"Gilets jaunes" Acte IV : alerte maximale avant un samedi à hauts risques

Publié le 07/12/2018 - 16:50
Mis à jour le 07/12/2018 - 16:52

L’alerte maximale est décrétée en France et Paris a commencé à se barricader à la veille d’un nouveau samedi de manifestations des « gilets jaunes », une crise qui déchire le pays et sidère le monde. Le préfet du Doubs a mis en œuvre des mesures d’interdiction et appelle au calme alors q’une manifestation partira du parking Battant à Besançon à partir de 13h30 pour rejoindre la préfecture du Doubs…

© d poirier ©
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Les concessions du gouvernement, qui a définitivement abandonné après 24 heures d’extrême confusion toute augmentation de la taxe carbone sur les carburants en 2019, semblent n’avoir eu aucun effet. Si ce n’est d’avoir fragilisé le Premier ministre Édouard Philippe, qui défendait une simple suspension avant d’être brutalement désavoué par l’Élysée.

"Ces trois dernières semaines ont fait naître un monstre qui a échappé à ses géniteurs", a estimé vendredi  décembre 2018 le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.  Face au risque d'une nouvelle explosion de violences et à une "stratégie du chaos" du gouvernement, un des représentants des "gilets jaunes libres", Benjamin Cauchy, a appelé à ne pas aller manifester à Paris, estimant que ce rendez-vous était "un traquenard".

L'Elysée a opposé une fin de non-recevoir à une délégation de ces "gilets jaunes" se voulant "modérés". Le Premier ministre "a proposé de les voir à deux reprises. Ils n'ont pas répondu à cette main tendue. Mais Matignon reste disposé à les rencontrer", a indiqué la présidence.

Silencieux toute la semaine, Emmanuel Macron ne s'exprimera qu'en "début de semaine prochaine" sur la crise, a indiqué le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand à l'AFP.

Trois semaines après la première grande mobilisation contre la hausse de la taxe sur les carburants et pour davantage de pouvoir d'achat, le gouvernement va déployer pour cet "acte IV" du mouvement des "gilets jaunes" un dispositif "exceptionnel". 89.000 membres des forces de l'ordre dans toute la France, dont 8.000 à Paris, sont mobilisés afin de tenter d'éviter les mêmes scènes d'émeutes que le samedi 1er décembre.

À Paris, pour la première fois depuis des décennies, l'État engagera des "VBRG", ces véhicules blindés à roue de la gendarmerie. L'exécutif craint une alliance entre ultradroite, ultragauche, "gilets jaunes" les plus remontés et jeunes de banlieue, dont certains se sont livrés à des pillages samedi dernier dans la capitale.

Le GIGN et ses antennes régionales  en alerte renforcée

Dans la capitale, 2.000 éléments de mobilier urbain ont été démontés, a précisé la maire Anne Hidalgo. Dans un large périmètre autour des Champs-Elysées, on s'oriente vers une ville morte samedi : la tour Eiffel, le Louvre et plusieurs grands magasins seront fermés samedi, tout comme de nombreux commerces et restaurants.

En région, une interdiction de manifester a été décrétée dans plusieurs points sensibles du Pas-de-Calais, tandis qu'à Montauban, 28 cocktails Molotov et trois bombes artisanales ont été saisis sur un rond-point occupé par des "gilets jaunes".

Joël Mathurin, le préfet du Doubs, souhaite prévenir d’éventuels troubles à l’ordre public et a décidé de prendre des mesures d’interdiction.

Plusieurs dizaines de "gilets jaunes" ont pénétré vendredi en début d'après-midi dans le siège de la région Auvergne-Rhône-Alpes en demandant à être reçu par le président de la Région, Laurent Wauquiez.

L'un des initiateurs du mouvement, Eric Drouet, qui a appelé à "rentrer" dans l'Elysée samedi, est par ailleurs visé par une enquête pour "provocation à la commission d'un crime ou d'un délit" et "organisation d'une manifestation illicite".

"Boucliers humains"

L'exécutif a multiplié les appels au calme, notamment à travers un clip diffusé sur les réseaux sociaux, comme désormais la plupart des partis d'opposition, les syndicats et des personnalités comme Cyril Hanouna, Thierry Lhermitte ou l'ex-Miss France Sonia Rolland. "Les gilets jaunes sincères ne peuvent pas servir de boucliers humains" par des "éléments politisés et radicalisés" qui cherchent à "renverser le pouvoir", affirme le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

Plusieurs responsables de la majorité font état de "remontées inquiétantes". Des proches collaborateurs de M. Macron ont reçu des menaces de mort.

Préavis de grève levé dans les transports

À une semaine du début de la concertation qui se tiendra pendant trois mois dans les territoires à compter du 15 décembre, le Premier ministre devait recevoir vendredi à 16H15 plusieurs ministres pour une réunion préparatoire. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, en a appelé aux entreprises, soulignant que "tout le monde doit faire sa part" et évoquant le versement d'une prime exceptionnelle défiscalisée et exonérée de charges.

Cette prime a été qualifiée de "bonne idée" pour le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux. Mais il craint que les entreprises deviennent "le bouc émissaire de cette révolte fiscale".

Une extension de la mobilisation des "gilets jaunes" à d'autres secteurs est également crainte, notamment les agriculteurs et l'éducation où la situation est très tendue.

Le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, s'est dit "choqué" par les images des 151 jeunes interpellés, mains entravées ou sur la tête, à genoux ou assis au sol, devant un lycée de Mantes-la-Jolie (Yvelines). Mais il a rappelé le "contexte" de violence qui a mené à cette opération. Le Défenseur des droits a de son côté annoncé l'ouverture d'une enquête. Quelques milliers de lycéens ont défilé vendredi à Paris aux cris de "Macron démission".

Dans les transports toutefois, la CGT, après FO, a levé son appel à faire grève de manière illimitée à partir de dimanche soir.

(Avec AFP)

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