ci aux aurores, face à face : « On s’est regardé et j’ai bien eu le temps de l’observer. Je vous assure que ce n’était pas un renard ni un quelconque chien ».

Déjà, au mois d'avril 2011, un ou plusieurs prédateurs avaient tué 23 moutons, en trois attaques, au Ventron dans les Vosges. Sur les lieux, un loup avait été photographié par un appareil photo automatique.

L’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) a effectué des analyses sur la dépouille pour déterminer l'espèce de prédateur responsable de l'attaque. Placé sur les lieux du forfait, un piège photographique mis en place par un garde-chasse a tiré le portrait d’un loup dans la nuit du 15 juin. Sur le cliché, on voit nettement le prédateur passer devant la carcasse de la brebis utilisée comme appât. Emmanuel Renaud, le chef du service départemental de l’ONCFS n'est pas surpris.

« Jusqu’à présent, il n’y avait pas de loup en Franche-Comté, mais cela fait environ deux ans que nous sommes préparés et que nous travaillons à l’arrivée de cette espèce », indique le spécialiste. Il précise par ailleurs que « la présence de ce loup dans le massif jurassien n’a rien à voir avec la vingtaine de brebis tuées dans les Vosges ».

Le prédateur pris en photo va-t-il s’installer durablement sur les plateaux du Haut-Doubs ou est-il seulement de passage avant de rejoindre sa meute en Suisse voisine, ou plus loin dans les Alpes ?

« Il est trop tôt pour le dire, estime M. Renaud. La photo nous indique clairement tous les détails de la silhouette d’un loup. Cela veut donc dire qu’il était à Septfontaine mardi et que par déduction, il était sans doute dans le secteur la semaine dernière. Mais nous ne nous baserons que sur des éléments fiables. C’est pourquoi nous allons maintenant chercher des traces d’ADN, poils, crottes… Mais cette présence avérée ne signifie pas que le loup va se réinstaller. »

Une vision partagée par d’autres spécialistes qui identifie davantage un "passage" par le secteur. « Un loup rejeté par la meute parcourt des trajets énormes, de plusieurs centaines de kilomètres à la recherche d'un nouveau territoire. Il est possible qu’il soit venu et déjà reparti, précise Jean-François Darmstaedter, secrétaire général de l’association Férus. Toutefois, il ne s’agit très probablement pour l’instant que d’une présence sporadique.  Pour rappel, dans le massif jurassien, un loup a été confirmé pour la première fois dans l’Ain en 2003, mais l’animal a vite disparu ».

On sait qu'à partir des Abruzzes en Italie, le Loup a fait son retour en France depuis quelques années dans le Mercantour et qu'il a gagné progressivement les Alpes françaises et la Suisse. Qu'il réapparaisse dans les Vosges et dans le Jura n'a rien de surprenant.

Mais dans le cas de Septfontaine, s'agit-il d'une nouvelle attaque du loup du Ventron ? Rien n’indique que ce soit le même animal, mais rien ne prouve le contraire. Les prélèvements ADN devraient permettre d’en savoir davantage.

En attendant des réponses, si la responsabilité du loup est reconnue dans la mort des brebis de Septfontaine, le propriétaire devrait être indemnisé.

 

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