Joints par téléphone, Xavier Garcia et Joaquim Hatton expliquent que l'année 2026 avait pourtant bien commencé. "2024 et 2025 ont été deux années successives favorables aux forêts, avec des pluies suffisantes pour alimenter les arbres en eau" abonde Joaquim Hatton. Changement de régime dès la première canicule fin juin, puis entrée en vigueur de l'alerte critique sécheresse dès le 17 juillet 2026.
Ces deux facteurs ont eu pour effet d'empêcher les arbres de produire de l'énergie en ne permettant pas le processus de photosynthèse, et donc la production de sucre nécessaire au bon fonctionnement de leur organisme. C'est en partie ce qui cause le jaunissement et la perte précoce des feuilles des arbres. Certains feuillus ont vu leurs feuilles tout simplement griller sous l'effet des rayons du soleil et de la chaleur, nous explique Joaquim Hatton.
Comment mesurer l'impact de cet été ?
Tout d'abord, il faut regarder les effets visibles. L'étendue du jaunissement des feuilles en est un. Lors des étés caniculaires et secs de 2018 et 2022, "les parcelles exposées au sud" étaient les plus touchées, selon les deux agents. Aujourd'hui, le phénomène est bien plus massif. Les résineux semblent moins touchés, mais leur état reste très contrasté. Selon les agents, il faudra attendre le printemps prochain pour voir quels arbres repartent ou non. Certaines essences, comme le chêne, nécessiteront au moins deux ans avant de savoir si l'arbre survivra. Certains individus seront moins vigoureux et se développeront plus lentement par rapport à leur courbe de croissance habituelle, mais continueront à vivre.
D'après les agents de l'ONF, il n'existe pas vraiment d'outils de mesure pour connaître la vivacité d'un arbre : seule l'observation dans le temps long indique son état de santé. "La tendance est plutôt à la dégradation", nous confient les deux spécialistes, particulièrement avec l'accumulation des épisodes extrêmes, comme en 2018 et 2022, qui ont déjà affaibli certains arbres. L'impact le moins visible se fait sentir sur les jeunes pousses, qui souffrent davantage car plus vulnérables.
Comment s'adapter ?
"Le maître mot, c'est la multiplication des stratégies", annonce Xavier Garcia, et "la diversification des essences", ajoute Joaquim Hatton. Les arbres sont des êtres vivants qui se développent sur le très long terme. Il est donc difficile de savoir comment, et quelle essence, s'adaptera au sol très spécifique du Doubs. Les arbres qui se sont développés ici ont été habitués à un niveau élevé et constant de précipitations, palliant ainsi le problème des sols calcaires, sur lesquels l'eau ruisselle et s'enfonce rapidement dans la terre.
Selon eux, l'objectif à atteindre est de 30 % de diversité d'essences lors des replantations, et seulement 20 % d'arbres plantés par les humains. Le reste est laissé à la nature et à la très forte capacité d'adaptation génétique des arbres, qui sont capables de modifier leur patrimoine génétique en fonction de l'environnement.
Pédagogie et implication des maires
L'ONF mène des expérimentations en testant des essences sur de petites parcelles afin de récolter des données et de mieux appréhender le comportement de ces nouveaux arbres sur le sol du Doubs. Cela se fait sur un temps très long : au minimum 60 à 70 ans. L'exemple est donné d'une plantation de mélèzes qui s'était très bien implantée les dix premières années, puis avait très vite décliné ensuite.
Il est aussi nécessaire de faire de la pédagogie et d'impliquer les maires des communes, qui ont la responsabilité des forêts communales, soit 16 % de la forêt française de métropole, selon l'ONF. Les deux agents de l'ONF reconnaissent qu'une prise de conscience générale s'est faite depuis 2018, deuxième été le plus chaud enregistré en France à cette époque.
S'il est difficile d'avoir des certitudes sur l'avenir, le paysage forestier du Doubs subira de profondes transformations dans le future affirment ces deux cadres de l'Office national des forêts.


